RENCONTRE AVEC FRÉDÉRIQUE

#TeamTime Wecare@Work

Après Anne-Sophie, Claire, Véronique, Julie et Léa, découvrez Frédérique.

Frédérique a rejoint l’équipe de Wecare@Work en 2020 en tant que conceptrice en digital learning après avoir traversé l’épreuve de la maladie. Désormais, elle met son expérience de vie au service de la conception d’outils digitaux pour Wecare@Work, afin que chacun, d’où qu’il soit, puisse mieux concilier maladie et travail au quotidien.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Frédérique, fraîchement quinqua, éclectique dans mes activités — conceptrice de parcours e-learning le jour, couveuse de Zarbipodes la nuit. Évidemment j’exagère puisque la nuit je dors, mais j’ai effectivement d’une part un métier qui m’apporte beaucoup de satisfaction parce qu’en plus d’aider les gens, il allie travail d’équipe, polyvalence et créativité, et d’autre part un hobby qui est de dessiner des petits monstres bizarroïdes.

Qu’est-ce qui t’anime au quotidien et dans l’exercice de ton métier ?

L’utilité. Je me sens aussi utile quand je réussis à faire sourire quelqu’un, que lorsque je participe à un projet destiné à apporter du soutien. Pour pouvoir être utile, j’ai besoin de me sentir bien, et pour me sentir bien j’ai besoin d’être libre, polyvalente et de travailler avec des personnes bienveillantes, justes et honnêtes. Dans le travail, on n’est pas toujours libre à 100 % — et c’est normal de poser des limites et de faire des compromis, c’est pourquoi il est important pour moi de pouvoir aussi m’exprimer dans des projets personnels où tout est permis !

Comment s’est passée l’annonce de la maladie ?

Ça ne se passe jamais bien forcément. Là, c’était le jour de la saint Amour, en août 2017, j’étais en vacances au camping, sur une île, et il pleuvait. Le wifi passant très mal, sauf dans la voiture, c’est là que j’ai entendu la gynécologue m’annoncer que j’avais un cancer du sein. Apparemment tout petit. Tellement petit que quand j’ai appris plus tard que j’aurais chimiothérapie, radiothérapie, immunothérapie et hormonothérapie, j’ai eu un deuxième choc !

J’aimerais profiter de cette interview pour rappeler aux personnes malades qu’elles ont le droit de choisir leur hôpital. La gynécologue, que je ne connaissais pas avant, avait tout planifié au moment où elle m’a téléphoné : scanner, rdv avec l’anesthésiste, date et lieu de l’opération (une clinique privée) car « il fallait faire très vite ». Sur le coup (de massue), je n’ai pas réagi et l’ai remerciée d’avoir tout pris en mains. Puis j’ai commencé à me renseigner et il se trouve que l’un des meilleurs hôpitaux était près de chez moi ! 

Ça n’a pas été évident de dire à cette gynécologue que je préférais me faire soigner à cet endroit, et elle m’a bien fait culpabiliser, mais c’est ma vie, mon corps et accessoirement mon porte-monnaie qui étaient en jeu. Je ferme la parenthèse.

Comment s’est passée la période des traitements ? 

C’est étrange mais malgré les désagréments provoqués par les traitements, j’ai découvert qu’il était possible de faire plein d’activités grâce à plein d’associations (1) ! Et je ne m’en suis pas privée. J’avais le temps de m’occuper de moi et de me faire bichonner. Je remercie toutes ces associations, c’est énorme ce qu’elles font pour nous aider à reprendre des couleurs ! Et puis j’y ai fait de très belles rencontres.

Et ce n’est pas fini ! Car même après l’arrêt maladie, la porte associative reste ouverte ! C’est comme ça que j’ai passé 3 jours inoubliables sur un voilier en octobre dernier !

J’ai aussi été très bien entourée par mes proches, vraiment j’ai de la chance. Personne ne m’a tourné le dos.

Quelques collègues prenaient et me donnaient des nouvelles de temps en temps et ça me faisait plaisir. Mais, globalement, mes relations officielles avec l’entreprise étaient plutôt centrées sur l’envoi de mes arrêts maladie. Et j’y étais pour quelque chose, puisque quelque part, j’avais envie de couper avec le travail. Avant d’être malade, j’avais envie de changement, j’étais comme éteinte… Alors une fois en arrêt maladie, j’ai éprouvé un certain soulagement. Et plus le temps passait, moins j’avais envie d’y retourner.

Peux-tu nous raconter ton retour au travail ?

Comme l’échéance approchait et que j’avais de moins en moins envie de reprendre, j’ai décidé de me faire aider. Là encore, des associations spécialisées étaient présentes. C’est ainsi que j’ai participé à un atelier de retour à l’emploi, à du coaching de retour à l’emploi et à un job dating avec Cancer@Work pour échanger sur mon projet professionnel avec des entreprises à l’écoute des personnes confrontées à la maladie.

Tous ces rendez-vous m’ont permis de me remettre en condition psychologique et de réfléchir aux moyens que je pouvais me donner pour arrêter de subir ma vie professionnelle. 

C’est donc avec une idée de reconversion en tête que j’ai repris en temps partiel. Et heureusement car j’ai bien senti à mon retour qu’on ne savait pas quoi faire de moi. Mon responsable a été adorable, il ne voulait pas me brusquer, mais je n’avais rien à faire d’intéressant et pas vraiment de projets. À sa place, j’aurais sûrement été désemparée car le retour au travail après une longue maladie n’était pas un sujet dans l’entreprise. Et loin de moi l’intention de les en blâmer car avant de croiser la route de Wecare@Work je ne savais même pas que la maladie au travail pouvait être un sujet !! 

Qu’est-ce qui t’a aidée à faire face à la maladie ?

Mes amis, mes proches, leur regard qui ne m’a jamais mise mal à l’aise. Et quelle que soit ma coupe de cheveux (de Fantomas à Desireless en passant par Louis de Funès) !

J’ai beaucoup lu. Marché aussi. Seule. Cette maladie a été une vraie rencontre avec moi-même finalement.

Sur un autre plan, mon projet de reconversion m’a beaucoup aidée, et j’avoue que le temps partiel m’a permis de le concrétiser. Je n’ai pas mobilisé ma RQTH (2) à ce moment mais savoir qu’on a ce filet, en cas de besoin, apporte un certain réconfort. D’ailleurs, c’est grâce à ce dispositif que j’ai pris conscience que certains troubles comme la fatigue, le manque d’attention, les pertes de mémoire peuvent être dûs aux traitements et être considérés comme des handicaps.

Où en es-tu actuellement ?

Aujourd’hui, je suis sur la voie de l’épanouissement ! Je travaille avec  Wecare@Work dont la vocation est d’aider les malades et les entreprises souvent démunies face à la maladie. L’équipe est géniale et très soudée. Mes activités sont variées et gratifiantes car leur but est d’utilité publique ! Et ma reconversion vers la conception e-learning semble plutôt réussie !

Quels sont tes projets ? 

Continuer comme ça, et développer mon hobby (j’ai plein d’idées) pour réussir à gagner en visibilité et contribuer à distiller un peu de bonne humeur dans l’air, ça sera toujours plus bénéfique que la COVID, non ?

Quels seraient tes conseils pour mieux concilier maladie et travail ?

Même si je pense qu’il est important de lâcher le travail à un moment (je suis convaincue que parfois la maladie est le seul moyen que trouve notre corps pour nous dire STOP), il me semble important de se sentir « toujours vivant » aux yeux de l’entreprise. Peut-être que j’aurais apprécié qu’on me propose de me tenir au courant des évolutions grâce à une newsletter, que j’aurais été touchée de recevoir une petite carte ou autre attention de la part de la direction, que j’aurais dû donner plus de nouvelles et me tenir au courant plus régulièrement. Une relation, ça s’entretient, que ce soit avec une personne ou une entreprise. L’éloignement génère des peurs, voire des phobies, il suffit de regarder le nombre de personnes qui à cause du confinement et du télétravail ont développé une sorte d’agoraphobie…

Souhaites-tu ajouter quelque chose ?

Si l’on arrive à voir la maladie comme une opportunité de devenir qui l’on est vraiment, elle devient un allié contre lequel on n’a plus besoin de se battre (et c’est très reposant).

 

Merci Frédérique !

 


(1) N’oubliez pas, si vous êtes en arrêt de travail pour maladie, avant toute activité (bénévole, sportive, de formation…) il faut en discuter au préalable avec votre médecin et qu’il vous y autorise, par écrit. Sinon vous vous exposez au risque de devoir restituer les indemnités journalières qui vous ont été versées par votre CPAM.

(2) La RQTH est la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé. Pour en savoir plus, découvrez notre article « La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé – démarche simplifiée »