RENCONTRE AVEC ELISE

Elise est en traitement d’entretien pour une récidive d’un cancer du sein. Cadre dans une entreprise de travaux publics, elle a pu compter sur son entreprise pour concilier maladie et travail. Elle nous raconte son parcours et partage ses solutions pour mieux gérer la maladie au quotidien.

 

Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre expérience de vie de la maladie en quelques mots ?

Je m’appelle Elise, J’ai 37 ans, et je suis la maman de deux filles de 9 et 12 ans. Je suis responsable prévention et formation dans une entreprise de travaux publics. Le cancer, ça fait six ans et demi que je vis avec. La première fois en 2015, un cancer du sein qui m’a fait la totale (mastectomie, chimio, radio et thérapie ciblée). La deuxième fois, en 2018, retour du cancer sur une vertèbre. Le médecin a ressorti l’artillerie lourde, chimio et radiothérapie. Depuis presque trois ans, je suis sous thérapie ciblée, un traitement d’entretien qui doit stimuler mes cellules pour leur rappeler de bien faire leur travail !

Comment conciliez-vous ou avez-vous concilié votre maladie, les traitements et le travail ? 

La première fois, un an d’arrêt. C’était trop soudain, trop brutal, il fallait digérer tout ce qu’impliquait la maladie. J’étais en poste depuis à peine deux ans, et le nouveau directeur de l’entreprise a pris ses fonctions 15 jours après le début de mon arrêt. Durant cet arrêt, j’ai voulu maintenir un lien avec mon entreprise. Je passais régulièrement dire bonjour, boire un café, j’ai même été invitée au repas de Noël. Durant mon absence, le directeur a entrepris des changements sur un sujet qui me concernait, et il m’a régulièrement consultée. Un acte important, car il m’a permis de rester actrice de mon poste, et de préparer mon retour. J’ai repris par un mi-temps thérapeutique. Il n’est pas évident, au bout d’un an de traitement, de savoir si le corps gérera la fatigue d’une journée de travail, et c’est un bon moyen de remettre progressivement le pied à l’étrier.

La seconde fois, un peu plus de six mois d’arrêt. Une fois le coup de massue passé, la machine de guerre s’est remise au combat. J’ai ressorti mon carnet de contact (association, médecines parallèles…), je savais où j’allais. À partir du moment où j’ai été arrêtée, mon objectif a été de retrouver mon poste. J’avais eu une promotion en tant que cadre un an auparavant, j’avais gagné en autonomie. Lorsque j’ai annoncé la maladie à mon responsable (le directeur) je lui ai dit que je voulais maintenir le plus possible mon poste. Je ne voulais pas que tout ce que j’avais construit soit laissé à l’abandon pendant mon arrêt. Je n’ai pas été remplacée, mon poste est multifonctionnel, et trouver quelqu’un rapidement opérationnel pour si peu de temps aurait été compliqué. 

Il m’a laissé carte blanche. J’ai gardé le lien avec mon entreprise en passant régulièrement comme mes traitements me le permettaient. J’ai conscience que tout le monde n’y trouverait pas son compte. J’ai bénéficié d’un environnement professionnel favorable. C’était bon pour mon moral, ça faisait partie de ma thérapie.

Je trouve qu’aujourd’hui, on a guère le choix : être en arrêt ou travailler. En dehors du temps partiel thérapeutique, il manque cruellement un entre-deux qui permettrait de se faire soigner et de pouvoir moduler une présence au poste de travail. Je sais bien que ca n’est pas compatible avec tous les postes, mais c’est une réflexion qu’il faudra entreprendre, surtout que la maladie touche de plus en plus jeune.

Cette fois, j’ai repris directement, sans passer par un mi-temps, mais j’ai la chance de travailler 4 jours par semaine.  Globalement, l’entourage professionnel a été positif. Il y a eu quelques remarques qui vous font comprendre que si vous êtes en arrêt vous ne devez pas vous occuper du travail ; mais d’une manière générale j’ai eu beaucoup de chance, et j’en suis consciente.

Et maintenant ?

Depuis trois ans, je concilie travail, vie familiale et maladie. Mon traitement m’oblige toutes les 3 semaines à m’absenter un après-midi pour aller en service de chimio ambulatoire. Je supporte bien le traitement, et les effets secondaires sont compatibles avec mon rythme. Ce traitement, c’est à la fois mon ange gardien qui veille sur moi, et mon geôlier qui me rend prisonnière de la maladie. Mais c’est comme ça, je n’ai pas le choix. 

Qu’est-ce qui vous a aidée ? 

Les associations sont une véritable ressource. Il est important d’en trouver autour de soi. Être malade c’est tomber dans l’inconnu. Comprendre les traitements, s’accepter, rassurer et gérer notre entourage, voilà déjà beaucoup à faire. Il y a tellement d’informations à savoir, à connaître, qu’il est parfois difficile de savoir où chercher. 

Le cancer ne m’est plus inconnu, pourtant aujourd’hui je me suis à nouveau tournée vers les associations pour trouver des informations concernant mon statut de travailleur malade. Et pour la première fois en six ans, j’ai entendu parler du statut de travailleur handicapé. Témoigner, c’est pour permettre aux autres de trouver plus facilement les bonnes informations. Lorsque je croise une autre femme malade, j’essaye de lui donner les bons tuyaux pour qu’elle évite de perdre son temps à chercher. Gardons notre énergie pour lutter contre la maladie.

Si vous aviez 1 seul conseil ou bonne pratique à partager pour mieux concilier maladie et travail, lequel serait-ce ?

Moi j’ai choisi la transparence. Autant dans ma vie privée que professionnelle. Sans pour autant me coller une étiquette sur le front, mais la maladie fait partie de moi, et je dois vivre avec. Alors c’est plus simple de l’annoncer plutôt que d’en faire un tabou. Ça permet aussi de montrer aux autres, les collègues et l’entourage, que c’est possible de concilier maladie et travail. J’ai moins de 40 ans, j’ai la chance d’avoir une fonction que j’aime, alors j’ai décidé de faire en sorte d’agir pour préserver mon poste.

Je sais que tous ne bénéficient pas de la même situation que moi, mais maintenir un lien avec l’employeur et ses collègues peut aider pour préparer le retour au poste. Durant notre arrêt, l’entreprise ne s’arrête pas, et passer dire bonjour, boire un café permet de se tenir au courant. Ça rassure aussi les collègues de nous voir (même si on n’a pas une tête des meilleurs jours 😉). Je sais que c’est vous le malade, et que vous auriez envie que les autres prennent des nouvelles, quelques-uns le feront, mais d’autres seront gênés de ne savoir quoi vous dire, d’autres pris dans leur rythme oublieront… c’est comme ça. Alors voilà, un mail, un coup de fil si on ne se sent pas de passer, permet de garder le lien et ça peut être bénéfique, pour tous !

Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

La maladie touche tout le monde, et de plus en plus jeune. La société devra évoluer pour nous permettre de mieux concilier travail et maladie. Chaque histoire est différente, chaque environnement de travail aussi, je pense juste que le retour au travail peut être utilisé comme une énergie positive, comme un phare dans la tempête.

 

Merci Elise pour votre témoignage !

 

Si vous aussi, comme Elise, vous souhaitez témoigner de votre expérience de la maladie au travail, contactez-nous à l’adresse alloalex@wecareatwork.com

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