RENCONTRE AVEC CORINNE

Corinne était en période d’essai pour un poste de directrice générale d’un grand groupe quand elle a suivi des traitements pour un cancer du sein. Une période compliquée durant laquelle elle aurait souhaité être davantage accompagnée. Aujourd’hui, elle souhaite partager son expérience au plus grand nombre et accompagne les jeunes entrepreneurs de La Ruche. 

Elle nous propose son témoignage et nous fait part de l’importance de l’accompagnement des personnes malades dans l’entreprise et des managers qui les entourent.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Corinne. Après de nombreuses années en tant que dirigeante, je suis actuellement dans une phase d’observation et de reconstruction professionnelle. Je suis mentor et coach à La Ruche en tant que bénévole et je vais faire une certification en coaching en parallèle.

Comment avez-vous découvert votre maladie ?  Comment cela s’est passé au travail ?

En septembre 2005 je quittais mes fonctions (directrice des relations extérieures et de la communication interne) de la filiale française d’un grand groupe américain du secteur high tech. Je décide de faire un check-up après cinq années totalement dédiées à mon travail. Le diagnostic tombe porté par un cancérologue du centre René Huguenin-Instiut Curie. C’est un cancer du sein stade 2 avec opération pour enlever la tumeur suivie de radiothérapie et curiethérapie. Le tout expliqué de manière lapidaire et sans précaution oratoire avec un sujet, un verbe, un complément. La douche froide et l’incompréhension.

Après l’annonce de mon cancer, je commençais un nouveau travail dans un autre groupe, j’étais donc en période d’essai et ne me suis pas arrêtée. J’ai géré la maladie en 2005 et 2006. Je suis restée directrice générale de ce groupe d’octobre 2005 à fin décembre 2018.  Puis, j’ai été en arrêt de travail pendant trois ans suite à un burn out. 

L’avez-vous annoncée au travail ? Si oui, comment ?

Je venais d’accepter un nouveau job de directrice générale avec beaucoup de responsabilités. Je n’avais pas d’autre solution que d’annoncer à mon Président ma maladie et les conséquences qui en découlent car comme je débutais dans l’entreprise je ne pouvais pas me mettre en congés maladie.

Accueil peu chaleureux, c’est le moins que l’on puisse dire : « tu es malade mais ce n’est pas mon problème ». 2e douche. Traduction : « je ne modifie pas ta feuille de route, tu te débrouilles envers et contre tout pour faire ton job. » Commence alors le début de l’enfer. 

Comment s’est déroulée votre période de convalescence ? Avez-vous maintenu le lien avec l’entreprise ?

Opération, puis début des séances de radiothérapie tous les midis aux heures des repas pour éviter de croiser d’autres malades et surtout pour ne pas interférer avec les heures de travail. Course permanente, épuisement physique et moral avec une hiérarchie indifférente qui va jusqu’à renouveler ma période d’essai en me disant que je n’étais pas en pleine possession de mes moyens et qu’il me fallait démontrer ma capacité à remplir la fonction. Mon expérience du cancer au travail est donc celle d’une cadre sup confrontée à la maladie sans soutien managérial et contrainte en permanence de se mettre en condition psychologique pour vaincre le crabe. Je souhaitais éviter alors toutes les situations qui pouvaient me faire perdre ma force mentale et morale. Je préférais aller aux traitements entre midi et deux. Je faisais ce qu’il fallait pour me préserver de tout ça et me concentrer sur mon parcours personnel. C’était ma manière à moi de mettre en place toutes les choses pour vaincre la maladie. Un parcours douloureux et solitaire.

Qu’est-ce qui vous a aidé ou qu’auriez-vous souhaité ?

J’aurais souhaité avoir dans le cadre de mon travail une qualité d’écoute, de la bienveillance et une adaptation de ma fonction face à un parcours de soin dur à vivre et naturellement contraignant. 

Et maintenant ?

Aujourd’hui la maladie est derrière moi depuis seize ans. J’ai pris seule les rênes de l’entreprise en 2015 avec cette envie, si le scénario devait se reproduire avec une collaboratrice ou un collaborateur, de faire la différence. J’ai quitté mes fonctions début 2019 pour cause de burn out. Actuellement en fin totale de ma reconstruction personnelle, je milite pour que le management des ressources humaines évolue et intègre intelligemment les accidents graves de santé des personnes.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours de reconstruction personnelle et professionnelle ? 

J’ai poursuivi mon travail, pas d’accompagnement du tout, Je me suis retrouvée peu de temps après avoir suivi mon traitement, dans le cadre de la préparation de l’événement La Marche des Lumières organisée par L’Institut Curie. Pendant toute la durée du traitement je n’avais pas pu parler de la maladie. Dans le cadre de cet événement, j’ai accepté d’être ambassadrice pour Curie et de témoigner pour la webradio de l’hôpital. Ça a été mon moyen d’extérioriser. 

Comment peut-on améliorer l’accompagnement des personnes malades en entreprise ?

Si je devais soumettre des idées pour améliorer les choses je suggérerais de prime abord l’adaptation primordiale des horaires de travail car les traitements épuisent et entament considérablement la force morale tellement nécessaire à la survie. 

Comment les choses peuvent-elles être améliorées pour les managers et les directions ?

Je pense que les managers qui ont une responsabilité vis-à-vis d’une organisation, quels que soient les niveaux hiérarchiques, ne sont pas suffisamment accompagnés pour guider leurs propres collaborateurs dans leur quotidien avec la maladie. Le management est très démuni. Quand on est concerné et en poste de direction, on se sent très seul, très isolé. 

La parole pourrait être davantage libérée et les personnes davantage accompagnées. On croise à la fois des gens qui sont très introvertis, d’autres qui s’expriment plus sur leur maladie. C’est important de pouvoir accompagner les personnes. À la fois les personnes malades et les personnes qui les encadrent dans l’entreprise : managers, directions.

Peut-être organiser des groupes de parole.

Si vous aviez 1 seul conseil ou bonne pratique à partager pour mieux concilier maladie et travail, lequel ?

Dans le cadre du retour au travail, ma conviction est que si les horaires sont adaptées les personnes peuvent reprendre leur job progressivement avec un management bienveillant au-dessus. 

Qu’avez-vous envie de partager aujourd’hui ?

Je suis sortie de là beaucoup plus forte. Ça m’a appris beaucoup de choses sur la vie. J’ai envie de partager mon expérience. Quand j’étais en traitement, j’avais un truc à exécuter : me sortir de ce guêpier. Je n’avais que ça et mon travail en parallèle. Avec La Ruche, j’ai envie de transmettre mes compétences et mon savoir-faire professionnel, de partager cela en accompagnant de jeunes entrepreneurs. 

 

Merci Corinne pour votre témoignage !

 

Si vous aussi, comme Corinne, vous souhaitez témoigner de votre expérience de la maladie au travail ou de votre projet entrepreneurial suite à une  maladie, contactez-nous à l’adresse alloalex@wecareatwork.com

 

Pour toutes vos questions, sachez qu’ALLO Alex est là pour vous aider ! Pour rappel, le service est joignable au 0800 400 310, du lundi au vendredi de 9h à 17h (appel gratuit)

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