RENCONTRE AVEC PASCAL

Pascal Konikowski est chef d’entreprise. Après avoir vécu l’expérience de vie du cancer, sa carrière professionnelle prend aujourd’hui un nouveau tournant. Parallèlement il a créé le site « Balafres », un site d’information à destination des hommes : pour les aider à mieux traverser l’expérience de vie de la maladie. 

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? 

Je m’appelle Pascal Konikowski, je suis marié et j’ai trois enfants. Entrepreneur, j’ai développé différentes entreprises. En février 2020, je venais tout juste de lancer une nouvelle activité, quand j’ai appris que j’étais malade. Il a fallu que je me fasse opérer la semaine suivante. C’était extrêmement rapide. Après l’opération, j’ai enchaîné les chimiothérapies agressives pendant près d’un an. J’ai fini les traitements en août dernier et j’ai eu ma dernière opération il y a quatre mois. 

Comment s’est passée l’annonce de la maladie ? 

Sur le plan professionnel, je n’ai pas eu à l’annoncer à une équipe puisque je travaillais seul. Sur le plan personnel, en revanche, nous avons souhaité être totalement transparents. Au fur et à mesure des différentes étapes, je me suis attaché à informer ma famille et mes enfants. 

Ma femme était présente à chacun de mes rendez-vous. Pour mes enfants, il n’y a pas eu de secret, ni d’interprétation : il fallait rester factuel. Cela nous a permis de conserver une relation de confiance avec eux. Quand on ne parle pas de la maladie à ses proches, cela peut devenir un secret de famille un peu lourd à porter. 

Nous nous autorisions toujours à plaisanter sur le sujet, que ce soit avec ma famille, comme avec mes amis ; il n’y avait pas de sujet tabou. C’était très simple et très direct. Je n’aurais pas apprécié les tergiversations. La relation avec mes amis s’en est même renforcée. On dit souvent que les relations se distendent avec la maladie, cela n’a pas été mon cas : les réactions étaient encore plus belles. J’ai eu des preuves d’amitié incroyables. Et pourtant, je n’étais pas tous les jours facile à vivre non plus du fait des traitements, notamment de la cortisone à forte dose.

Comment s’est passée la période des traitements ?

J’ai arrêté de travailler et j’ai essayé de maintenir le lien avec mes clients pour le jour où je ne serais plus malade.

En tant qu’indépendant, le jour où cette maladie tombe, vous n’avez plus rien. Il n’y a pas de maintien de salaire, sauf si vous avez pris des assurances au préalable ; ce que je conseille à tout le monde aujourd’hui. Le plafond de la Sécurité sociale est extrêmement bas par rapport au revenu initial. Grosso modo, le salaire est divisé par 8. C’est très peu. Il vaut mieux avoir de l’argent de côté. C’est la réalité !

Tout au long de ma maladie, même quand j’étais au plus bas, j’ai pris soin de moi et j’ai continué de développer de nouveaux projets, parce que j’avais peur de m’encroûter. J’ai fait un maximum d’activité physique et d’activité intellectuelle. J’ai notamment créé un site internet : « Balafres », pour mettre à disposition des informations que j’aurais aimé avoir à l’annonce de la maladie. 

Comment avez-vous eu l’idée de créer « Balafres » ?

Quand j’étais malade, je cherchais des informations sur la vie avec un cancer, mais je n’étais pas satisfait par mes recherches : d’un côté je trouvais des informations scientifiques, complexes pour un béotien et d’un autre, des informations ou des groupes de discussion à destination des femmes exclusivement. J’ai donc décidé de créer ce qui m’avait manqué, un site d’informations pour les hommes : « Balafres ». Je me suis formé pour créer un site internet, améliorer son référencement, faire du marketing digital pour le faire connaître, etc. C’était nouveau pour moi, j’ai acquis de nouvelles compétences !

Écrire a aussi été une sorte d’exutoire pour toute la famille. Cela permet de structurer la pensée. Il y a des sujets pour lesquels j’ai mis ma famille à contribution. Pour l’article « Comment parler du cancer à ses enfants ? », par exemple, j’ai mis à contribution les miens en leur demandant comment ils avaient vécu les choses. Qu’est-ce que j’avais bien fait ? Qu’est-ce que je n’avais pas fait ? Est-ce qu’on aurait dû faire autrement ? 

Comment s’est passé le retour au travail ?

J’ai repris assez rapidement les missions que j’avais laissées en suspens : cela a été dense. Tous les indépendants vous le diront, on n’a guère le choix, la reprise doit être assez rapide. Ce n’est pas possible d’y aller progressivement. Mais finalement, cela a été bon pour mon moral, puisque je suis sorti rapidement de cette période de « confinement ». 

De nombreuses personnes, sur Linkedin, s’interrogent sur la nécessité de dire leur maladie au travail ou non, notamment à un entretien. Pour moi c’est comme le divorce, on ne va pas l’aborder en entretien mais il ne faut pas le cacher non plus. Cela fait partie des événements de la vie, qui peuvent abîmer ou qui peuvent renforcer au contraire. On peut dire par exemple « Pendant un an, j’ai été arrêté » ou « mis au ralenti », puis on parle du job et de sa motivation, pas de la maladie. C’est un équilibre à trouver. Il y a plein de chefs d’entreprise, pour qui la maladie n’est pas un sujet. Et si cela l’est, ce n’est peut-être pas la bonne entreprise.

Où en êtes-vous actuellement ? Quels sont vos projets ?

J’ai fini mes missions en tant qu’indépendant et récemment j’ai repris la direction d’une grosse agence immobilière dans le 8e arrondissement de Paris, avec des gens très professionnels. J’ai rejoint un groupe dynamique qui me fait confiance. C’est un beau challenge, je suis très content et assez occupé.

J’ai basé ma réflexion sur ce que je sais faire, ce que j’aime faire et où se situe le marché. À l’intersection des trois, j’ai travaillé sur un certain nombre d’idées. Je voulais continuer à faire de l’immobilier de transaction résidentielle, puisque c’est ma spécialité. Dès lors que je l’avais décidé, j’ai cherché sur Linkedin en étant proactif. J’ai contacté des groupes de ce secteur en sollicitant une rencontre. Une fois que l’on sait ce que l’on veut, il faut mettre des actions en place pour contacter les gens que l’on cible. 

Par ailleurs, « Balafres » continue. Cela me fait du bien de me savoir utile. Le site a une bonne visibilité maintenant avec Movember (1), Cerhom (2)… C’est une nouvelle aventure humaine. Je continue à écrire et à publier deux articles par mois.

Quels seraient vos conseils pour mieux concilier maladie et travail ?

Tout d’abord, informer son entourage professionnel. La maladie fait peur, sans même qu’elle soit contagieuse. On ne sait pas comment en parler, on ne sait pas ce qu’il faut dire ou ne pas dire… Des gens viendront très spontanément vers vous en vous posant des questions, alors que d’autres n’oseront pas et se terreront dans un silence. Cela peut être difficile pour l’équipe, c’est important de pouvoir les tenir informés de la situation et aussi peut-être de les rassurer.

Puis, aborder les événements d’une façon assez directe avec sa hiérarchie : les risques d’absence, la possible demande d’un temps partiel… Anticiper, prévenir pour que l’entreprise puisse trouver une organisation… Être acteur de la situation est la clé ! Communiquer et informer permet de montrer à sa hiérarchie sa présence, son attachement à sa fonction et à l’organisation de la période transitoire pendant l’absence.

Vous avez participé au job dating organisé par Cancer@Work, pouvez-vous nous en dire plus ? Qu’est-ce que cela vous a apporté ?

C’était très intéressant. Les trois sessions suffisent à nous faire prendre conscience d’un certain nombre de choses. Cela permet entre autres de se rendre compte que nous ne sommes pas tout seuls, que nous sommes beaucoup de personnes dans ce cas-là et que chacun gère les choses à sa façon, différemment. C’est bien de pouvoir se dire qu’il n’y a pas une seule règle et que c’est en fonction de soi. 

Les candidats ont été très bien accueillis par toute l’équipe : ce sont vraiment des gens bienveillants et le job dating se fait dans cet esprit-là. Il n’y a pas beaucoup d’hommes dans les personnes qui participent, c’est un peu dommage. Je pense que cela viendra petit à petit. La parole des hommes doit encore se libérer. Les actions que nous mettons en place y contribuent. Un jour, ce sera plus facile.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

Le point essentiel, c’est qu’il ne faut jamais baisser les bras pour quoi que ce soit. 

Quand on est malade, le canapé et le lit sont des aimants. Cela pourrait être aussi le cas quand on est en pleine forme d’ailleurs ! Il faut parfois se faire violence, notamment physiquement : marcher, bouger… cela permet au final de se remettre beaucoup plus vite et de mieux vivre cette période de maladie. 

 

Merci Pascal !

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Si vous aussi, comme Pascal, vous souhaitez témoigner de votre expérience de la maladie au travail, contactez-nous à l’adresse alloalex@wecareatwork.com

 

Pour toutes vos questions, sachez qu’ALLO Alex est là pour vous aider ! Pour rappel, le service est joignable du lundi au vendredi de 9h à 17h (appel gratuit).

Concilier maladie et travail est possible. Chaque jour nous accompagnons des salariés et des entreprises sur le sujet de la maladie au travail, et nous pouvons vous accompagner à votre tour et vous proposer des solutions adaptées à votre entreprise. Nous proposons également un bilan de compétences et une formation individuelle à destination des porteurs de projets, qui permet aux malades, anciens malades ou personnes en situation de handicap d’interroger et de formaliser un projet professionnel ou de création d’entreprise.

Si vous souhaitez en discuter, c’est simple comme bonjour@wecareatwork.com

 

 


 

(1) Movember : c’est une association qui a pour objectif de changer le visage de la santé des hommes. Ses sujets de prédilection : le cancer de la prostate, le cancer des testicules, la santé mentale et la prévention du suicide. Plus d’informations : https://fr.movember.com/about/foundation

(2) Cerhom : c’est une association nationale qui a pour vocation de sensibiliser aux cancers masculins (prostate, tesiticule).