RENCONTRE AVEC ANGÉLIQUE

Dévouée aux autres, Angélique est infirmière en psychiatrie quand elle est diagnostiquée d’un cancer du sein. Après cette épreuve, elle a souhaité créer sa propre entreprise. Partant du constat qu’aucune marque de vêtement ne proposait de vêtements adaptés aux poitrines dissymétriques et laissant parler sa créativité elle a donc créé Les Monocyclettes. À l’aube d’Octobre rose, le mois dédié à la lutte contre les cancers du sein, Angélique a accepté de répondre à nos questions. Elle nous raconte son aventure entrepreneuriale.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Angélique, j’ai 39 ans, je suis mariée et maman d’une petite fille de 6 ans. Optimiste, débordante d’énergie, créative, j’aime chanter, danser, me balader dans la nature, méditer, passer du temps avec ma famille et mes amis, prendre soin des autres et profiter des petits bonheurs du quotidien.

Quel est votre métier et depuis quand l’exercez-vous ?

Euh…. Mon métier ? styliste-modéliste-webmaster-community manager-photographe-mannequin-chargée de communication-conseillère mode-préparatrice de commande-comptable, bref, depuis un an, je suis entrepreneure, quoi !

 Qu’est-ce qui vous a donné l’élan, la force d’entreprendre ?

Avant j’étais infirmière en psychiatrie. Puis, en 2016, J’ai eu un cancer du sein. Après cette épreuve, impossible pour moi de retourner à ma vie d’avant. Le « Moi 2.0 » avait d’autres aspirations. Je souhaitais un projet professionnel plus en accord avec mes valeurs, ma vision du monde.

Je voulais aussi un métier où je pourrais laisser s’exprimer ma créativité. Il m’a fallu trois ans pour mettre en place le projet.

Comment vous est venue l’idée de créer votre marque ? Comment avez-vous construit votre projet ? 

Pour soigner mon cancer du sein, il a fallu avoir recours à une mastectomie du sein gauche. Après ça, la reconstruction chirurgicale n’était pas possible immédiatement. J’ai dû attendre deux ans. Mais pendant ces deux ans, j’ai parcouru un grand chemin. J’ai appris à redécouvrir mon corps, à faire la paix avec lui, à le regarder avec bienveillance et gratitude, et j’ai fini par le trouver touchant, puis beau. Oui, mais voilà, s’habiller était devenu une vraie galère. Je ne supportais pas les prothèses externes. Je les trouvais lourdes, elles me faisaient mal au dos, elles me faisaient transpirer et irritaient ma cicatrice. Et, surtout, j’avais le sentiment d’utiliser un artifice pour me soustraire au regard de l’autre, pour faire « semblant » que tout était « comme avant ».

Petit à petit, j’ai commencé à sortir sans prothèses. Mais il fallait adapter mes vêtements à ma nouvelles morphologie. J’ai commencé par bricoler avec des foulards, de la « petite couture », et c’est là que le projet a commencé à se façonner. Je me suis rendue compte que 70 % des femmes refusaient la chirurgie plastique après une mastectomie. Et que, parmi elles, il y avait des femmes comme moi, qui souhaitaient assumer sans porter de prothèse, et qu’aucune marque ne proposait de vêtements adaptés. Je me suis dis « Alors, je vais le faire ! »

Les Monocyclettes proposent des vêtements asymétriques et des tatouages temporaires, pouvez-vous nous en dire plus ?

J’ai créé Les Monocyclettes, une marque dédiée aux femmes qui ont eu un cancer du sein avec ou sans chirurgie reconstructrice. Pour toutes les femmes qui se retrouvent avec une poitrine asymétrique et qui veulent continuer à affirmer leur style et leur féminité.

Les Monocyclettes proposent des vêtements asymétriques permettant de rééquilibrer visuellement la silhouette, et de compenser l’asymétrie du corps ; des soutiens-gorge avec un seul bonnet ; des tatouages éphémères pour couvrir et sublimer les cicatrices ; des T-shirts à message pour faire évoluer le regard de la société sur les « nouvelles Amazones ».

En cette période de crise sanitaire, votre entreprise a-t-elle rencontré des difficultés et s’il y en a eu, quels enseignements avez-vous pu en tirer ?

Bien sûr, l’entreprise a été créée en janvier, et en mars, nous étions tous confinés. Je mentirais si je vous disais que cela n’a eu aucun impact !

Cela a nettement compliqué le démarrage, il a fallu s’adapter et parfois…  Lâcher prise ! Haha ! J’ai profité de cette période pour développer mon réseau, consolider les relations avec mes partenaires, rattraper mon retard administratif, faire le point sur ma communication et prendre un peu d’avance pour les mois suivants… Le confinement m’a permis de faire une pause, de prendre du recul, de réfléchir, et dans un sens, ça a été très bénéfique, même si ça contrariait mes plans ! Je n’ai pas pu faire le beau lancement qui était prévu au printemps, mais ce n’est que pour en faire un plus beau encore, car mieux préparé, cet automne !

Quels sont vos trois conseils pour mieux concilier maladie et travail ?

Premièrement, écouter son corps. Prenez soin de lui : sommeil suffisant, alimentation équilibrée, activité physique et surtout, n’essayez pas d’aller au-delà de vos limites ! Si vous êtes fatigué, reposez-vous ! Puis, écouter ses émotions : acceptez et accueillez vos émotions, même négatives, prenez du recul, choisissez les outils qui vous font du bien (méditation, sophrologie, yoga, activité artistique…) pour vous aider à les gérer. Enfin, être bienveillant envers soi-même. Soyez votre meilleur ami ! Nous sommes souvent trop exigeants envers nous-même…

Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

Si vous vous sentez bien dans votre travail, c’est super ! N’hésitez pas à discuter de vos difficultés éventuelles avec votre équipe ou votre direction pour adapter au mieux votre poste.

Si vous ne vous sentez pas à votre place, en perte de sens et/ou de motivation (comme cela a été mon cas), pensez à demander un bilan de compétence. Au-delà des limites physiques que peut nous imposer la maladie, elle induit aussi très souvent des changements psychologiques qui entraînent un besoin de reconversion professionnelle en profondeur ! 

Et pour finir, si vous avez un projet, un rêve…. Foncez !

Je suis ravie d’apporter ma contribution à votre blog, qui est, à mon sens, d’utilité publique !

 

Merci Angélique !

 

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