RENCONTRE AVEC JULIE

Julie a de multiples cordes à son arc. Thérapeute, consultante et formatrice, elle a rejoint l’équipe de WeCare@Work il y a peu, souhaitant mettre son expérience personnelle d’aidante au service des entreprises. Un projet en alignement total avec son parcours et son vécu.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?  

Bonjour. Je m’appelle Julie, j’ai 39 ans et je vis près d’Aix-en-Provence. Je suis mariée et la maman de deux petites filles, Lola 14 ans et Louise 8 ans.

Quel est ton métier et depuis quand l’exerces-tu ? 

Alors là, voilà une question à laquelle il m’est encore difficile de répondre aujourd’hui. J’ai longtemps cherché à me définir en une seule phrase mais définitivement je n’y arrive pas.
Après avoir repris des études de psycho, passé une certification de sophrologie et hypnose, je suis donc thérapeute. J’exerce comme bénévole au sein du Centre Ressource Marseille une association pour les personnes malades du cancer et leurs aidants. En parallèle, je suis consultante pour WeCare@work depuis début 2020. J’accompagne les entreprises à mettre en place des actions pour concilier cancers, maladies et travail. Une véritable chance pour moi tant sur le plan professionnel qu’humain. Je réfléchissais à cela depuis un an, mais toute seule dans mon coin. Et enfin, j’interviens en écoles supérieures pour enseigner le marketing, le développement commercial… mon ancienne activité. C’est ce qu’on appelle être « slasheur ». Mais je suis finalement entrepreneure 😊

En tant qu’entrepreneure, quel est ton rapport à la maladie au travail ? 

C’est un sujet qui m’interpellait déjà depuis un moment. Dans mes anciennes activités, de nombreux collègues ont été touchés par la maladie. Je voyais que l’impact sur l’entreprise et les équipes était considérable. Il y a un an après le décès de mon papa, impossible de continuer mon activité telle que je l’avais commencée. Cela me semblait totalement inutile et j’avais le sentiment d’être une énième consultante. Il fallait que je mette à profit l’expérience que je venais de vivre tant sur le plan humain que professionnel. Depuis, cette mission m’anime chaque jour.

Comment as-tu accompagné ton proche malade ?  

Les choses se sont faites assez naturellement et sans trop y réfléchir. D’autant plus que cela a été très rapide. Pour moi la priorité était que mon père ne se sente jamais abandonné et que ma mère ne soit jamais seule pour apprendre une nouvelle qu’elle ne saurait peut-être pas gérer. J’ai stoppé toutes mes activités et mes journées ont été rythmées par les visites et rendez-vous médicaux. De plus, son temps d’hospitalisation a été très difficile et dans des conditions qui n’étaient vraiment pas adaptées à son cas. Fortement touché au cerveau il avait perdu toute autonomie. Aussi, j’essayais d’être là au maximum pour le faire manger, le stimuler, lui tenir compagnie tout simplement. Tout aussi naturellement, nous nous sommes retrouvés un mois et demi plus tard, tous les deux pour son dernier voyage. Un moment douloureux mais merveilleux… un cadeau.

Qu’est-ce qui t’a aidée ? Qu’est-ce qui aurait pu t’aider?  

Sans hésitation, le soutien sans faille de mon mari qui a pris le relais total sur la maison et les enfants. Cela m’a permis de m’investir sereinement auprès de mon père. Celui de mes amies aussi, qui ont su trouver la juste place et le juste soutien. Cela m’a été d’un réconfort précieux. Après, très sincèrement, pour les proches c’est très difficile à vivre car il n’y a pas ou peu de prise en charge. Il me semble primordial de favoriser le lien entre les soignants, les administrations et la famille, tant d’un point de vue émotionnel que médical. Beaucoup de choses peuvent être envisagées encore, ce qui rend passionnant et très encourageant de participer à l’aventure WeCare@Work.

À ton avis, quelles qualités ou compétences as-tu développées en étant indirectement confrontée à la maladie ? Par extension, quel impact a eu ton rôle d’aidante sur ta vie d’entrepreneure et de collaboratrice aujourd’hui ? 

Spontanément je dirais la détermination. Car aujourd’hui plus que jamais, je perçois l’urgence de faire avancer ce sujet. Pour moi il est au même niveau que l’urgence climatique. D’une manière ou d’une autre, nous serons tous touché.e.s à un moment donné. Alors mettons-nous en action pour favoriser la traversée de la maladie et le maintien d’une vie sociale et professionnelle. Et la prise de recul aussi. Je ne suis plus (trop) dans l’anticipation ni même la précipitation. Je prends davantage les sujets les uns après les autres avec plus de recul et de calme. Et ça fait un bien fou !

Pourquoi as-tu choisi de rejoindre Wecare@Work ? 

Pour moi c’est une rencontre avant tout. Celle avec Claire DESARNAUD (ma fée marraine) qui me suivait dans ma création d’entreprise et qui de fait, a aussi suivi de près mon épreuve personnelle. Sachant que je souhaitais fortement m’investir sur le sujet, elle m’a présenté Anne-Sophie… et là WAOUWW ! Je suis repartie des étoiles pleins les yeux ! Tous les ingrédients étaient réunis : l’entrepreneuriat, un projet cher à mon coeur, deux super nanas à sa tête et le travail en équipe qui me manquait cruellement depuis que je m’étais lancée. Je suis une sacrée chanceuse et suis surprise encore chaque jour de voir qu’il est possible de mettre ses valeurs au service de son travail, de se sentir utile et de collaborer dans une bienveillance incroyable.

En cette période un peu particulière de confinement, comment travailles-tu ? 

J’essaie d’organiser mon planning par demi-journée. L’une consacrée à l’école de mes filles et l’autre à mon activité. Tous les membres de l’équipe sont dispersés donc nous sommes habitués à collaborer à distance et cela se passe très bien. En revanche en tant qu’indépendante, il était plus que nécessaire de ne pas rester dans l’immobilisme et préparer l’après. Aussi, le confinement m’a davantage poussée à travailler sur des sujets qui trainaient un peu, expérimenter de nouveaux outils, de nouvelles méthodes au service de WeCare@Work… et gagner en compétences. Et ça c’est vraiment très chouette !

Pour aider à faire progresser les entreprises sur la maladie au travail, as-tu trois conseils à mettre en place pour mieux concilier maladie et travail ?

1/ Ne plus penser que le sujet de la maladie au travail est intrusif, mais prendre conscience que malades, collaborateurs et activités sont impactés. Lever les tabous ! 2/ Voir l’opportunité d’une richesse nouvelle. Il y a un avant et un après maladie. Cette expérience apporte de nouvelles compétences, précieuses pour les équipes et l’entreprise. 3/ Faites-en un sujet majeur et impliquez toute l’entreprise. Voilà deux nobles leviers de fidélisation et performance : collaboration et partage de valeurs.

Merci Julie !