RENCONTRE AVEC JULIE

Julie de Lamarzelle est chargée de mission COVISAN Pro au sein de l’AP-HP, un service créé au début de la crise sanitaire en mars 2020 afin d’assurer la bonne prise en charge médicale, sociale et administrative du personnel de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP). Elle partage avec ALLO Alex sa mission et nous fait part de l’importance de l’accompagnement des personnes malades par l’environnement professionnel.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots et présenter votre fonction ?

Je m’appelle Julie de Lamarzelle. Voyageuse de nature très curieuse et hyperactive, j’adore les nouvelles rencontres et histoires de vie. Je suis coach en accompagnement professionnel. Je suis également bénévole depuis une quinzaine d’années dans l’association À Chacun Son Cap qui emmène des enfants, des ados et des jeunes adultes atteints de cancer en croisière sur voilier dans les eaux bretonnes. 

Actuellement, je suis en mission au sein de la Cellule RH de l’AP-HP créée au début de la crise sanitaire du Covid en mars 2020, pour contacter les renforts soignants venus de province aider les équipes d’Île-de-France. Les deux actions dont je suis responsable, depuis une année maintenant, sont : l’accompagnement au recrutement des étudiants en soins infirmiers de 3e année et le service de COVISAN Pro.

Pouvez-vous nous dire en quoi consiste exactement la mission COVISAN Pro ?

COVISAN est un dispositif qui aide et accompagne toutes les personnes diagnostiquées COVID positifs, symptomatiques ou cas contacts, pour prévenir la diffusion du virus dans leur entourage. 

L’AP-HP a décidé de mettre en place une plateforme spécifique, dédiée aux agents de l’AP-HP qui s’appelle COVISAN Pro, afin d’assurer leur bonne prise en charge médicale, sociale et administrative. Le personnel et les étudiants de Sorbonne Université et de l’UPEC bénéficient également de ce service. Nous avons été d’une à trois personnes, en équivalent temps plein, selon les périodes de crises et vagues de contamination. 

Concrètement, quels types d’accompagnement avez-vous mis en place ?

Nous organisons l’accès au dépistage des membres du foyer du professionnel de l’AP-HP dans un centre de dépistage proche de chez lui ou par l’envoi d’une équipe COVISAN à son domicile. Nous accompagnons le professionnel selon ses besoins à domicile (aide à l’isolement en centre de séjour, rappels des mesures barrières et recommandations dans la « gestion » du covid à la maison). La mission la plus grande a été l’écoute. Ces échanges téléphoniques ou par e-mail ont aidé à répondre aux préoccupations médicales et administratives de l’agent, aux questions sur les symptômes, le dépistage ou non de ses proches. 

Quels retours avez-vous ?

Les agents sont libres de nous contacter s’ils le souhaitent. Ce sont les services de santé au travail qui relaient nos coordonnées (joignable par e-mail 7j/7 et par téléphone du lundi au vendredi).

Les recommandations mises en place par l’État étaient différentes suivant les variants, le type de contact avec une personne malade, suivant l’âge des enfants et leur niveau scolaire. Tout cela générait beaucoup de charges mentales et de confusion pour l’agent malade.

Ces professionnels qui étaient en contact avec des patients covid et qui pourtant géraient ce virus au quotidien pouvaient se retrouver en état de choc, de colère, de tristesse, de culpabilité et de stress lorsque le covid touchait leur foyer. Tout le monde parlait du covid mais finalement une fois dans son foyer : ce n’est plus la même chose.

Nous écoutions et échangions beaucoup pour lever les inquiétudes durant ce temps de grande vulnérabilité. Conseil et écoute étaient nos deux moteurs. L’humour s’est aussi invité dans les échanges. Cette légèreté de communication faisait du bien. 

Nous avons reçu beaucoup de mots de remerciements. C’était « vraiment essentiel et rassurant [pour les agents] de [nous] sentir à [leurs] côtés durant toute cette période ». Des personnes ont été touchées de nos réponses, de notre implication et de notre soutien dans cette période compliquée. C’est un service qui a aidé beaucoup de personnes, qui a permis de garder la confiance et le lien. 

Pensez-vous que ce dispositif d’urgence puisse être pérennisé et élargi ou adapté au suivi d’autres pathologies comme les maladies chroniques ?

Il y a une réflexion sur le fait de mettre en place un service de ce type entre le service de santé au travail et celui des ressources humaines.
Nous avons pu comprendre que la confidentialité et l’écoute à la croisée de ces deux services permettaient d’aider à gérer autant le côté « charge médicale » que le côté « charge administrative » mais également lever les inquiétudes qui sont à la frontière pro/perso. 

Selon vous, pourquoi est-ce important d’accompagner le personnel malade ?

Être malade est un sujet tabou dans la société où l’on peut être stigmatisé. Cela peut conduire à l’isolement et à la dépréciation de soi. Le public en général n’aime pas trop parler de maladies, être en contact, comme si cela allait conduire à être contaminé. La méconnaissance des maladies, de leurs conséquences et des épreuves vécues augmente le fossé entre la personne en bonne santé et celle qui est en traitement.

Accompagner les personnes malades permet de libérer les maux par les mots. 

Nous devrions toujours trouver au sein des entreprises des espaces bienveillants et de confiance où le jugement n’a pas lieu d’être. La maladie ne doit pas représenter la personne qui est malade. Enfin, le support et le soutien aident également à la guérison. 

 

Merci Julie pour votre témoignage !