RENCONTRE AVEC MARIE-MICHÈLE

Marie-Michèle Vassiliou est mentor de start-up, coach, enseignante dans différentes écoles dont l’ESSEC, NEOMA Business School et Assas dans les domaines de l’entrepreneuriat, de la stratégie, du management, de l’innovation, du Management International, du Design Thinking et du Leadership. Après avoir été salariée pendant de nombreuses années, elle s’est mise à son compte il y a plus de quinze ans et a créé deux entreprises. Elle a généreusement accepté de répondre à nos questions et nous parle de son parcours à la suite de son expérience de vie de la maladie.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis Marie-Michèle Vassiliou, entrepreneuse, coach, vivant la vie à pleines dents, curieuse de tout, heureuse et ce depuis toujours.
J’ai un parcours international. Je suis née en France puis je suis allée vivre à l’étranger avec ma famille : Grèce, Algérie, Thaïlande, Sénégal puis les États-Unis où j’ai obtenu mon diplôme d’ingénieure en électronique. Je suis ensuite venue habiter en France. J’avais 24 ans.

Qu’est-ce qui vous anime au quotidien et dans l’exercice de votre métier ?

J’adore interagir avec les gens, partager mon expérience, mettre les gens en relation et les aider à se sentir bien et plus audacieux.

Comment s’est passée l’annonce de la maladie ?

J’ai été diagnostiquée d’une tumeur ovarienne en 2008. J’en ai immédiatement parlé autour de moi avant même que l’on sache que c’était cancéreux. Ce qui a été confirmé après mon opération. Une très bonne amie a pris le relai de ma communication pour l’annoncer à tous par mail sous forme de boutade : « Voici le premier bulletin de santé de Marie-Michèle », à la manière d’un bulletin officiel. J’ai embarqué plein de gens dans cette aventure et je suis persuadée qu’ils ont joué un rôle très important dans ma guérison.

Comment s’est passée la période des traitements ? 

J’étais à mon compte ce qui m’a permis de gérer mon temps, et cela change tout. J’ai en effet pu adapter mon emploi du temps en fonction de mes chimios. C’était des chimios longues, cinq heures, renouvelées toutes les trois semaines. 

J’ai pu continuer de travailler. Je pouvais aller voir des clients tout de suite après mes chimios. Mes clients savaient ce que je traversais et nos rendez-vous prenaient en compte cette contrainte.  Il n’y avait pas de secret. À cette période je travaillais notamment pour Europe Assistance et j’y allais en mettant ma perruque. Beaucoup de personnes m’ont dit à l’époque que mon attitude avait changé leur regard sur la maladie, constatant que je pouvais continuer à être opérationnelle et dynamique. L’année de mon cancer j’ai même monté ma deuxième boite de conseil en propriété intellectuelle. Mes deux associés ont été incroyables. Ils prenaient le relais lorsque c’était nécessaire. Nous étions dans la vie.

J’organisais des soirées « post-chimio », toutes les trois semaines. Nous nous réunissions chez moi pour dîner à la bonne franquette, chacun apportant quelque chose. J’étais alors en pleine forme et je voulais fêter l’évènement. En revanche, le lendemain, je savais que je ne serais plus du tout fonctionnelle pendant trois jours, mais épuisée. Je coupais alors toute communication avec l’extérieur pendant ces trois jours. C’était trois jours pour moi. Rien que pour moi. Je me reposais et je gérais les douleurs qui sont ensuite arrivées. C’est ainsi que j’ai regardé l’intégralité de la série Desperate Housewives.

Le fait qu’il n’y ait pas de secret a finalement permis à chacun de s’exprimer et de rester naturel. Nous avons tous partagé une très belle énergie. 

Qu’est-ce qui vous a aidée à faire face à la maladie ?

 – Rester dans la vie en continuant de travailler, au rythme des chimios.

– L’honnêteté très clairement. Dire les choses. Tout simplement. Pas de secret. À l’américaine. En en parlant cela permet de libérer la parole autour de soi. Car c’est une situation particulière que les gens qui nous entourent ont souvent beaucoup de mal à gérer : que ce soit la famille, les collègues ou les amis. Ils ne savent pas quoi dire. Lorsque l’on parle de son cancer soi-même, de manière naturelle, cela permet aux autres de s’exprimer et réduit ainsi le stress de chacun. Les autres vont adapter leur attitude par rapport à l’attitude que l’on va avoir soi-même.

– Partager mon bulletin santé pour que chacun sache où j’en étais et que l’on puisse parler d’autres choses que mon cancer.

– Regarder systématiquement le bénéfice de toute chose même aux choses négatives. Être toujours positive m’a beaucoup aidé. Je me rappelle de chaque beau moment plutôt que des moments douloureux qu’ils ont accompagnés.

– Enfin, rester moi-même et continuer à faire ce qu’il me plait. Je ne portais pas de perruque ou de bandana en dehors des rendez-vous professionnels. Comme je marchais la tête haute, détendue et souriante, les personnes oubliaient que j’étais malade. Mon boucher croyait même que j’avais une nouvelle lubie trouvant que mon crâne chauve m’allait très bien. Trop gentil.

Où en êtes-vous maintenant ? Quels sont vos projets ?

Mon cancer était fin 2008. Aujourd’hui je suis en pleine forme.

J’ai de nombreux projets. Notamment celui de finir mon livre qui mûrit depuis dix ans déjà. Le format sera celui d’un livre pratique : un « pas à pas ».  Je le mets d’ailleurs déjà en application lorsque je coache des personnes qui traversent l’épreuve du cancer. Ce sont ces « recettes » que je veux partager avec le plus grand nombre. J’ai même fait une école de coaching qui m’a permis de comprendre pourquoi cela avait fonctionné pour moi et comment l’adapter aux autres. 

Quels sont vos conseils pour mieux concilier maladie et vie professionnelle ?

Dire les choses simplement et naturellement afin de libérer la parole et de permettre à l’entreprise de s’organiser et aux collaborateurs de mieux le vivre aussi. Le sujet du cancer ne devrait pas être tabou. En parler c’est aussi le regarder dans les yeux et y faire face avec force. Sans honte !

Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

En étant à un stade avancé de mon cancer j’ai pris conscience de la mort et de la brièveté de la vie. C’est incroyable d’ailleurs puisque l’on sait que l’on va tous mourir un jour. Face à la mort, je me suis demandée ce que je regrettais, ce que j’aurais aimé faire que je n’avais encore fait. J’ai réalisé que j’aimais ma vie et les gens qui m’entourent et que j’avais toujours fait ce que je voulais, au fur et à mesure des opportunités. J’ai ainsi pu continuer à me battre plus sereinement.

Depuis je suis en mode « accéléré ». Je continue de ne faire que ce qui me plait, sans perdre de temps en combats inutiles et je suis encore plus audacieuse. C’est cette audace et confiance en soi que j’essaie de transmettre à mes étudiants.  Avant les gens me disaient, « Marie-Michèle, il ne t’est jamais rien arrivé de grave, c’est pour ça que tu es toujours heureuse ». Maintenant ils ne peuvent plus le dire. Ha ha.

« Vivre l’instant, oser le futur » telle est ma devise.

Alors à tous ceux qui liront cet article je veux dire : courage et ne lâchez rien. De tout cœur avec vous.

Merci Marie-Michèle pour votre témoignage !

 

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Si vous aussi, comme Marie-Michèle, vous souhaitez témoigner de votre expérience de la maladie au travail, contactez-nous à l’adresse alloalex@wecareatwork.com