RENCONTRE AVEC ILIAS

Après des études d’informatique et une formation de création et de gestion d’entreprise, Ilias rejoint l’équipe de Wecare@Work en tant que développeur pour mettre son expérience et son expertise au service des entreprises et leurs salariés, pour les accompagner à mieux concilier maladie et travail. 

Pour ALLO Alex, il a accepté de revenir sur son parcours et les difficultés qu’il a pu rencontrer avant de trouver sa voie.

 

Peux-tu te présenter et nous parler de ton expérience de vie de la maladie en quelques mots ? 

Je m’appelle Ilias El Bssiri, j’ai 26 ans, je réside dans l’Aisne depuis ma naissance. Je suis développeur pour Wecare@Work. J’ai vécu une dépression, qui a marqué tout mon parcours universitaire et pendant laquelle j’ai fini par vivre complètement en marge du monde. Cela a totalement changé ma vision du monde et de moi-même.

Pourquoi avoir rejoint Wecare@Work ?

Lorsqu’on m’a présenté l’opportunité de rejoindre l’équipe, j’étais en phase de création d’une auto-entreprise. Je voulais recommencer à me construire professionnellement de manière saine. Je sortais d’une formation de création et gestion d’entreprise, pendant laquelle j’avais rencontré Mathieu avant qu’il ne devienne Product Owner au sein de Wecare@Work. C’est lui qui m’a parlé de l’entreprise pour la première fois, et qui m’a soumis l’idée de rejoindre l’aventure. J’ai été d’abord très intrigué, puis très enthousiasmé par les valeurs et raisons d’être de Wecare@Work. Lors de mes échanges avec Anne-Sophie et Claire, la justesse du projet et leurs histoires m’ont touché, et c’est porté par ma volonté de rendre le monde un peu meilleur, à mon échelle, que je me suis convaincu de rejoindre l’équipe. 

Qu’est-ce qui t’anime au quotidien et dans l’exercice de ton métier ? 

Je ressens le besoin de rendre compte de mon expérience de vie, et je suis animé par l’idée que chaque jour, je deviens un peu meilleur que le jour d’avant, que je progresse en tant que moi.
Dans mon métier, c’est avant tout les valeurs que je partage avec le reste de l’équipe qui m’animent, tout le monde est bienveillant et à l’écoute, je suis fier de mettre mes compétences au profit d’une cause qui vise à faire du monde un endroit meilleur.

Peux-tu nous en dire plus sur ton parcours ?

J’ai eu un parcours scolaire et universitaire très atypique. Lors de ma dernière année de lycée, en 2014 j’ai vécu une opération chirurgicale de la mâchoire, et on m’a annoncé qu’un ami s’était donné la mort. L’année suivante j’étais étudiant en licence d’économie. Je n’étais absolument pas prêt mentalement pour un cursus universitaire, mais j’ai persévéré. J’ai la sensation qu’en France, on dévalorise le fait de prendre son temps. Ne pas prendre de décision n’est jamais une solution admise, et c’est pourtant à mon sens la meilleure décision que j’aurais pu prendre à ce moment-là. Au bout de quelques mois, engagé dans ce cursus, j’ai commencé à vivre les interactions sociales de manière très anxiogène, j’ai fini par ne plus être capable d’aller en cours, et même simplement d’aller dehors, je n’ai pas réussi à me rendre aux partiels.

Les années suivantes sont difficiles à transcrire, je n’en ai pas de souvenir clair. Je me suis réorienté vers une licence de sociologie culturelle, j’ai bataillé pour aller mieux, je me suis engagé dans la création d’une association d’interdisciplinarité artistique. J’ai eu un suivi psy qui ne m’a pas aidé sur le plan psychologique, mais qui m’a légitimé, au niveau administratif. Je suis également passé par des épisodes d’isolement, plus ou moins longs, pendant lesquels il était quasiment impossible pour moi d’ouvrir les volets ou d’être proche de la porte d’entrée. J’ai fini par être dépassé par tout ce qui constitue une vie d’adulte normal : le courrier, les bruits de travaux, les bruits de pas dans le couloir, les mails, les sonneries de téléphone ou de porte me rendaient tous très anxieux. 

Au bout du compte, j’ai réalisé, en repensant à mes échecs, que je travaillais cycliquement à améliorer ma situation, et que mon incapacité ne relevait pas d’un manque de méthode, de détermination ou de rigueur, mais d’un manque d’endurance. Alors malgré mes études non terminées, j’ai décidé que j’avais besoin de repos avant tout le reste. J’ai donc tout abandonné et suis retourné vivre chez ma mère pour pouvoir être soutenu et/ou reléguer des tâches du quotidien que je n’arrivais plus à faire. J’avais un plan simple, prendre une année complète pour me reposer et trouver une idée, quelque chose qui m’intéresse et pour laquelle j’aurais assez d’énergie.

Un mois plus tard, j’avais déjà décidé de me réinscrire à la fac dans une filière informatique directement en troisième année. Au-delà d’avoir besoin d’une pause, j’avais besoin de m’autoriser à en prendre une, de pouvoir me dire que j’avais le droit de prendre mon temps et qu’il n’y avait plus aucune urgence. Je ne voulais plus laisser rien ni personne influer négativement sur mes choix sans me battre, j’étais toujours très anxieux, c’est le changement total d’environnement qui m’a permis d’avoir le recul nécessaire pour adopter ce type de comportement. J’ai réussi à négocier mon entrée en troisième année de licence, dans une filière informatique de l’université Picardie Jules Verne à Saint-Quentin. J’ai vécu cette réorientation comme un retour aux sources, car j’ai toujours eu une compréhension solide de l’informatique. Au bout de trois mois, j’étais au même niveau que le reste du groupe, et à la fin de l’année, j’avais résolu mes problèmes administratifs qui relevaient des années précédentes, trouvé un stage intéressant, acquis ma première vraie expérience professionnelle en tant que développeur, et validé ma licence. J’ai finalement pris mon année de pause après ça. Je l’ai passée à expérimenter, notamment en créant ma chaîne Twitch. Au fil des mois, mon hygiène mentale s’est beaucoup améliorée, et mon projet professionnel a fini par se préciser. J’ai beaucoup avancé, et surtout sainement et à mon rythme. Aujourd’hui je suis toujours en plein dans cette démarche de reconstruction.

Qu’est-ce qui t’a aidé ou qu’aurais-tu souhaité ? 

Ce qui m’a aidé, c’est surtout de prendre le temps dont j’avais besoin, de prendre beaucoup de recul sur l’importance des choses lorsque j’allais mal. J’aurais aimé avoir un soutien de la part de l’université, d’être aidé pour savoir vers qui et où me tourner, parce que lorsque j’allais mal je me sentais perdu et emmêlé dans mon parcours, je pense que ma situation aurait pu être désamorcée tôt si j’avais eu le bon parcours médical.

Quels seraient tes conseils pour mieux concilier maladie et travail ?

Je dirais qu’il faut prendre le temps de réfléchir sur soi, et surtout pour soi, d’être à l’écoute de ses propres besoins à la fois physiques et mentaux. Il ne faut pas hésiter à chercher de l’aide, être fort tout seul, c’est rarement mieux qu’à plusieurs.

Souhaites-tu ajouter quelque chose ?

Dans mon cheminement, j’ai trop peu réalisé à quel point chaque petite étape aura été décisive, que culminer, ce n’est pas quelque chose de grand, c’est un assemblage de petites victoires. Dans les moments difficiles, souvent on s’arrête, récemment je suis tombé sur une phrase de Winston Churchill qui illustre assez bien l’idée : “If you are going through hell, keep going” (« Si tu traverses l’enfer, continue d’avancer »). Pour moi, avec la conscience de nos propres besoins, il est important de rester conscient qu’il faut avancer. 

Merci Ilias pour ton témoignage !

 

Si vous aussi, comme Ilias, vous souhaitez témoigner de votre expérience de la maladie au travail ou de votre projet entrepreneurial suite à une  maladie, contactez-nous à l’adresse alloalex@wecareatwork.com

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