RENCONTRE AVEC STÉPHANIE

En 2019, Stéphanie est diagnostiquée d’un cancer du sein, c’est le choc et beaucoup de questions se bousculent dans son esprit (recherche de travail, envie d’enfant…) Entourée par ses proches, elle trouve également des ressources à l’Institut Rafaël et dans la reprise d’études. Une fois ses traitements terminés, elle décide de participer au job dating Cancer@Work, ce qui va lui apporter beaucoup. Désormais en poste et enceinte de son premier enfant, c’est une jeune femme épanouie qui a retrouvé son équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Pour ALLO Alex, elle revient sur son expérience de vie de la maladie et sur son parcours professionnel.

 

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? 

Je m’appelle Stéphanie, j’ai 35 ans, je suis mariée, je suis enceinte de notre premier enfant. J’habite à Paris depuis quatre ans. Avant j’habitais à l’étranger, j’ai vécu aux USA, en Belgique, au Vietnam et en Scandinavie. 

Quelle est votre profession et depuis quand l’exercez-vous ? 

Je suis biologiste de formation initiale, et j’ai fait un troisième cycle en management de la santé. Cela fait dix ans que je travaille dans l’industrie pharmaceutique. Avant la maladie, j’étais plutôt du côté de la communication de la santé et aujourd’hui je suis aux affaires médicales. Je mets en place des études nationales et internationales de la vraie vie. 

Comment s’est passée l’annonce de la maladie ? 

À 33 ans, en avril 2019, j’ai découvert une petite masse dans le décolleté un peu par hasard. Au mois de mai, le diagnostic est tombé : j’avais un cancer du sein. Beaucoup de questions se sont bousculées dans mon esprit, entre le choc de l’annonce du diagnostic, mes chances d’avoir un bébé qui diminuaient, ma recherche de travail en stand-by et les traitements que j’allais avoir. Ceci est d’une violence inouïe pour toutes les femmes de tout âge. Mais les problématiques ne sont pas les mêmes à chaque âge.

On parle souvent de dépistage de cancer du sein à partir de 50 ans. Mais moi, à 33 ans il n’y a personne dans mon entourage qui a eu de cancer du sein, et encore moins à mon âge. J’ai eu l’impression d’être un extraterrestre. Pourquoi je ne vivais pas la même vie que les jeunes femmes de mon âge ? 

J’ai eu peur, puis j’ai eu un gros sentiment d’injustice et une colère énorme en moi. Cela a duré un temps, puis je me suis dit qu’il fallait que je garde mon énergie pour combattre la maladie. 

Quel impact a eu la maladie sur votre vie professionnelle ? 

Deux semaines avant de découvrir cette petite « masse », j’ai démissionné de mon poste. J’étais épuisée. Je pensais que je n’étais pas faite pour ce poste-là et que je retrouverai un autre poste ailleurs. En fait j’étais déjà malade depuis quelques temps mais je ne le savais pas. Entre deux séances de chimio je me suis dit qu’il fallait que j’utilise ce temps de traitement autrement. Du coup je me suis inscrite à la fac de pharma Paris Descartes, pour faire une spécialité, un diplôme universitaire (DU), sur un sujet qui m’intéressait depuis longtemps « La phytothérapie et l’aromathérapie : Avantages et limites ». Intellectuellement j’étais nourrie et cela me permettait d’approfondir un sujet et de travailler sur un mémoire qui me parlait : L’utilisation de la phytothérapie et l’aromathérapie en soin de support dans le cas d’un cancer du sein chez la femme jeune. L’avenir me dira comment j’utiliserai ce DU ! 

Comment cela s’est passé pour vos proches ? 

Pour mon mari, ce fut un énorme choc. Il a été tétanisé au début. Et puis il s’est révélé être un combattant. On a fait équipe. C’était une certitude pour lui, on ressortirait tous les deux ensemble de cette tempête. Ce fut un réel tsunami. Il y a eu des moments très difficiles et des décisions difficiles à prendre. On a eu de la chance d’être bien entouré. Son travail a été salvateur, cela lui changeait les idées. Mes parents aussi ont été très présents comme ils le pouvaient, et en même temps avec de la pudeur car ils ne voulaient pas trop s’immiscer dans notre couple. Pour mes grandes sœurs, chacune a réagit selon sa personnalité, sa vision de la maladie. Et concernant les amis, il y a de petites déceptions et d’autres personnes qui n’étaient pas si proches et qui se sont révélées extraordinaires. La maladie chamboule tout. J’ai changé, et mon entourage aussi. 

Qu’est-ce qui vous a aidé dans cette situation ? 

La journée en dehors des journées chimio j’étais à l’Institut Rafaël : La Maison de l’après cancer, pour bénéficier de soins de support. Cela m’a beaucoup aidée. J’ai fait du yoga, de l’art-thérapie, de la chorale, des cours de cuisine, du sport adapté, des soins esthétiques… C’était une vraie bouée de sauvetage. J’ai rencontré de très belles personnes, tant au niveau des thérapeutes que des patients. 

Qu’est-ce qui vous a manqué ?

Ce qui m’a manqué dans cette situation, c’est la mise en relation avec des patientes de mon âge. Au-delà de cela, ce qui manque c’est aussi la vraie vie. J’ai eu l’impression d’être sur une autre planète ; la planète des patients, la planète de la maladie et des traitements. On est comme des fantômes, on nous voit mais personne ne comprend ce qu’on vit, s’ils ne l’ont pas vécu ou approché de près comme un aidant. Ce qui m’a manqué c’est la vraie vie ; le travail, la famille et les amis, les voyages, la nature. On voit que la vie continue pour tout le monde alors que soi-même on est enfermé dans une bulle pendant un bon moment. On ne sait pas quand on pourra en sortir. Et on n’a qu’une envie, c’est de participer à la vraie vie. Participer à un effort commun. Ne pas être un poids pour le conjoint, la famille et la société. 

Comment s’est passé votre retour au travail ? 

J’ai terminé mes traitements de radiothérapie en mars 2020. En avril 2020, un ancien collègue montait un département d’affaires médicales dans un laboratoire de biotechnologies. Il m’a demandé si ça m’intéressait et si je voulais passer les entretiens. Je me suis lancée, j’avais besoin de retourner dans cette « vraie vie » ;-), tout en me demandant si j’allais être capable et si l’année de traitements n’aurait pas de séquelles, notamment pour ce qui est de la fatigue. Finalement j’ai signé mon contrat en août. 

Vous avez participé à un job dating organisé par Cancer@Work, pouvez-vous nous en dire plus ? Qu’est-ce que cela vous a apporté ? 

J’ai participé à un job dating organisé par Cancer@work cela m’a permis de structurer ma pensée et de transformer cette année de traitements en compétences qui seraient intéressantes pour une entreprise. Le job dating m’a permis d’échanger avec des RH et employés d’un laboratoire pharmaceutique français. J’ai pu parler très librement avec eux, en évoquant mes doutes et ce dont j’avais besoin. Et aussi me renseigner sur la façon, dont eux mettaient en place des actions concrètes pour accueillir des patients ou anciens patients ; ou tout simplement « performer » en terme de bien-être au travail. 

À votre avis, quelles qualités ou compétences avez-vous développées en faisant face à la maladie ? 

Je dirais, la résilience, l’optimisme, le sens de l’humour dans des situations difficiles, le recul, la solidarité, l’organisation, le courage et la créativité. 

Et maintenant ?

Maintenant je suis en poste. Et même si ce n’est pas toujours facile comme pour tous les débuts de prise de poste, je suis extrêmement heureuse d’avoir réussi à retrouver une vie professionnelle. Cela contribue à mon bien-être et à mon équilibre, ainsi qu’à ma confiance en moi. Après la maladie, on ne voit plus les choses de la même façon. Il est encore plus important de bien équilibrer la vie pro et la vie perso. Et en passant les entretiens j’ai pu dire librement ce que je cherchais. Les valeurs que je cherchais (solidarité, entraide, bienveillance) dans une équipe étaient au cœur de mes critères de recherche. 

Quels sont vos 3 conseils pour mieux concilier maladie et travail ? 

Mes 3 conseils pour la recherche d’un travail après une maladie : premièrement, savoir qui on est et donc savoir ce dont on a besoin, ensuite dire d’où on vient. Non pas en se lamentant sur son sort, mais plus en « valorisant » les compétences acquises lors de ce parcours atypique. Et enfin, dire ce que l’on recherche avec beaucoup de transparence : c’est une situation win-win, un employé est bien plus performant quand il est bien à sa place et dans ce qu’il fait. 

L’une de mes devises est “Never give up”. Et cela a été imprimé dans ma tête pendant la maladie et je m’en rappelle dans les moments moins faciles de la vie : « N’abandonne jamais ». Mon entreprise, elle, a cette devise : “Make it happen”. Ce qui veut dire « Faites en sorte que cela devienne une réalité ». 

Je pense que la combinaison de ces deux « mantras » est très puissante.

Pourquoi mieux concilier maladie et travail au sein des entreprises selon vous ? 

Car cela reste encore tabou. Les patients ont peut-être honte. Et les entreprises ont peut-être peur, peur des ces employés atypiques. 

En France, les patients sont encore très marginalisés par rapport à d’autres pays (difficulté pour faire un emprunt pour un patient, difficulté à trouver un emploi…) 

L’être humain est profondément bon. Si ce n’est pas le cas, cela peut être dû à la peur. La peur de l’inconnu. La connaissance de la maladie et l’accueil des patients ou anciens patients peuvent être très bénéfiques pour toute une équipe. On passe notre temps à dire qu’il faut être créatif, qu’il faut think out of the box. N’est-ce pas plus intéressant d’avoir une équipe variée plutôt que des clones ? Je vous assure que l’on pense autrement lorsqu’on revient de loin ; et la maladie nous a, non pas affaiblis, mais bien au contraire renforcés sur bien des plans. 

Travaillant en industrie pharmaceutique, beaucoup de moyens sont mis en œuvre pour développer des traitements pour les patients. Et j’en suis la première très reconnaissante ! Mais on peut dès à présent faire en sorte de prévenir la maladie par un environnement sain, et cela passe par des règles hygiéno diététiques entres autres, mais aussi par le travail et un management bienveillant et dans la confiance. 

Plus les entreprises accueilleront et transmettront des valeurs de solidarité, plus les patients seront intégrés et autonomes ; moins il y aura de rechutes. Plus cela sera intéressant d’un point de vue socio-économique. Tout le monde est gagnant ! Pour cela il faut faire bouger les mentalités, et grâce à Cancer@work et Wecare@Work cela commence ! Merci à vous pour cela. 

 

Merci Stéphanie !