RENCONTRE AVEC LAURE

Laure a été diagnostiquée d’un cancer du sein il y a deux ans. À la fois patiente et aidante, elle n’a pas pu reprendre son travail et a été licenciée pour inaptitude. Proche de la retraite, elle envisage désormais de se reconvertir à la couture pour les annuités qui lui restent. Elle a accepté de témoigner pour ALLO Alex et de partager avec vous son point de vue sur le service. Découvrez son histoire…

 

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? 

Je m’appelle Laure et je suis une femme de 59 ans proche de la retraite avec un esprit de service. J’aime comprendre et trouver des solutions dans ma vie quotidienne et pouvoir soulager un maximum de personnes. J’étais assistante de gestion de flotte poids lourds.

Qu’est-ce qui vous anime au quotidien et dans l’exercice de votre métier ? 

Dans mon métier j’aimais à chaque instant pouvoir soulager mes collègues et pouvoir entendre leur sourire sans oublier un travail bien fait ; en tout cas le mieux possible. C’est vraiment ce qui m’animait.

Comment s’est passée l’annonce de la maladie ? 

Courant 2019, j’ai senti une grande fatigue ; je devais faire face au cancer de ma mère, atteinte d’un cancer du sein avec des métastases aux os, qui devenait douloureux pour elle. J’ai alerté mon responsable de cette fatigue et sur la nécessité d’organiser autrement le service. Face à aucun changement dans l’organisation du travail, j’ai ressenti un abandon, et le stress grandissait sans pour autant que je prenne conscience qu’il fallait m’arrêter. Fin 2019, le diagnostic est tombé : cancer du sein, 3 tumeurs. J‘ai dû l’annoncer à mes parents. Au regret d’avoir blessée ma mère, je me suis enfermée dans l’image d’un stade et celle de courir pour gagner la course. 

Comment avez-vous géré les traitements ?

La maladie m’a rappelée à l’ordre de prendre soin de moi. Gagner ma course et gagner celle d’accompagnante de ma mère vers les soins palliatifs et la fin de vie, malgré mes chimios. Je lui ai demandé de ne pas s’occuper de moi ; j’allais gérer ce combat. Les traitements se sont bien déroulés. La perte des cheveux ne m’a pas perturbée. Ça repousse. J’étais dans ma course.
Ce qui m’a parfois déstabilisé c’est d’entendre parler des autres cas lors des séances de chimiothérapie. Ma mère et moi c’était déjà beaucoup. J’aurais aimé être seule. Ma mère nous a quittés le 9 mai et Curie [NDLR. l’Institut Curie] m’a permise d’être dans une chambre seule. La fatigue était bien là. Et j’ai été soutenue par ma famille, mes amies et quelques collègues de travail régulièrement.

Comment s’est passé le retour au travail ?

J’ai 59 ans et je suis proche de la retraite. J’ai été licenciée pour inaptitude. Je n’ai pas pu reprendre le travail compte tenu du temps de transport, sur les conseils des médecins. J’avais jusqu’à deux heures voire deux heures et demie de transport par jour. Et j’ai aussi la chance d’être aidée en partie par la CRAMIF (1) avec une pension d’invalidité pour me permettre d’avancer tranquillement vers la retraite.

Qu’est-ce qui vous a aidée ?

Pour accepter le parcours médical à Curie qui était sans aucun doute très bien orchestré, j’ai eu la chance d’être aidée par Repy (2), la Ligue contre le cancer et bien sûr ALLO Alex. C’est un grand remerciement que je leur dois de pouvoir m’exprimer et échanger.

Où en êtes-vous actuellement ? Quels sont vos projets ?

Aujourd’hui, il me paraît évident de rechercher une activité qui me plait, sans stress, en visant un revenu forcément moindre mais qui me permette de vivre. J’aimais mon métier, mon entreprise, mais c’était ma vie d’avant. Je souhaite avancer vers une nouvelle vie de calme et de plaisirs. J’aimerais me tourner vers une activité plus créative. Je suis à l’étude pour apprendre à coudre, pour apprendre à réparer, à créer. C’est dans l’air du temps. Ce parcours intense me fait réaliser les priorités de la vie, qui je suis, qui j’ai envie d’être et d’accepter, d’oser. Et si  j’ai encore du travail devant moi, ce n’est plus le même travail.

Quels seraient vos conseils pour mieux concilier maladie et travail ?

J’ai beaucoup culpabilisé de ne pas revenir au travail. J’en oubliais mon état physique. Je conseille d’échanger avec le corps médical sur ce qu’il nous est possible de faire ou pas. Mon médecin traitant et le médecin du travail ont été d’une grande écoute. 

Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

De nombreuses femmes à la radiothérapie m’ont confié être sollicitées pour un retour plus précoce au travail. Il est important d’écouter son corps et ce qu’il est possible de faire ou pas et de ne pas en vouloir au travail de nous réclamer, juste de prendre les bonnes décisions pour nous-mêmes. 

Je travaille sur moi et pour moi et ce travail est utile pour tout mon entourage. Merci de me permettre de pouvoir échanger et dire qu’avancer à petits pas c’est quand même avancer.

Vous avez utilisé le service ALLO Alex, pouvez-vous nous dire en quoi, il vous a été utile ?

ALLO Alex a souvent été ma bouée de sauvetage pour être rassurée sur les questions liées au travail et la maladie. Il est important de ne pas se précipiter dans quoi que ce soit. J’étais dans l’incompréhension totale entre incapacité, invalidité, inaptitude et mi-temps thérapeutique. ALLO Alex a répondu à chacune de mes demandes, a été à mon écoute à chaque doute et c’est très important à ce moment-là d’avoir un interlocuteur. Ces échanges m’ont permis de lâcher prise sur « le faire et le travail ». Il est possible aussi d’être une belle personne en dehors de la performance à tout prix. 

 


 

(1) CRAMIF : Caisse d’Assurance maladie d’Île-de-France.

(2) GCS Repy est un réseau de santé qui accompagne le maintien à domicile des personnes âgées ou atteintes d’une maladie grave, les personnes atteintes d’un cancer dès l’annonce de la maladie, et les aidants désirant un accompagnement, un soutien, un soulagement afin de gérer l’angoisse et éviter l’épuisement, notamment lors de soins palliatifs.