RENCONTRE AVEC FIRMINE DURO, DIRECTRICE DES PARTENARIATS ET DE LA TERRITORIALISATION DE PÔLE EMPLOI

En décembre dernier, l’Assurance maladie et Pôle emploi ont signé une convention afin de renforcer les collaborations locales déjà existantes, co-construire une stratégie au niveau national pour lutter contre le renoncement aux soins et lever les freins au retour à l’emploi dus à une santé dégradée. 

La convention signée vient renforcer les axes de collaboration entre les deux institutions qui se traduisent notamment par des actions d’accompagnement des demandeurs d’emploi pour l’accès aux droits et aux soins, et de la prévention de la désinsertion professionnelle.

Pour ALLO Alex, Firmine Duro, directrice des partenariats et de la territorialisation à Pôle emploi, a généreusement accepté de revenir sur cette convention et nous en explique les tenants et aboutissants.

 

Vous avez signé une convention avec l’Assurance maladie afin de renforcer les collaborations locales entre les agences locales de Pôle emploi et les CPAM (1), pourquoi ? 

Nous avons pour ambition de répondre efficacement aux besoins des demandeurs d’emploi en proposant des services de plus en plus personnalisés aux moments clés de leur parcours à Pôle emploi, en concentrant notamment notre action sur ceux qui en ont le plus besoin. 

Pour y parvenir, nous nouons des partenariats avec des structures qui proposent des services complémentaires aux nôtres. Avec les difficultés financières et de logement, les problèmes de santé sont identifiés par nos conseillers comme l’un des trois freins majeurs au retour à l’emploi. Il était donc essentiel pour nous de travailler avec l’Assurance maladie, d’autant que nous sommes l’un et l’autre fortement ancrés dans les territoires et que nous partageons cette volonté d’améliorer l’inclusion et la santé des populations fragiles. 

Pour Pôle emploi, quel est l’objectif de cette convention ?

Une période de chômage peut provoquer une dégradation de la santé physique et psychique du demandeur d’emploi et, en l’absence de soins, l’installer dans un chômage de longue durée. Nous le constatons d’autant plus dans la période actuelle. Or, une étude de février 2019 réalisée auprès des assurés de l’Assurance maladie a révélé que l’absence d’activité professionnelle augmentait la probabilité de renoncer aux soins. Les raisons en sont diverses et parfois multiples : l’absence d’information et une méconnaissance des droits, le manque de ressources financières, des démarches perçues comme complexes… Autant de freins à l’insertion, dans un parcours de soins, qui impactent alors le retour à l’emploi.

Parallèlement, une situation de santé dégradée augmente le risque de chômage, d’un licenciement pour inaptitude et d’un éloignement du marché du travail. Il est donc nécessaire de sécuriser le parcours des assurés avant et après un éventuel licenciement pour inaptitude en intervenant au plus tôt auprès des instances de prévention de l’Assurance maladie et en assurant une transition fluide pour les personnes qui vont s’inscrire à Pôle emploi.

Depuis 2013, il existe au niveau local et dans certaines caisses expérimentales, des collaborations qui se traduisent notamment par des actions d’accompagnement des demandeurs d’emploi pour l’accès aux droits et aux soins et de la prévention de la désinsertion professionnelle. 

En quoi a consisté cette expérimentation ? Et quels en sont les retours ? 

Ces expérimentations, auxquelles ont contribué les agences Pôle emploi de plusieurs territoires, ont posé les bases de l’accompagnement santé, un service désormais proposé par l’Assurance maladie dans l’ensemble de la métropole et en cours de déploiement dans les territoires d’Outre-mer. Depuis sa mise en place en 2018, près de 180 000 assurés ont bénéficié de ce service.

La prévention de la désinsertion professionnelle permet quant à elle à l’Assurance Maladie de détecter et de prendre en charge le plus tôt possible les salariés en arrêt de travail qui risquent de ne pas reprendre leur emploi du fait d’un problème de santé. L’objectif est d’assurer à ces salariés un retour à l’emploi dans les meilleures conditions possibles, soit dans leur entreprise à leur poste de travail ou à un autre poste, soit par une réorientation professionnelle dans un autre secteur d’activité. Dans ce dernier cas, il s’agit d’anticiper une inscription à Pôle emploi et si celle-ci intervient, de prendre en compte toutes les actions menées par l’assuré au cours de son arrêt pour agir plus vite et mieux pour sécuriser son parcours professionnel.

Qu’est-ce que cette convention change ?

Cette convention-cadre entre nos deux établissements doit permettre de renforcer les relations existantes entre les acteurs locaux (agences Pôle emploi et caisses primaires d’assurance maladie), de promouvoir et d’initier de nouvelles coopérations au niveau local ou national.

Comment cela va se manifester concrètement pour les usagers ?

Pour que nos conseillers et psychologues du travail puissent mieux informer les demandeurs d’emploi sur leurs droits et les dispositifs existants, nous allons renforcer leurs connaissances de nos expertises mutuelles. Ils pourront ainsi mieux prendre en compte la situation globale des demandeurs d’emploi. 

Les travaux de notre réseau s’organiseront avec les CPAM autour de plusieurs axes. Au-delà d’une meilleure information des demandeurs d’emploi sur l’accès aux soins, il s’agira pour nos conseillers de mieux connaître l’offre de service de l’Assurance maladie. Ce partenariat permettra également de davantage personnaliser l’accès aux soins en facilitant la mobilisation des dispositifs de l’Assurance maladie. Pour assurer une prise en charge précoce des salariés en arrêt de travail et en risque de licenciement pour inaptitude, Pôle emploi expérimentera d’ailleurs une présence de ses représentants dans les instances de pilotage local de la prévention de la désinsertion professionnelle (PDP).

De nos jours, de nombreuses personnes vivent, travaillent ou recherchent un emploi, tout en étant malades, comment envisagez-vous l’avenir pour ces personnes au regard de cette mesure ?

L’accord que nous avons signé cible principalement les personnes en situation de vulnérabilité et de précarité et plus particulièrement les bénéficiaires de minima sociaux et les demandeurs d’emploi de longue durée, sans droits ouverts, sans suivi médical, sans complémentaire santé ou en difficulté d’accès aux soins. Ce sont bien les publics les plus fragiles qui vont bénéficier du renforcement de notre partenariat.

Comment peut-on concilier maladie et travail selon vous ? Et quel est l’intérêt pour les entreprises ?

Chaque situation est particulière en fonction de l’état physique de la personne, de son ressenti et du type de maladie à laquelle elle est confrontée. Néanmoins le maintien d’une activité, lorsque c’est possible, comporte des avantages bien identifiés : un sentiment d’utilité et le maintien d’un lien social et de ressources financières. Quant aux entreprises, il s’agit pour elles de préserver et conserver des compétences, de fidéliser les salariés, de limiter le coût du turn-over et de bénéficier de l’image d’une entreprise inclusive qui permet d’attirer de nouveaux profils. La santé des salariés et des demandeurs d’emploi doit donc rester une priorité de nos politiques publiques.

 


(1)  CPAM : caisse primaire d’Assurance maladie

Crédit photo : JFaure – Pôle emploi 

Communiqué de presse « Signature d’une convention entre l’Assurance Maladie et Pôle emploi pour améliorer l’inclusion et la santé des plus fragiles », 7 décembre 2020.