RENCONTRE AVEC PATRICIA

Après un licenciement économique et un burn out, Patricia Michel s’est reconvertie. Attirée par la réflexologie et ses bienfaits, elle s’est formée de façon à pouvoir les prodiguer à son tour. Plus encore, Patricia a souhaité accompagner les personnes malades avant, pendant et après leurs traitements. Avec le confinement, elle a dû cesser son activité provisoirement et s’interroge sur la reprise de son activité. Elle nous fait part de son parcours et de ses inquiétudes.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? 

Je m’appelle Patricia Michel, je suis réflexologue et praticienne en massages bien-être. J’ai une spécialisation en réflexologie – soin de support pour accompagner les personnes malades et plus particulièrement les personnes atteintes de cancers.

Depuis quand exercez-vous cette profession ?

C’est une reconversion. Auparavant j’ai travaillé dans des services marketing et en tant qu’assistante de direction. J’étais alors très loin de la réflexologie et de la maladie. J’y avais eu recours personnellement suite à de fortes douleurs cervicales. Ensuite, après un licenciement économique et un burn out, c’est ce qui m’a permis d’aller mieux et de me reconstruire. Dans un premier temps, je me suis réorientée vers la réflexologie et le massage bien-être, pour moi et pour mes proches. Bénéficier des bienfaits de la réflexologie est une chose, en prodiguer les soins en est une autre. Je me demandais si j’allais aimer ce métier du toucher, si les bénéficiaires allaient apprécier mes séances. J’ai rapidement été séduite et rassurée dans ma pratique. C’est la dimension humaine de la profession qui m’a convaincue d’exercer à titre professionnel. Aujourd’hui, j’exerce ce métier avec passion. J’ai ouvert mon cabinet en octobre 2016 dans un centre de santé avec une sophrologue et une ostéopathe. Nous échangeons beaucoup. Le fait de travailler dans un cabinet avec plusieurs praticiens différents, nous permet de nous enrichir mutuellement.

En tant que réflexologue, vous prodiguez des « soins de supports », quel est votre rapport à la maladie ? 

Au quotidien, des profils de personnes très différents viennent me voir pour des séances de réflexologie. Certaines personnes viennent simplement pour découvrir ce qu’est la réflexologie ou juste pour du bien-être. Leur objectif initial est de se détendre. Par ailleurs, je reçois également beaucoup de personnes en grande souffrance : des personnes en burn out, des personnes dépressives et des personnes malades avec des dysfonctionnements plus ou moins graves, notamment des cancers. 

Pendant ma formation initiale de réflexologie, j’ai pu bénéficier d’une première approche en réflexologie-oncologie. J’ai cependant vite ressenti le besoin d’avoir une formation complémentaire plus approfondie. Pour me rassurer dans un premier temps, car les personnes en traitement sont fragilisées, et je ne voulais pas commettre d’erreurs ou de maladresses en les fatiguant davantage par exemple. Partant de ce constat, j’ai donc fait une formation complémentaire à l’École internationale de réflexologie (EIR) à Toulouse.  La formation était principalement dispensée par une ex-infirmière en gastroentérologie, spécialisée en oncologie. Devenue socio-esthéticienne puis réflexologue, elle nous a partagé ses différentes expériences au contact des personnes malades. Les enseignements d’un oncologue et d’un psychologue sont venus compléter cette formation. Cela m’a permis d’acquérir des protocoles adaptés à de courtes séances à l’hôpital, à pratiquer avant les séances de chimiothérapie, afin de contribuer à l’apaisement des patients et réduire la fatigue et les effets secondaires des traitements, comme les troubles digestifs et les douleurs musculaires et articulaires qui peuvent survenir après les séances. 

Actuellement, je n’interviens pas encore à l’hôpital, faute de contacts. La réflexologie implique une pratique individuelle, or pour le moment, les séances de soin de support proposées en hôpital sont essentiellement collectives : yoga, sophrologie… Peu d’hôpitaux proposent des séances de réflexologie notamment pour des questions budgétaires mais aussi par méconnaissance de la discipline.
En attendant de pouvoir être présente à l’hôpital, je propose des séances à mon cabinet idéalement dans les 24 heures qui précèdent ou qui suivent une séance de chimiothérapie ou en accompagnement de séances de radiothérapie ou de traitement d’hormonothérapie. La prise en charge peut commencer dès l’annonce de la maladie pour aider à appréhender la situation.

Quelles sont les conséquences du confinement sur votre activité ? sur vos clients ? 

J’ai cessé mon activité le 15 mars, soit quelques jours avant le confinement. Pour les personnes que j’accompagne, c’est compliqué. Elles se retrouvent souvent seules à affronter la maladie et les traitements, avec des troubles plus ou moins importants et peuvent le vivre assez mal. J’envoie une newsletter toutes les semaines pour maintenir le contact et nous continuons d’avoir des échanges. Je leur suggère par exemple des auto-massages pour patienter jusqu’aux prochaines séances. Mais je suis heureuse de constater que les personnes avec qui j’échange sont plutôt sereines. À la maison, elles ont finalement moins de stress et arrivent à trouver d’elles-mêmes des ressources pour pallier le manque des séances de réflexologie et vivre au mieux le confinement. Cependant, je me sens inutile et reste affectée, frustrée par le fait de ne pas pouvoir leur apporter mon aide.

La reprise de l’activité est également une source d’inquiétude. Il y a l’hygiène habituelle dans ce contexte de pandémie : le lavage des mains en entrant et en sortant pour tout le monde, la désinfection des poignées, l’utilisation de draps jetables pour chaque séance… Bien sûr, je pense espacer les séances pour que les personnes ne se croisent pas. Est-ce que ce sera suffisant ? Cela reste à l’étude. De même, je prévois de faire des séances plus longues, avec un temps d’écoute plus important. D’ailleurs, comme tout le monde, je m’interroge sur le fait de ne pas avoir été testée.

Pour pallier votre arrêt d’activité avez-vous perçu des aides ?

Pas encore. J’ai fait une demande pour laquelle je suis en attente d’une réponse.

En tant que réflexologue, quels conseils donneriez-vous pour relâcher les tensions et améliorer son quotidien durant cette période ?

En dehors de ce contexte particulier, je conseille de travailler sa respiration et de se concentrer sur le moment présent. En plus de la réflexologie, avoir un mélange de pratiques en alliant par exemple, à la fois les auto-massages, la respiration et la méditation. C’est important de pouvoir prendre du temps pour soi, même si cela peut être compliqué au quotidien. Cela peut être bénéfique pour prendre du recul. « Je suis en bonne santé, mes proches vont bien. Objectivement il n’y a pas de raison de s’inquiéter plus que cela. » En effet, ce peut être aussi l’occasion de faire une pause qui permette de recommencer à vivre de façon plus sereine. Que ce soit par rapport au travail ou dans sa vie personnelle. Cela peut donner l’occasion de revoir ses objectifs, d’avoir une meilleure gestion de son temps : des priorités personnelles ou professionnelles. Enfin, je recommande d’avoir une pratique régulière quelle que soit l’activité choisie, pour en ressentir les bienfaits.

Plus personnellement, avez-vous des trucs ou des astuces pour améliorer votre propre quotidien durant le confinement ? 

J’ai de la chance d’avoir un jardin, donc je jardine, je regarde la nature, les fleurs, j’écoute les oiseaux… Cela m’apaise énormément. Du reste, ce travail machinal, répétitif du jardinage, du désherbage m’aide à gagner en sérénité. Cela me permet d’alimenter ma réflexion du moment. J’essaie également de faire du sport à la maison, de façon très douce, des étirements, des séances de Pilates et un peu de méditation.

Quels sont vos souhaits pour l’avenir ?

Je souhaiterais davantage faire connaître la réflexologie aux médecins. En complément des traitements, elle peut être une aide précieuse pour les malades.  Après le confinement, je souhaite proposer des séances gratuites aux personnels soignants des services de réanimation et à mon cabinet une demi-heure offerte sur la séance d’une heure pour les personnels soignants, ambulanciers, pompiers. Ce sera ma façon de les remercier et de leur faire découvrir la réflexologie et ses effets bénéfiques. Ils en ont bien besoin !

Merci Patricia !

 

[N.D.L.R. La réflexologie est un soin de support, c’est une pratique dont vous pouvez peut-être bénéficier en complément de votre traitement, avant ou après. Cette pratique ne remplace pas les traitements et n’est pas à vocation curative. Demandez conseil à votre médecin traitant ou votre oncologue.]

 


Crédit photo : Marie Wetzler