RENCONTRE AVEC VÉRONIQUE

Véronique était salariée quand elle a eu un cancer, parler de sa maladie l’a aidée dans son parcours de retour au travail. De son expérience personnelle, elle décide de créer des vêtements adaptés aux personnes ayant subi une mastectomie : le projet Les Minettes en goguette est né. Pour ALLO Alex, elle revient sur son parcours de salariée malade et de nouvelle entrepreneure.

Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre expérience de vie de la maladie en quelques mots ?

J’ai travaillé pendant vingt-cinq ans dans la communication et le commerce. J’y ai appris à gérer des projets d’envergure (pour des magasins de 25 000 m) de l’idée à la réalisation en passant par le suivi et l’amélioration des solutions. Je gérais aussi les budgets et les équipes. J’ai également travaillé au niveau national comme Learning & development pour les équipes de créatifs en magasins. Expérience très riche et très internationale à mon retour de maladie ! Avec mes homologues de pays aussi variés que la Russie ou le Royaume-Uni en passant par l’Espagne ou la Pologne.

Concernant la maladie, j’ai eu cette sensation qu’il y a un avant et après. En une fraction de seconde on passe de « je vis ma vie » à « je rentre dans un parcours de soins et tout ce que j’avais prévu est mis en stand by ». C’est brutal, comme quand on m’a annoncé les 2 options qui s’offraient à moi, avec très peu de temps de réflexion et de « digestion de l’information ». J’ai eu la chance de rencontrer une médecin qui m’a dit qu’elle pouvait me donner tous les traitements possibles, tout se jouait dans ma tête. Merci à elle ! J’ai fait le choix de ne consulter aucun forum de malades, sites sur la maladie, ni même lire les effets secondaires du Tamoxifène.

Ça m’a permis, je crois, de rester positive et de garder le cap.

Comment conciliez-vous votre maladie et le travail ?

Quand j’ai reçu l’annonce, j’avais 2 cheffes très bienveillantes et très humaines, qui ont été formidables avec moi. À mon retour, j’ai aussi eu la chance de voir le médecin du travail qui m’a d’emblée proposé de prendre le statut de travailleur handicapé [N.D.L.R : RQTH] . Sur le moment, j’ai eu cette sensation que chaque pas est une nouvelle épreuve. C’est violent d’entendre cette recommandation à la visite de reprise ! Et il a pris le temps de m’expliquer l’intérêt par rapport à ma vie professionnelle et je l’en remercie aussi.

J’ai fait le choix de parler très ouvertement de la maladie à mon retour avec mes collègues. Beaucoup d’entre eux n’étaient pas à l’aise avec moi, avaient mis de la distance… En parler ouvertement, ça a permis à certains de dédramatiser et de reprendre comme avant. D’autres, définitivement pas à l’aise, faisaient tout pour m’éviter. 

En parler ouvertement, ça a permis aussi à d’autres personnes qui étaient passées par là dans mon entreprise d’en parler aussi… Cela m’a permis de créer de nouveaux contacts. Par contre, quand j’ai changé de manager, c’était plus difficile. Ce qui m’arrivait le plus souvent, c’est d’avoir une fatigue irrésistible qui m’envahissait, au point de devoir fermer les yeux, même en réunion ! Et pour lui, c’était inadmissible. Heureusement il y avait un super accompagnement par les RH, qui l’ont briefé, lui ont expliqué… sans grand succès, mais ils étaient là ! Quand on est cadre dans une entreprise et qu’on n’est plus au top de sa forme, tout motif peut être prétexte pour se séparer de vous. J’ai eu la chance de travailler dans une entreprise où il y avait un réel accompagnement et de la bienveillance. Et mis à part mon responsable, j’étais très bien accompagnée par les RH qui m’ont donné confiance en me disant de reprendre à mon rythme et que je n’avais pas à craindre de perdre mon emploi. Ça aide beaucoup ! La plupart de mes proches collègues étaient très bienveillants et ont compris le besoin d’en parler et ça leur a fait aussi du bien de prendre conscience que, personnellement mes priorités avaient changé, mais que c’était toujours moi !

Qu’est-ce qui vous a aidée ? 

Dans mon parcours, j’ai eu beaucoup de chance :
Une des oncologues qui m’a suivie était top. C’est elle qui m’a parlé de l’importance de l’état d’esprit, de l’alimentation cétogène (pour limiter le sucre au maximum, puisque le cancer se nourrit du sucre), c’est elle qui m’a poussée à questionner les femmes en salle d’attente pour leur exposer mon projet de vêtements. J’ai trouvé que les équipes médicales de Curie sont d’une bienveillance et ça joue beaucoup sur le moral.

Au travail : mes 2 premières responsables ont été là sans être intrusives.
Le médecin du travail m’a aidée, conseillée, soutenue et suivie..
Le service RH a été super également dans les conseils, et l’accompagnement.
Ce qui m’a aidée, ça a été d’en parler beaucoup au travail.

Les associations d’aide aux patients m’ont beaucoup aidée aussi, à reprendre le sport surtout.. Pour moi, c’est vital et j’avais ce besoin après le coup d’arrêt donné par  l’annonce et les traitements.

Je me rends compte que, malgré tout, j’ai eu beaucoup de chance et de bienveillance. Mes questionnaires auprès des patientes de Curie m’ont vraiment fait halluciner sur l’accompagnement des femmes après la maladie, notamment au retour au travail.

Alors que je trouve que la victoire sur la maladie devrait être une super compétence à valoriser. Parce que ça demande une sacré dose de courage, de résilience, et d’adaptation. Quand ça nous tombe dessus, on n’a pas six mois pour réfléchir à ce qu’on doit faire, comment le faire… C’est maintenant et il faut être forte.

Vous avez créé Les Minettes en goguette pouvez-vous nous en dire plus ? 

Un jour, en rentrant du travail j’ai retiré mon soutien-gorge avec ma prothèse pour passer un t-shirt ample et être à l’aise. À un moment donné, je me suis penchée en avant et mon fils a vu la cicatrice, le sein qui n’est plus là.. 

À partir de ce moment-là, j’ai cherché des vêtements jolis et confortables dans lesquels je puisse mettre ma prothèse et être bien et que la personne en face de moi le soit aussi. 

Je n’ai trouvé qu’un débardeur pour rester à la maison que j’ai acheté et qui m’a donné l’idée d’adapter mes vêtements. J’ai pris des cours de couture pour faire ça bien. Et un jour en consultation, mon oncologue m’a demandée où j’avais trouvé ce vêtement, parce que l’idée était top. Elle m’a dit de questionner les patientes en salle d’attente pour avoir le retour, qui a été super positif. L’idée a germé de proposer des vêtements pour d’autres femmes, et par chance, mon entreprise a fait une GPEC [N.D.L.R. : gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, et j’ai donc pu bénéficier de l’aide à la création d’entreprise] pour lancer Les Minettes en goguette.

Aujourd’hui, pour Les Minettes en goguette, je m’occupe de beaucoup de choses, que ce soit des idées des vêtements à l’administratif, en passant par les recherches de fournisseurs, d’ateliers, de matières. J’ai commencé en m’appuyant sur ce que je savais faire ou pas, et quelles compétences il me fallait chercher pour avancer. Bien évidemment il me fallait travailler avec des modélistes pour donner vie à mes croquis. Et depuis le 1er septembre, Julie, alternante en marketing digital, est avec moi.  Merveilleux avenir !! En tout cas, c’est une expérience fantastique que de donner vie à son projet !

Il me tient à cœur de proposer des vêtements qui soient les plus adaptés aux problématiques que l’on vit suite aux traitements. Les tissus sont sourcés et doux pour la peau et les cicatrices. L’objectif est également d’impliquer les femmes qui le souhaitent dans la co-création de modèles, grâce à leur partage d’expériences. Tous les premiers modèles ont été pensés pour pallier différents effets secondaires : des emmanchures et manches plus larges en cas de lymphoedème, une taille ajustable et une coupe ample pour cacher le ventre et la taille qui grossissent, une brassière qui permet de garder le vêtement plaqué au corps pour libérer les mouvements…

Si vous aviez 1 seul conseil ou bonne pratique à partager pour mieux concilier maladie et travail, lequel serait-ce ?

Un conseil : en parler !
Une bonne pratique : le statut RQTH qui nous protège.

Merci Véronique pour votre témoignage !

 

Retrouvez également Les Minettes en goguette sur les réseaux sociaux   

Si vous aussi, comme Véronique, vous souhaitez témoigner de votre expérience de la maladie au travail, contactez-nous à l’adresse alloalex@wecareatwork.com

Suivez notre actualité !  

Pour toutes vos questions pour mieux concilier maladie et travail, sachez qu’ALLO Alex est là pour vous aider ! Pour rappel, le service est joignable du lundi au vendredi de 9h à 17h (appel gratuit)