RENCONTRE AVEC ALEXANDRA CHAMPAILLER, DRH DE LA SOCIÉTÉ ÉVOLUTIS

Alexandra Champailler est directrice des ressources humaines dans une entreprise de fabrication de matériel médical. Pour ALLO Alex, elle a accepté de répondre à quelques questions. Elle nous fait part de l’accompagnement des salariés dans leurs moments de fragilité, de son engagement et de l’intérêt à mieux concilier maladie et travail pour les entreprises selon elle.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? 

Je suis Alexandra Champailler, DRH de la société EVOLUTIS, créateur et fabricants d’implants orthopédiques et matériel chirurgical depuis 1999.

Qu’est-ce qui vous anime dans votre métier ? 

Donner du sens au travail des salariés.

Si je vous dis « maladie et travail », qu’est-ce que cela évoque pour vous en tant que professionnelle des ressources humaines ?

La maladie est toujours préoccupante pour les professionnels des ressources humaines car elle est d’abord, pour le salarié, souvent synonyme de problématique personnelle ou professionnelle et ensuite, pour l’entreprise, synonyme de bouleversement organisationnel, de coût supplémentaire et d’incertitude.

Elle nécessite de la réactivité, du suivi personnalisé et de mettre en place des actions adéquates.  

Avez-vous déjà été confrontée à la maladie de collaborateurs ? 

Je suis quotidiennement confrontée à la maladie de mes salariés ; maladie plus ou moins longue, plus ou moins grave.

J’assure un suivi du taux d’absentéisme mensuel comparé à N-1 et au taux de la branche d’activité de mon entreprise. Je peux ainsi mesurer le bien-être de mes salariés et connaître les mois les plus concernés par l’absentéisme pour ensuite mettre en place des campagnes de sensibilisation, par exemple pour la grippe en janvier.

Et des maladies comme le cancer ?

Je n’avais jamais été confrontée au cancer au travail dans ma carrière professionnelle avant 2020. J’ai donc fait des recherches et j’ai trouvé le site de Wecare@work. J’ai immédiatement trouvé des réponses à mes questions. Pour approfondir mes connaissances, j’ai bénéficié d’une formation et d’un accompagnement personnalisé par rapport au cas que je rencontrais à ce moment-là.

Grâce à ça, j’ai pu avoir des conseils très pratiques pour accompagner la personne malade. Je me sens ainsi parfaitement informée et outillée pour suivre la personne et anticiper son retour au travail en entreprise qui est prévu prochainement.

Plus généralement, quelles autres actions mettez-vous en place pour accompagner vos collaborateurs ? 

Selon la durée de la maladie et le poste occupé, j’ai mis en place un suivi individualisé (pendant et après l’absence pour maladie).

Mais selon moi c’est la communication qui permet d’accompagner les collaborateurs. D’autant qu’aujourd’hui les moyens de communication permettent de se rassurer sur l’état de santé du salarié et même s’il n’y répond pas (ce qui est son droit). La communication permet de garder le lien avec le salarié malade.

Je mets en place des actions d’accompagnement comme l’entretien de reprise après tout arrêt de plus de 30 jours afin de vérifier que le poste du salarié n’a pas changé, qu’il a toutes les informations nécessaires à sa reprise. Je mets également en place des suivis téléphoniques si le salarié le veut bien et qu’il est absent pour une longue durée. Je suis informée de sa situation personnelle, de l’évolution de sa maladie et peut ainsi anticiper sur sa prolongation ou son absence.

Plus largement, sensibilisez-vous et mobilisez-vous l’entreprise sur le sujet ? Si oui comment ? 

Les managers sont directement concernés et doivent être sensibilisés pour ne pas « sanctionner » les salariés absents pour maladie. Ils doivent également apprendre à détecter les raisons de l’arrêt maladie et être attentifs à certains signaux d’alerte (dispute, anxiété…) mais les équipes aussi. Face à un cancer, il est important que les équipes soient informées de la situation et que la personne absente puisse garder un lien avec son entreprise. Elle doit se sentir soutenue.

Pour ma part, je sollicite régulièrement des professionnels de santé pour améliorer les conditions de travail et participe à des journées de sensibilisation (PRAP (1), cancer, handicap…)

Selon vous, quel intérêt à mieux concilier maladies et travail pour les entreprises ? 

Avec une bonne communication, il est plus facile d’obtenir du salarié les informations qu’il a en sa possession et qu’il n’a pas forcément transmises suite à son arrêt maladie. Il s’agit d’assurer une polyvalence des tâches entre collègues car il n’est pas toujours évident de recruter un remplaçant, d’autant plus quand on ne connaît pas la durée de l’arrêt de travail.

Si vous aviez 1 conseil à donner, suite à votre expérience, lequel serait-il ? 

Il me semble indispensable de dédramatiser les arrêts même s’ils coûtent en temps, en argent et en énergie ; ils font partie de la vie des entreprises. Pour les diminuer, il faut s’interroger sur la qualité de vie au travail. Pour ma part, je mesure chaque année au travers d’un questionnaire via les entretiens individuels, le degré de satisfaction des salariés. J’essaie de les comprendre, d’anticiper et de discuter avec eux de leur problème et de les mobiliser au travers de leur développement de compétence et intérêt pour leur travail.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

Tout soutien commence avec humilité devant celui que je veux accompagner et c’est pourquoi je dois comprendre qu’aider n’est pas vouloir maîtriser mais vouloir servir.

 


(1) PRAP : Prévention des risques liés à l’activité physique. Afin de prévenir ces risques, des formations de sensibilisation aux bonnes postures et manutentions sont organisées pour les salariés afin d’éviter le développement des troubles musculosquelettiques à la base de nombreux arrêts.