LA QUALITÉ DE VIE AU TRAVAIL (QVT)

Du 15 au 19 juin, c’est la semaine pour la qualité de vie au travail (QVT). La démarche QVT est précisée et encadrée par l’accord national interprofessionnel de juin 2013, conclu entre organisations syndicales et patronales. 

Cette année, la semaine de la QVT a pour thème « premières leçons d’une crise », l’occasion pour ALLO Alex et WeCare@Work de revenir sur la définition de la QVT et l’importance de la mise en place d’actions concrètes pour l’améliorer.

 

La QVT qu’est-ce que c’est ?


Le terme de « qualité de vie au travail » (QVT) qualifie, dans le cadre de l’organisation du travail, la prise en compte du travail et de ses conditions d’exercice, qui détermine leur propension à un cadre agréable et à un travail de qualité. En d’autres termes, « La qualité de vie au travail désigne et regroupe sous un même intitulé les actions qui permettent de concilier à la fois l’amélioration des conditions de travail pour les salariés et la performance globale des entreprises ». 

Concrètement, qu’est-ce que la QVT ? 

Il s’agit d’outils mis en place par l’ensemble des acteurs des entreprises : les salariés, les employeurs et leurs représentants, en vue d’améliorer les conditions de travail et le sens du travail, dans un souci de performance collective de l’entreprise et de compétitivité, par l’engagement de chacun des acteurs. Les conditions de mise en œuvre de la qualité de vie au travail peuvent varier selon les particularités de chaque entreprise (taille, contraintes, culture, environnement…) La démarche de qualité de vie au travail permet d’intégrer les notions d’égalité professionnelle à une approche globale pour résoudre les problèmes vécus par les salariés de manière plus efficiente. Aussi, la QVT nécessite qu’aucune forme de discrimination ne soit tolérée dans l’entreprise quant aux conditions de l’accès à l’emploi et à la promotion ainsi qu’à la politique salariale. Elle requiert un dialogue social et un choix collectif. Elle encourage « les initiatives qui contribuent au bien-être au travail, au développement des compétences et à l’évolution professionnelle » Enfin, elle suppose la prise en compte des individus, des intelligences individuelles et collectives en vue d’un projet collectif d’entreprise ; « [et] que chacun trouve sa place au travail et que le travail garde sa place parmi les autres activités humaines.»


Qu’est-ce qu’une démarche QVT ?


Une démarche QVT est un cadre qui permet de mettre en place de façon collective des objectifs de travail sur la qualité de vie dans l’environnement de l’entreprise et de s’engager sur des thèmes particuliers selon les besoins des salarié.e.s et de l’entreprise (management, télétravail, prévention des risques psychosociaux (RPS), maintien dans l’emploi, absentéisme…) 

Elle suppose plusieurs étapes, en voici les principales :

1/ un diagnostic préalable avec les partenaires sociaux (et potentiellement des organismes extérieurs) permettant d’identifier et de déterminer les enjeux propres à l’entreprise en matière de QVT et de conciliation des temps de vie personnelle et professionnelle. 

2/ la définition d’indicateurs de QVT, spécifiques à l’entreprise. Cela peut être des indicateurs de perception des salariés, des indicateurs de fonctionnement et des indicateurs de santé au travail. Ces indicateurs alors définis peuvent permettre d’évaluer la mise en œuvre des actions concrètes dans l’entreprise dans des domaines variés : qualité de l’information partagée au sein de l’entreprise (valeurs, objectifs et orientations stratégiques, environnement économique, etc.) ; relations sociales et de travail ; contenu et qualité de travail ; environnement physique de travail ; réalisation professionnelle ; égalité de traitement et mixité des emplois ; conciliation des temps de vie professionnelle et personnelle ; et modalités de mise en œuvre de l’organisation du travail.

3/ la définition et la mise en application d’actions collectives et individuelles en fonction du diagnostic établi.

4/ les moyens d’expression directe des salariés sur leur travail et leur participation à la démarche (amélioration des processus, précision des marges d’autonomie…) Ces modes d’expression peuvent faire l’objet d’expérimentations.

L’accord constitué après plusieurs négociations obligatoires avec les partenaires sociaux « doit être signé par une ou plusieurs organisations syndicales représentatives ayant recueilli au moins 50 % des suffrages exprimés au premier tour des dernières élections du CSE. » En l’absence d’accord, les questions de la qualité de vie au travail sont abordées lors de la négociation annuelle pour l’expression des salariés selon l’article L. 2281-5 du Code du travail.


La QVT et la mise en place d’actions concrètes


Selon l’accord national interprofessionnel la qualité de vie au travail doit être appréhendée de manière systémique; pluridisciplinaire. Il s’agit pour l’ensemble des salariés, des employeurs et leurs représentants de comprendre les enjeux de l’amélioration de la qualité de l’emploi, du bien-être au travail et de les mettre en corrélation avec la performance et la compétitivité de l’entreprise. Pour cela, il est nécessaire de mettre en place des actions concrètes et non de se limiter à des à-côtés. La démarche QVT permet une interrogation collective sur la mise en place d’actions concrètes et tangibles pour améliorer la qualité de vie au travail de tout.e.s ainsi que leur suivi sur le long terme.

On notera les limites du « bonheur au travail » soulignées par la philosophe Julia de Funès : le risque étant d’« instrumentaliser le bonheur dans un souci de performance ». Autrement dit le bonheur ne serait alors qu’envisagé comme un moyen (cadre agréable, à-côtés, etc.) pour rendre les salariés plus performants. Selon la philosophe, le problème doit être pris dans l’autre sens : « faire en sorte que les salariés soient de plus en plus performants, donner toutes les conditions de la performance, rendra les gens heureux. » Pour Julia de Funès, faire du bonheur une condition et non une conséquence est une erreur de raisonnement. « Le bonheur est une contingence, ce n’est pas une nécessité ». « Aux process et au bonheur normé » la philosophe préfère « l’action véritable, dans un souci de bien-être et de performance ». (Source : Conférence USI 2018)


QVT et santé


Et la santé au travail dans tout ça ?

La prise en compte des risques psychosociaux, des difficultés physiques voire des risques professionnels liés au poste de travail peuvent s’inscrire dans une démarche de QVT, notamment par l’intégration d’actions de prévention primaire et secondaire. En outre, chez WeCare@Work, la santé au travail est au cœur de nos préoccupations et nous avons fait le constat de la nécessité de prendre en compte la qualité de vie de travail des salarié.e.s malades pour l’amélioration de la qualité de vie au travail de tou.te.s. Par le développement de solutions pour le maintien de l’emploi des personnes malades et handicapées, l’entreprise y gagne sur tous les plans. Et la société y gagne économiquement également, parce que quand la personne travaille, elle continue de cotiser à la Sécurité sociale et contribue ainsi à faire perdurer le système de santé en place. Considérer la maladie au travail est donc bénéfique pour tou.te.s. C’est une source de création de valeurs pour les salarié.e.s, les entreprises et la société. Les questions relatives à la santé contribuent au développement des personnes et de l’entreprise et peuvent s’inclure dans une démarche de QVT. Concrètement cela peut  se mettre en place par des actions de prévention, par des actions d’accompagnement et une meilleure articulation des différents temps qui structurent la vie des salarié.e.s, notamment la conciliation des temps conséquents de la maladie.

Premières leçons de la crise 

La crise de la COVID-19 offre l’opportunité aux citoyens et aux entreprises de s’interroger sur la question de la maladie au travail et de s’impliquer pour une meilleure inclusion des personnes malades et handicapées.

La maladie, ses conséquences, le handicap peuvent être limitants mais ils peuvent apporter aussi beaucoup : résilience, engagement, dépassement… En incluant l’accompagnement des salarié.e.s malades et de leur entourage professionnel dans une démarche QVT, les entreprises participent à un projet à impact sociétal fort pour faire changer la place des personnes malades et handicapées dans la société. L’expérience particulière de la crise est l’occasion pour tou.te.s de vivre ce que peuvent vivre les personnes malades et les personnes handicapées au quotidien. Il est urgent d’agir pour apprendre à mieux concilier, au quotidien, maladies, handicap et travail. C’est un sujet de société qui est ouvert et qui doit apporter rapidement des réponses à des questions aussi complexes que celles que se posent certaines personnes malades ou handicapées. Au-delà de la prise de conscience collective de l’impact que peut avoir la maladie sur la vie personnelle et professionnelle des individus, la question de la maladie au travail nous confronte à des choix de société.

La façon dont nous appréhendons et prenons en charge la maladie, le handicap, la qualité de vie au travail des personnes malades et handicapées et leur entourage, dans leur dimension sociale et professionnelle, impacte l’emploi et façonne les mécanismes de solidarité sur lesquels s’appuie notre système de protection sociale. Il est temps pour tou.te.s de s’engager sans attendre dans l’action. Cette expérience exceptionnelle peut être l’accélérateur pour l’inclusion des personnes malades et handicapées dans notre société. Nous avons tous à y gagner, humainement et économiquement.

 



Sources :

– Journal-officiel.gouv.fr : « Accord national interprofessionnel – Qualité de vie au travail », juin 2013 [consulté le 17 juin 2020] ;
– Legifrance.gouv.fr : « Arrêté du 15 avril 2014 portant extension d’un accord national interprofessionnel vers une politique d’amélioration de la qualité de vie au travail et de l’égalité professionnelle » [consulté le 17 juin 2020] ;
– Fonction-publique.gouv.fr : Guide de la qualité de vie au travail [consulté le 17 juin 2020] ;
– USI Events : « Absurdités en entreprise – Conférence de Julia de Funès à l’USI », 5 juillet 2018 [consulté le 17 juin 2020] ;
– Bouzou Nicolas, De Funès Julia, La Comédie (in)humaine, Paris : Éditions de l’Observatoire, 2018.

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