RENCONTRE AVEC LÉNAÏG, CRÉATRICE DE LA PETITE BOULE

Vous connaissez peut-être déjà La Petite Boule ? Lénaïg a 35 ans quand elle apprend son diagnostic. Très vite, elle ressent le besoin de parler de son expérience du cancer. Les phrases réconfortantes de ses proches, mais aussi les phrases maladroites ou les piques que l’on peut recevoir quand on vit la maladie… Le projet La Petite Boule naît de l’alliance des mots, parfois tendres, parfois grinçants et de ses dessins, le tout teinté d’humour. La Petite Boule, c’est d’abord un compte Instagram, puis un livre, tous deux nourris du plaisir de partager avec les autres. Lénaïg a accepté de répondre aux questions d’ALLO Alex, elle revient sur son parcours de vie de la maladie, nous parle de la genèse de La Petite Boule et de ses projets à venir…

 

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Lénaïg, je suis maman de 2 filles objectivement merveilleuses, je suis grande depuis toute petite, je suis porteuse du BRCA1, je suis gourmande, je suis Bretonne, je suis chanteuse sous la douche et « longe-côteuse » du dimanche, je suis lève-tôt et couche-tard, je ne suis pas très douée pour parler alors j’ai écrit le livre La Petite Boule.

Qu’est-ce qui vous anime au quotidien et dans l’exercice de votre métier ?

J’ai besoin de prendre du plaisir, d’apprendre, du regard des autres et surtout, de ne pas avoir de routine. J’aime chercher, j’aime trouver, j’aime moins mettre en œuvre. Je suis créative en agence de com. Je n’aurais pas pu être hamster dans une roue.

Parlez-nous de La Petite Boule, comment le projet est-il né ?

J’avais besoin de parler de mon expérience cancer, je n’ai pas trouvé la bonne oreille dans le milieu paramédical, avec la psy de l’hôpital ça a été un fiasco total. Alors comme je sais dessiner un peu, mes proches me disaient de faire une BD. C’était trop de travail, j’avais juste besoin de faire quelque chose pour moi, facile à mettre en œuvre, pas prise de tête. 

Donc un compte Instagram anonyme c’était pratique. Me servir des phrases des autres était une bonne rampe de lancement pour que je puisse vider mon sac.

Et la petite boule rouge pour deux choses :

Mes filles avaient 7 et 4 ans quand il a fallu leur annoncer mon cancer. Elles avaient besoin de concret, de savoir à quoi ça ressemble. Et sous les doigts comme à l’écho ça ressemblait à une petite boule. Ça leur a permis de la dessiner et de lui mettre la misère à coup de crayon feutre 😂
Et rouge car c’est la couleur de l’urgence, du sang, de la vie, de l’alerte, du nez du clown… c’était un bon résumé symbolique 😀

Comment vous est venue l’idée d’en faire un livre ?

C’est parce qu’on me l’a demandé sur Instagram, 1 fois, 2 fois, 10 fois. Au bout d’un moment, je me suis dit que ça pouvait être bien de le coucher sur papier. Le livre, c’est un autre rapport au temps que les réseaux. 

Comment s’est passée l’annonce de la maladie ? 

C’est mon chirurgien qui m’a « annoncé » le résultat de la biopsie.

« Ah oui, il y a quelques petites cellules cancéreuses…
–  Ça veut dire quoi ?
– Eh bien ! qu’il y a quelques petites cellules cancéreuses.
– Non mais ça veut dire que j’ai un cancer ?!?
– Ben oui […] »

Je ne me rappelle plus de la suite, je n’entendais plus qu’un vague murmure cotonneux, j’étais sidérée. Un cancer du sein alors que je venais de fêter mes 35 ans avec mes filles de 4 et 7 ans… J’ai erré seule dans les couloirs de l’hôpital vraiment en état de choc. Puis comme un robot, je suis rentrée chez moi.

J’aurais aimé être accompagnée à ce moment de l’annonce. C’était beaucoup trop brutal pour moi. Certains encaissent, moi pas. Le monde s’est effondré.

Je ne suis pas allée travailler l’après-midi, le lendemain je l’ai annoncé à mes collègues.
« Tu sais ce que c’est le cancer, plus t’es jeune moins t’as de chance de guérir » J’étais déjà très très bas. Un de mes collègues a réussi à m’enfoncer sous le seuil du très très très bas. J’ai été en arrêt le lendemain avec du Xanax pour compagnie.

Comment s’est passée la période des traitements ? 

Pendant les traitements j’étais beaucoup trop faible pour travailler, j’ai été hospitalisée. J’avais 3 collègues avec qui je travaillais depuis plusieurs années, on s’entendait bien. 1 ou 2 sms d’une collègue pendant mes 18 mois d’arrêt. C’est tout. En revanche mon patron et sa femme prenaient de mes nouvelles régulièrement. Dès que j’ai été en état de me tenir debout ils m’ont même invitée au resto.

Comment s’est passé votre retour au travail ?

C’est une boîte dans laquelle je bossais depuis dix ans, avec une équipe stable. À mon retour, plus personne, de nouveaux collègues, mon ordi (avec tous mes réglages, un vrai trésor) était réservé à une nana qui l’utilisait seulement 1 fois par semaine. Je suis arrivée devant un ordi sans aucun logiciel, sans souris, sans être informée des changements de serveurs, de protocoles etc. Je n’ai pas vu mon boss de la journée, « j’ai des rendez-vous ». Personne pour m’expliquer ce qui avait changé en dix-huit mois. Nul.

J’ai commencé à mi-temps. Je voulais venir seulement le matin mais mon boss ça ne « l’arrangeait pas ». Je travaillais donc 2 jours entiers par semaine. Grosse erreur, j’étais totalement épuisée. Au bout de quelques temps j’entendais râler quelques collègues qui ne comprenaient pas mon « traitement de faveur ».

Personne n’était au courant que j’étais en temps partiel thérapeutique.

Ce retour au travail, je ne l’appréhendais pas, j’avais hâte, j’avais envie, j’étais prête. Visiblement pas mon entreprise. Un vrai fiasco, ça a été très très dur.

Qu’est-ce qui vous a aidé  ?

La reprise à temps partiel était indispensable, mais j’aurais aimé que l’avis du médecin soit suivi : seulement le matin. J’ai aussi assisté à un groupe de parole sur la reprise du travail, à la Ligue contre le cancer, c’était très rassurant d’entendre d’autres ex malades nous parler de leur expérience.

Où en êtes-vous actuellement ?

Toujours dans la même boîte, avec plus de responsabilité mais aussi plus de souplesse. Grâce à la maladie j’ai appris à dire non. Un vrai pouvoir bénéfique !

Quels seraient vos conseils pour mieux concilier maladie et travail ?

Ne pas reprendre trop tôt 🙂 Se faire confiance, la maladie ne nous fait pas perdre nos compétences. Je suis ressortie de cette expérience cancer rincée mais encore meilleure. (Dixit mon boss)

Avez-vous eu des retours de lecteurs.lectrices de La Petite Boule ?

Beaucoup ! Des messages de remerciements, pour des femmes qui se sentaient seules face à cette expérience du cancer, perdues face à des décisions à prendre et surtout pour l’humour distillé dans le livre. J’ai aussi fait des dédicaces dans des librairies et une expo à la fondation Cognacq-Jay à Paris. Ce sont des moments très riches en émotions. C’est très gratifiant. Une dame est même venue faire dédicacer le livre, en larmes elle m’a confié qu’elle avait eu un cancer il y a vingt ans et que j’étais la première personne à qui elle le disait : « parce que vous, vous comprenez ». Chaud.

Quels sont vos projets ? Vous avez d’autres projets d’illustration en cours ?

Oui pour La Petite Boule évidemment. Les phrases que j’ai entendues mais aussi celles qu’on m’envoie. J’ai d’autres idées sur d’autres sujets mais il faut que ça mûrisse. À voir si je trouve le temps, je ne veux pas que ce soit une contrainte. Ça doit rester un plaisir : plaisir de partager avec les autres. 🥰 J’aimerais avoir plus de temps pour développer mes projets perso et pouvoir choisir les gens avec qui je travaille.

En quelques mots, ALLO Alex, c’est quoi pour vous ? 

Ce que je retiens de mon livre La Petite Boule c’est la même chose que pour ALLO Alex : le partage d’expérience fait beaucoup de bien. À celui qui donne comme à celui qui reçoit. Alors merci ALLO Alex !!!

 

Merci Lénaïg !

Retrouvez La Petite Boule sur les réseaux sociaux et chez la librairie Dialogues