MIEUX VIVRE LES CONSÉQUENCES DE LA MALADIE 2/3 – ZOOM SUR… LA CONCENTRATION

Les maladies chroniques ou les traitements médicamenteux lourds peuvent parfois engendrer des conséquences invisibles, qui impactent la vie professionnelle des personnes. La semaine dernière, nous évoquions la fatigue. Cette semaine, zoom sur… les troubles de la concentration. Comment les gérer au quotidien ? Comment se faire accompagner ?

 

De quoi parle-t-on ?

 

Vous avez du mal à vous concentrer sur un sujet pendant un temps long, il vous faut plus de temps pour effectuer certaines tâches… Le bruit, la luminosité peuvent avoir des conséquences sur votre concentration, votre attention… 

Certaines maladies chroniques ou leurs traitements peuvent avoir des conséquences neurologiques et notamment engendrer un trouble de la concentration. 

« Je me sentais souvent « à l’ouest », du fait du traitement qui provoque un manque de concentration. J’avais du mal parfois à tenir tout un cours de trois heures mais je me forçais à tenir car je préférais être là plutôt que sur mon lit d’hôpital. » témoigne Alexandre. 

Qu’elles soient directes (dues à la pathologie) ou indirectes (dues à l’asthénie (1) ou aux traitements) cela peut créer une situation de handicap au travail. C’est important de pouvoir en parler avec les professionnels de santé et de sensibiliser votre employeur à ces différents troubles. Ils peuvent être limitants, freiner l’accomplissement des tâches quotidiennes et avoir pour conséquence une certaine fatigue. Comment composer avec cette nouvelle donne au quotidien dans l’environnement de travail ?


Un environnement de travail adapté

 

Les personnes sujettes aux troubles de la concentration ou de l’attention peuvent parfois avoir des difficultés à répondre rapidement à des questions, à mener plusieurs tâches de front, à suivre des instructions quand il y en a plusieurs ou avoir tendance à perdre le fil… Elles peuvent aussi avoir plus de mal à se concentrer pour apprendre et cela peut être difficile de trouver leurs mots à l’oral comme à l’écrit

Les problèmes de concentration suite à un traitement ne seront pas forcément permanents. Pour savoir où vous en êtes, vous pouvez faire une évaluation cognitive : un bilan neuropsychologique auprès d’un neuropsychologue ou un bilan orthophonique auprès d’un orthophoniste, cela vous permettra de faire le point et de trouver des solutions qui vous sont adaptées. Des associations comme OnCOGITE proposent également des ateliers lors de remédiation cognitive pour stimuler votre activité cérébrale. 

Des dispositifs légaux existent pour adapter l’environnement de travail. La visite de pré-reprise permet de mettre en place un aménagement spécifique, avec les recommandations du médecin du travail et l’accord de votre employeur. Le temps partiel thérapeutique peut également être une solution pour une reprise progressive. La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) peut permettre de prendre en considération ces difficultés sur le plan professionnel

Sophie, par exemple, qui a été soignée pour un cancer, doit faire face, en plus de sa fatigue et de ses douleurs quotidiennes, à des troubles de la concentration et de la mémoire, du fait de sa maladie et de ses traitements. Elle est en recherche de solutions pour reprendre une activité professionnelle adaptée. Elle a notamment fait une demande de RQTH pour mettre en place les adaptations nécessaires et bénéficier d’accompagnement.  

Par exemple, pour les concours dans la fonction publique, la RQTH peut permettre d’obtenir un tiers-temps. Il est aussi possible de faire une demande de supports adaptés dans le cadre d’une formation (besoin d’un support écrit pendant la formation par exemple).

 

Comment s’adapter ou compenser ? 

 

En communiquant tout d’abord sur ses difficultés et en faisant part des solutions qui peuvent aider (temps de réunion plus court, pauses régulières, support visuel et•ou écrit, post-it, prises de notes, rappels de la part des collègues…) On peut en discuter avec son employeur, son équipe et/ou le médecin du travail pour les sensibiliser et les aider à mieux comprendre les difficultés réelles rencontrées, même si elles sont invisibles.

Marlène, assistante communication dans une grande entreprise, nous parlait de sa fatigue et des aménagements de poste dont elle a pu bénéficier. Elle a dû aussi composer avec des difficultés de concentration. Par exemple, une visioconférence pendant deux heures peut être difficile pour elle.

« L’important est d’aider son entourage professionnel à mieux comprendre la pathologie, les conséquences et les difficultés que l’on peut rencontrer. J’ai la volonté de communiquer, d’être transparente envers mes employeurs. Concernant la fatigue que ça engendre, je n’hésite pas à le rappeler. »
Marlène, assistante communication, atteinte du syndrome de Li-Fraumeni (2)

Un vécu également partagé par Patrick et Frédérique. Patrick ,conseiller clientèle pour un grand groupe bancaire, atteint de neurolupus (3) explique : « Impossible de réaliser des rendez-vous trop longs. En effet, il m’est difficile de rester concentrer longtemps. » Frédérique, elle, est conceptrice de digital learning. Suite à ses traitements anti-cancer, elle s’est découvert des troubles cognitifs : troubles de l’attention, perte de mémoire. « J’ai l’attention qui tend à se dissiper au bout d’un moment ».

 

Une organisation adaptée

 

Dans une journée, il peut y avoir des moments où la concentration est accrue et d’autres au contraire, où cette concentration baisse. C’est important de pouvoir repérer ces moments afin d’organiser ses tâches en fonction, en se consacrant aux tâches qui demandent le plus de concentration quand c’est le meilleur moment pour soi. Se concentrer sur une tâche à mener de front, plutôt que plusieurs, aidera également à ne pas disperser son attention.

Les longues discussions, le bruit sur le lieu de travail peuvent aussi devenir problématiques. Prendre des pauses régulières, limiter et réduire les sources de stress sont des solutions que l’on peut inclure dans son organisation, car cela peut permettre de diminuer l’atteinte des capacités cognitives. 

« Je m’arrange pour limiter mon nombre de rendez-vous sur une journée, surtout l’après-midi. De plus, j’essaye de ne pas faire durer les rendez-vous trop longtemps. (par exemple : je prépare les documents en avance pour diminuer mon temps face aux clients). Donc l’organisation est importante pour ne pas se retrouver vite submergé. J’essaye de faire des pauses entre chaque rendez-vous. »
Patrick, conseiller clientèle pour un grand groupe bancaire, atteint de neurolupus (3).

Pour aider à la réduction du stress : des exercices de relaxation et de contrôle de la respiration peuvent être des outils à mobiliser tout au long de la journée, à intégrer dans son organisation lors des moments de pause. La respiration abdominale que l’on retrouve en yoga, méditation ou sophrologie est un bon moyen de délier les tensions et de se recentrer. 

 

Un suivi et une adaptation régulière

 

Les personnes malades sujettes aux troubles de la concentration peuvent se faire accompagner par l’organisme de santé au travail (médecin, infirmier, psychologue…) par les équipes de l’entreprise (ressources humaines, mission handicap, managers….) et par des professionnels en dehors de l’entreprise : neurologue, neuropsychologue, ergothérapeute, ergonome, coach, services proposés par la mutuelle, soins de support… afin de trouver des solutions adaptées à leurs situations, qui leur sont propres.

Avec l’entreprise et la médecine du travail c’est primordial d’avoir des rendez-vous et un suivi régulier (qui par ailleurs est prévu dans la loi pour les personnes travailleurs handicapés) des tâches et de ce qui peut engendrer des situations de handicap, pour ne pas surcompenser inutilement et créer de la fatigue supplémentaire. D’autant que cela peut évoluer dans un sens ou dans l’autre selon la maladie et c’est important de pouvoir toujours répondre à ses besoins s’ils sont amenés à évoluer.

Gérer ses troubles cognitifs et sa fatigue mentale au quotidien n’est pas une mince affaire, mais en analysant les situations et en se faisant accompagner, il est possible de prendre en considération ces difficultés et la fatigue inhérente et de continuer ou reprendre une activité professionnelle adaptée.

 

Un grand MERCI à Alexandre, Frédérique, Marlène, Patrick et Sophie qui ont accepté de témoigner et de partager leurs expériences ! De la même manière, la semaine prochaine nous parlerons plus particulièrement des troubles de la mémoire : “stay tuned” 😉

 

Pour toutes vos questions, sachez qu’ALLO Alex est là pour vous aider ! Pour rappel, le service est joignable du lundi au vendredi de 9h à 17h (appel gratuit).

Concilier maladie et travail au sein de votre entreprise est possible. Wecare@work, forte de son expertise dans l’accompagnement du retour au travail, propose un certain nombre de services en ligne (coaching et accompagnement psychologique compris) pour les entreprises et les collaborateurs. Nous proposons également un bilan de compétences et un accompagnement à l’entrepreneuriat pour les particuliers. Chaque jour nous accompagnons des salariés et des entreprises sur le sujet de la maladie au travail, et nous pouvons vous accompagner à votre tour et vous proposer des solutions adaptées à votre entreprise. Si vous souhaitez en parler, c’est simple comme bonjour@wecareatwork.com

 


 

(1) L’asthénie est une fatigue anormale. On parle d’ « une fatigue anormale » quand une fatigue importante, voire de l’épuisement, sont présents et qu’ils perdurent malgré un bon sommeil et un repos. Cette asthénie peut être passagère et réactionnelle ou durable, en lien avec une maladie chronique ou une souffrance psychique. 

(2) Le syndrome de Li-Fraumeni : Le syndrome de Li-Fraumeni (LFS) est un syndrome rare de prédisposition au cancer caractérisé par l’apparition précoce de plusieurs cancers primitifs tels que le cancer du sein, les sarcomes osseux et des tissus mous, la tumeur cérébrale et le corticosurrénalome. (Source : orpha.net)

(3) Le neurolupus : le lupus est un dérèglement du système immunitaire dont les manifestations peuvent être très variées : éruptions cutanées, douleurs articulaires, fatigue, insuffisance rénale… Le neurolupus est caractérisé par des atteintes neurologiques qui provoquent entre autres des hallucinations et des dépressions. Il est possible de traiter les symptômes par traitement médicamenteux pour stabiliser la maladie et cela nécessite un suivi médical régulier. (Source : allodocteurs.fr

Pour plus d’informations médicales, retrouvez la boîte à outils Mapatho sur le lupus.