RENCONTRE AVEC PHILIPPE

Philippe Gourdin a toujours écrit. Il travaillait dans l’informatique bancaire, quand la leucémie a fait irruption dans sa vie. À trois reprises. L’envie d’écrire qui est toujours là devient alors vecteur de transmission. Il nous partage son histoire et sa passion pour l’écriture.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

J’ai la cinquantaine et je suis écrivain. J’écris des romans pour les adultes et pour la jeunesse. J’écris également sur le sujet du cancer, parce que celui-ci s’est invité dans ma vie à trois reprises. Sinon, je suis d’un naturel optimiste, je fais de mon mieux, j’apprivoise la vie et apprends d’elle. 

Quel est votre métier et depuis quand l’exercez-vous ?

Je travaillais dans l’informatique bancaire, tout en menant une activité d’auteur. Depuis l’an dernier, j’ai arrêté la première des deux activités.

Comment en êtes-vous venu à l’écriture ? 

C’est une jolie histoire… mais très liée à la maladie !

En 2001, j’ai été confronté à ma première leucémie. J’ai dû me poser la question de ce que je souhaitais transmettre à mes enfants, si jamais ça tournait mal. Durant ma convalescence, j’ai écrit un roman intitulé Les onze lettres de mon père. C’est l’histoire d’un enfant qui grandit sans son père, mais ce dernier, emporté par la maladie, a eu l’initiative de lui laisser onze lettres pour chacun de ses anniversaires de 10 à 20 ans. Ce livre a connu un certain succès et depuis, je n’ai cessé d’écrire. Comme quoi, en toute chose malheur est bon !

Souhaitez-vous nous en dire davantage sur votre rapport à la maladie et au travail ?

Concernant l’écriture, je dirais juste que la maladie a influencé les thèmes de mes romans. Mais n’a rien empêché, au contraire, il s’agit d’une activité compatible avec la fatigue.

Concernant la vie professionnelle en entreprise, j’avoue que deux choses m’ont marqué : ma fatigue et la compassion des collègues.

Lorsque j’ai repris le travail, j’avais peur que mes jambes ne me portent plus. La vitesse à laquelle s’enchaînaient les réunions de travail et à laquelle pleuvaient les mails m’a paru ingérable. Pourtant, c’était mon métier d’avant ! C’est le rythme qui m’a été difficile et la fatigue qui m’empêchait d’avancer comme je l’aurais voulu. Avec le temps et la bienveillance de mes collègues, j’ai pu de nouveau apprivoiser ce rythme. Mais il a fallu plusieurs mois. Le mi-temps thérapeutique est une solution précieuse et nécessaire.

À la suite de votre travail d’écriture sur votre blog où vous décrivez le quotidien de votre deuxième maladie, un ouvrage paraît, Je suis né trois foisPouvez-vous nous en dire plus ?

Dès l’annonce de ma deuxième leucémie, ma fille m’a invité à initier un blog pour restituer mon parcours. J’ai suivi son conseil. Il était clair que l’écriture pouvait être une aide. Elle a bien eu raison. Écrire est une thérapie. Ce livre propose une approche inédite : un témoignage au jour le jour. Ces pages sont mon histoire. Une histoire formidablement humaine. Elles ne sont ni exagérations ni vérité unique. Elles sont ma vérité au quotidien. Avec la liberté d’écriture et l’instantané du récit journalier que confère le format blog. C’est écrit avec un inépuisable besoin d’optimisme et d’humour. Parce que trouver le positif dans le négatif, c’est la force de la vie !  

Vous avez ensuite créé une chaîne Youtube éponyme, pouvez-vous nous en dire plus ?

Durant ma deuxième leucémie, j’ai eu la chance de rencontrer une psychologue clinicienne qui a eu un rôle essentiel dans mon chemin vers la guérison. Nous sommes restés amis. Soraya Melter-Bittar et moi avons décidé de prolonger l’aventure littéraire de Je suis né trois fois. Avec mon vécu d’une part et avec son expérience de plus d’une quinzaine d’années en cancérologie, nous formons un duo très complémentaire. Cette chaîne aborde les multiples facettes du cancer et plus généralement, elle donne des clefs pour cheminer vers la guérison ; pour la maladie ou même pour les traumatismes de la vie.

Il fallait que tout ce que j’ai enduré serve à d’autres ! De plus, ma « partenaire de chaîne » est particulièrement éclairante !

Il s’agit de vidéos courtes de cinq minutes en moyenne qui vraiment veulent aider. On y parle de l’annonce de la maladie, de la douleur, de la peur, de la nécessité d’exprimer son vécu, de l’esprit positif, du mental, des disciplines complémentaires à la médecine… Abonnez-vous !!! 

Qu’est-ce qui vous a aidé personnellement et professionnellement à vivre la maladie ?

Tout d’abord, j’ai eu la chance d’avoir un entourage très aidant. Ensuite j’ai décidé que cette fichue maladie me ferait grandir, plutôt qu’elle me ratatinerait. Je crois aussi que l’écriture a été une aide essentielle. Les exercices de respiration aussi. 

Quels sont vos trois conseils pour mieux concilier maladie et travail ?

Premièrement, écoutez votre corps, mais avancez, progressez, à votre rythme
Ensuite, n’hésitez pas à dialoguer avec votre manager ou votre RH ; les gens ont (souvent) beaucoup de bienveillance et de compassion ; ils peuvent composer, si on leur explique.
Enfin, gérez votre repos avec une bonne qualité de sommeil et des exercices complémentaires de respiration.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

J’ai envie de vous soumettre une citation de mon livre Je suis né trois fois :

« Je souhaite marquer les esprits en partageant une vision très personnelle et très « visuelle » du cancer. Il faut le prendre dans une approche « horizontale » et non pas « verticale ». Je m’explique… Si un malade considère son cancer comme une fatalité, une espèce de malédiction venue du ciel et qui s’est abattue sur lui, il va subir, ne montrer que trop peu de résistance ; que faire contre une « malédiction » qui relève d’un destin accablant ? Si au contraire il regarde son cancer en face, qu’il le considère comme un obstacle sur son chemin qu’il faut considérer et affronter, il a alors cette vision « horizontale ». La maladie est certes là, elle empêche son avancée personnelle, mais le patient a conscience que derrière, il y a la route de la vie qui peut continuer. Il ne s’agit pas de s’amputer d’un avenir, il s’agit de le différer. C’est donc une vision très différente de cette maladie injuste mais qui s’impose à nous. »

Merci Philippe pour votre témoignage !

Vous pouvez retrouver l’univers de Philippe Gourdin sur son site Internet www.philippegourdin.net et suivre sa chaîne Youtube : « Je suis né trois fois ».