RENCONTRE AVEC ISABELLE

Isabelle est l’une des deux lauréates de l’appel à projet de l’association Dégom’ Crab « Oser la résilience » dont Wecare@work est partenaire. Isabelle a conçu un ouvrage, un support d’accompagnement, pour les personnes en situation de maladie chronique. Elle nous parle de son parcours et de ce projet de résilience.

Peux-tu te présenter en quelques mots ? 

Je m’appelle Isabelle Flye Sainte Marie. J’ai 58 ans. Je suis mariée, mère de trois fils adultes, grand-mère de trois petits enfants. Je suis coach formatrice et hypnothérapeute. J’ai traversé un cancer pris en charge en juillet 2019. Actuellement je suis sous hormonothérapie. J’ai mis ma vie professionnelle entre parenthèses pendant dix-huit mois de traitements, en me laissant aussi le temps du repos post-traitement. J’ai repris le travail en janvier 2021. 

Quel a été ton parcours professionnel ? 

J’ai fait tout mon parcours dans le secteur social et dans l’économie sociale et solidaire. D’abord en direct avec les publics (étudiants étrangers, enfants malades dans les hôpitaux, personnes en précarité, SDF, publics dits « en insertion ») puis ensuite dans une posture de management (direction de structures d’insertion par l’activité économique et de service à la personne).
Je suis depuis toujours en formation continue. Je me forme dans des écoles de coaching, à la fac, par des conférences, par de la supervision, par les livres et par la vie ! Mon dernier lieu de formation a été de traverser la maladie en me positionnant à la fois totalement (bien obligée) dans la posture de malade / patiente et aussi en regardant en tant que professionnelle, tout ce que je vivais, ce que pouvaient vivre mes proches ainsi que tous les professionnels du secteur médical qui se sont occupés de moi. C’est une école incroyablement apprenante et j’y ai appris tellement de choses sur moi, sur les autres, sur les organisations. 

Aujourd’hui j’interviens comme coach, formatrice en entreprise pour tout ce qui va pouvoir faciliter les relations humaines au travail. Accompagner les managers, les équipes et les porteurs de projets.
J’ai aussi une activité de coach de vie en libéral à mon cabinet dans les Yvelines où les particuliers peuvent faire appel à moi directement pour des questions personnelles ou professionnelles. Là, je peux prendre si c’est nécessaire l’outil de l’hypnose qui peut être tellement aidant pour certaines personnes ou certaines problématiques.

Aujourd’hui, tu as écrit un livre, peux-tu nous en dire plus ? 

Cela fait déjà plus de dix ans que je travaille en solo. J’ai écrit un livre,  qui doit maintenant vivre sa vie. C’est en quelque sorte un autre volet à ma vie d’entrepreneuse. 

Peux-tu nous en dire plus sur la genèse de ton livre ?

Au début de ma maladie, j’ai cherché un livre sur la traversée du cancer avec l’hypnose en soutien. J’ai trouvé des livres de témoignages sur le cancer, des écrits scientifiques sur la question du cancer, des écrits « Psychologie et cancer » et puis des livres et des audio sur l’hypnose, mais rien de spécifique sur des scriptes hypnotiques spécialement dédiés à la maladie. Pendant toute la maladie, j’ai écouté des hypnoses que l’on peut trouver sur Youtube en sélectionnant les hypnothérapeutes dont je connaissais le professionnalisme. J’ai moi-même énormément pratiqué l’auto-hypnose. 

Quel a été le moment déclic pour ton projet ? 

Je me souviens d’un moment particulièrement fort à ce sujet et je peux en témoigner. Lors d’une séance de chimiothérapie à l’Institut Curie de Saint-Cloud, l’infirmière qui m’a prise en charge a constaté à quel point j’étais essoufflée. Elle a alors pris mes constantes, elle a appelé le médecin qui a tout de suite suspecté une embolie pulmonaire. En urgence je suis partie faire une scintigraphie pulmonaire. J’étais extrêmement fatiguée et anxieuse aussi parce que l’essoufflement est particulièrement anxiogène. 

Cet examen n’est pas du tout douloureux, mais il est long. Entre une heure et une heure et demie. Avec un long moment dans une grosse machine à ne pas bouger. J’ai juste pu psychologiquement me mettre moi-même en transe hypnotique au moment où l’on m’a allongée sur la grosse machine. Et puis ensuite, trop fatiguée, j’ai juste formulé cette demande à mon inconscient : « S’il te plait, fais moi vivre un truc bien ». Et mon imagination a fait le reste : sous hypnose j’ai pu me déporter ailleurs – au bord d’une piscine chez une de mes belles-sœurs – et dans le temps – vingt ans plus tard. J’ai vécu en imagination une scène avec mes deux petits enfants qui avaient vieilli et qui étaient de jeunes et beaux adultes. Ils étaient dans la piscine avec moi et mon imagination m’a fait vivre un moment d’intense joie, de rire et de connivence. Sous hypnose ce que l’on voit, ce que l’on entend et ce que l’on ressent est très précis. C’est comme si j’étais là-bas, à vivre ce moment-là. Mon inconscient qui savait lui très bien que j’étais dans une situation critique a trouvé le meilleur pour moi : me projeter dans le futur, dans la vie qui continue, dans l’eau, là où je suis physiquement tellement bien et avec mes deux petits enfants qui étaient beaux, aimants, et chacun bien dans sa peau et dans sa tête : le rêve de toute grand-mère ! Je n’ai pas vu le temps de l’examen passer. Et quand le médecin est arrivé dans la salle et qu’il m’a dit que j’avais une grave embolie pulmonaire, que mes deux poumons étaient atteints et que je ne pouvais plus mettre un pied par terre et que j’allais être hospitalisée en urgence, il m’a dit aussi : « J’ai rarement vu une personne aussi détendue et sereine que vous ». 

C’est vraiment ce moment-là qui fut pour moi le déclic pour me dire que je devais apporter aux autres cette aide tellement puissante qu’est l’hypnose et que j’ai commencé à réfléchir à ce que ce livre serait. Un livre simple à lire, facile à comprendre, par thèmes, sur ce que vivent toutes les personnes qui traversent une grave maladie, un livre audio où l’on pourrait écouter des hypnoses spécifiques. 

Pendant la période des traitements, j’étais trop fatiguée pour me mettre au travail. L’idée était là, mais la fatigue physique, morale et intellectuelle ne me le permettait pas. je pense que mon livre était en gestation tout au fond de moi. C’est au moment où les traitements se sont arrêtés que j’ai progressivement retrouvé la force et que je me suis mise à l’écriture du livre.

Un livre résolument pour les autres : les malades et leurs proches. Un livre où l’on peut trouver des explications, des conseils, des exercices à faire pour répondre aux besoins psychologiques et physiologiques qui sont communs à toutes les personnes qui traversent une longue maladie. Le plus important dans ce livre sont les 37 scripts hypnotiques audibles que l’on peut écouter directement avec des QR code. 

Et puis ce livre est aussi (et c’est important pour moi de le dire) un travail de résilience familiale.
Mon mari a été un relecteur impliqué du début à la fin.
Mon fils aîné, professionnel de la relation d’aide m’a aidée dans la prise de distance pour être totalement dans une posture professionnelle.
Mon second fils, informaticien, s’est occupé de toute la partie informatique de la gestion des audio du livre, nettoyage de la bande son, hébergement des hypnoses audio, création des QR Codes accessibles dans le livre.
Mon troisième fils est un graphiste designer. Il s’est occupé de toute la partie typographie, mise en page et illustrations. 

Peux-tu nous parler de l’appel à projet « Oser la résilience »

Pendant toute la période de l’écriture du livre, j’ai passé beaucoup de temps sur Internet. Pour y lire et écouter beaucoup de choses sur la maladie longue durée, sur le cancer en particulier et de manière encore plus spécifique sur le cancer du sein. C’est comme cela que j’ai trouvé le site de Dégom’ Crab et tout le formidable travail de Séverine Martin. Je savais depuis le début que j’allais avoir besoin de soutien pour toute la partie diffusion du livre et quand j’ai vu l’appel à projet je n’ai pas hésité une seconde, je me suis lancée et j’ai répondu.

Quelle joie que cette récompense à laquelle je ne m’attendais pas ! 

Je suis encore au début de la démarche, mais je sais déjà ce que cela m’apporte. En plus du cadeau financier que je garde pour concrétiser mon projet, je bénéficie d’un précieux accompagnement de Wecare@work. Grâce à cela, j’avance efficacement au sujet de mon rêve le plus cher : permettre aux personnes qui traversent une longue maladie de pouvoir avoir accès gratuitement à mon livre. Je rêve par exemple qu’il soit proposé aux personnes dans les hôpitaux, dans les services de chimiothérapie. Je rêve, in fine aussi, d’apporter toutes mes compétences au service du corps médical car mon métier est de faire du bien à ceux qui font du bien. Je sais que ce rêve est aussi pour moi l’occasion d’avoir la preuve totale et certaine que mon propre cancer n’a pas été vain et que même au contraire, il a servi à faire du bien. C’est la concrétisation de mon propre chemin de résilience. 

Quelles sont les prochaines étapes de ton projet ? 

Constituer un groupe de personnes autour de ce projet ; des personnes qui sont susceptibles de m’ouvrir des portes ; ensuite je pense aller à la rencontre du monde médical, leur permettre de tester les hypnoses, trouver ensuite des financements pour que ce projet puisse être gratuit pour les malades et ensuite… la vie va se charger, j’en suis sûre, de me faire vivre des choses que je ne sais pas encore ! 

Si tu avais 1 seul conseil ou bonne pratique à partager pour mieux concilier maladie et travail, lequel serait-ce ? 

Je vais m’autoriser à donner deux conseils ! 

Le premier est pour ceux qui comme moi travaillent en libéral ou comme chef d’entreprise : prenez une assurance perte d’emploi ! Quand on est entrepreneur, on aime le goût du risque : pour autant le cancer et d’autres longues maladies n’arrivent pas qu’aux autres. Pouvoir vivre la maladie en décidant ou pas de se mettre en arrêt, sans angoisse financière ce n’est vraiment pas un luxe. 

Le second conseil : pour la suite de votre vie professionnelle, faites-vous accompagner pour trouver votre talent. Le talent c’est ce truc en plus, au-delà des compétences, que l’on a au fond de soi, qui est inné, tellement facile à mettre en place, que l’on n’ose même pas en parler. Et une fois que vous l’avez trouvé, faites-en, si vous le pouvez, le cœur de votre travail : le talent permet d’être totalement à sa juste place professionnelle et occasionne plaisir et peu de fatigue. Car après un cancer, il est essentiel, je crois que le corps et le moral soient aux commandes de tous vos choix professionnels ! 

Merci Isabelle pour ton témoignage !

Découvrez le livre d’Isabelle L’hypnose en soutien d’une longue maladie.

 

[N.D.L.R IMPORTANT : Ceci n’est pas un avis ou un conseil médical. Les soins de support et les médecines complémentaires ou alternatives peuvent venir en complément de vos traitements mais ils ne les remplacent pas. Si vous êtes en traitement, nous vous invitons à informer votre professionnel de santé référent (médecin traitant, oncologue) avant d’opter pour un soin de support ou une pratique alternative afin de voir avec lui les contre-indications éventuelles et les risques de réactions ou d’altérations de vos traitements.]

Si vous aussi, comme Isabelle, vous souhaitez témoigner de votre expérience de la maladie au travail, contactez-nous à l’adresse alloalex@wecareatwork.com

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