RENCONTRE AVEC JÉRÔME SICARD

Les pharmaciens proposent de plus en plus des solutions d’accompagnement pour les patients atteints de maladie chronique ou de cancer. Cette pratique tend à se développer avec la mise en place d’entretiens individuels spécifiques. Jérôme Sicard est pharmacien titulaire d’une officine à Châlons-en-Champagne. Également co-gérant d’un pôle de santé pluriprofessionnel et d’une maison de santé pluridisciplinaire, il est très engagé sur le sujet de l’accompagnement et la prise en charge des patients en oncologie. Il est notamment expert au sein de l’Institut national du cancer (INCa). Pour ALLO Alex, il a généreusement accepté de répondre à quelques questions.

Pouvez-vous vous présenter ?

Pharmacien titulaire d’une officine à Châlons-en-Champagne depuis dix ans, je suis Président de l’association Actions Croisées dont l’objectif est de renforcer la proximité entre les acteurs de la prise en charge, les personnes atteintes du cancer et leur entourage. Je suis membre du conseil d’administration du Réseau régional de cancérologie du Grand Est. Je suis co-gérant et co-fondateur d’un pôle de santé pluriprofessionnel (PSP) et d’une maison de santé pluridisciplinaire (MSP) à Châlons centre. Je co-rédige le compte-rendu du congrès européen de cancérologie à destination des officinaux. Je suis membre du comité de rédaction de la revue Actualités Pharmaceutiques et membre fondateur de la Société francophone des Sciences pharmaceutiques officinales. Enfin, je suis expert au sein de l’Institut national du cancer (INCa).

En tant que pharmacien, comment accompagnez-vous les personnes malades chroniques ou les patients atteints de cancer au quotidien ? 

Nous abordons de nombreuses facettes au sein de l’officine. Nous avons une spécialisation en oncologie depuis dix ans sachant que ce que nous réalisons dans ce domaine peut être reproduit pour la prise en soins d’autres maladies chroniques.

Notre approche est globale sur la base de nos compétences propres et intégrative puisqu’elle s’appuie sur un réseau de compétences identifiées, hors les murs, permettant de proposer aux patients, aux aidants et aux proches, un soutien sur le plan physique, psychique et social.

Avec l’avènement de la MSP, nous avons développé et validé un parcours de « soins oncologiques de support » en médecine de ville.

Comment votre rôle évolue-t-il ?

L’évolution va vers une reconnaissance par les autorités de tutelle de notre valeur ajoutée dans cette prise en charge. Nous devrions avoir des entretiens oncologie pris en charge par la Sécurité sociale pour fin 2020. De même, nous travaillons à la reconnaissance des équipes officinales impliquées en oncologie via la création d’une certification.

On évoque de plus en plus la nécessité d’une médecine « centrée patient », d’une prise en charge coordonnée (ville-hôpital-travail) et globale (incluant le volet socioprofessionnel). Quel est votre avis ? Quelle place pour les pharmaciens ? 

Grande question qui recoupe la première. L’organisation des soins de premiers recours avec l’apparition de structures comme les maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP), les communautés professionnelles de santé (CPTS), les pôles de santé pluridisciplinaires (PSP)… sont d’excellentes organisations pour permettre à des libéraux de travailler ensemble au travers de projets de soins validés par l’Agence régionale de santé (ARS).

La prise en charge coordonnée (ville-hôpital-travail) reste complexe notamment sur le plan de la communication. Les professionnels travaillent encore trop souvent en silo créant des points de ruptures dans le parcours de soins des patients. Ces ruptures impactent grandement la cohérence du message pour chaque intervenant du parcours et en premier lieu le patient. 

Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

Pour ce qui concerne le retour à l’emploi, le pharmacien a un rôle important à jouer notamment dans l’identification des compétences au niveau local pour orienter au mieux chaque patient. En effet, permettre aux patients d’avoir constamment des perspectives quand on est touché par la maladie est un enjeu primordial. Le retour à l’emploi est un moment décisif du parcours qu’il faut aborder sereinement afin d’en faire une réussite.