RENCONTRE AVEC CLAIRE

Claire est entrepreneure, elle appartient à cette nouvelle génération que l’on nomme « slasheurs ». Touchée par la maladie de sa sœur, elle décide de mettre son énergie au service d’activités professionnelles à impact sociétal. Elle est à la fois co-créatrice de Smile in Box et consultante associée de Wecare@work, dans un même objectif, accompagner les personnes malades et leur entourage, qu’il soit personnel ou professionnel. Elle nous raconte son aventure entrepreneuriale…

Peux-tu te présenter en quelques mots ?  

Bonjour, je m’appelle Claire Désarnaud. J’ai 36 ans et je vis à Marseille avec ma petite tribu (mon mari et nos 3 petits garçons).

Quel est ton métier et depuis quand l’exerces-tu ? 

Ah sacrée question 😉 ! Je suis une slasheuse, j’ai en effet plusieurs activités. Mais pour résumer, on peut dire que je suis entrepreneure. Depuis l’été dernier je suis associée à Wecare@work (mais en réalité on travaille ensemble avec Anne-Sophie depuis bientôt trois ans). C’est mon activité principale. Je suis consultante, c’est-à-dire que j’accompagne les entreprises à définir et mettre en place des actions pour mieux concilier cancers, maladies et travail. Une mission passionnante ! En transverse, je m’occupe aussi du marketing et de la com. En parallèle, je suis co-fondatrice de Smile in box, un eshop solidaire pour soutenir un proche en lui envoyant de petites attentions positives et adaptées. Et enfin, juste pour mon « plaisir » j’anime un podcast depuis novembre 2019 : Une vie au pluriel (sur cette génération de slasheurs justement).

En tant qu’entrepreneure, quel est ton rapport à la maladie au travail ?

Le rapport est très étroit ! Je n’ai pas été touchée par la maladie « dans ma chair », mais « dans mon cœur » puisque c’est ma sœur, Amélie – avec qui j’ai fondé Smile in box, qui a eu un cancer en 2013. Cette expérience de vie a été un véritable déclic dans ma vie professionnelle : il était alors devenu évident / urgent de mettre toute mon énergie au quotidien dans une activité qui avait du sens, qui faisait écho à ce qu’on venait de traverser et surtout qui pouvait avoir un impact plus large. Cela m’a donné beaucoup de force et d’enthousiasme pour entreprendre. 

Comment as-tu accompagné ta proche malade ?

Amélie vivait au Pérou, alors c’est la problématique du soutien à distance que j’ai rencontrée. Je venais d’accoucher, je ne pouvais pas prendre le premier avion pour l’accompagner à ses chimios. C’était très frustrant. Que dire, que faire pour l’aider ? La soutenir ? Aujourd’hui nous vivons dans un monde où il est très courant de vivre loin des siens. Dans une période comme la maladie, il faut donc redoubler d’imagination pour garder le lien. Ce n’est pas toujours évident. Nous avons chacun notre train-train quotidien qui peut vite nous embarquer dans une distorsion des relations. Alors, avec ma famille nous avons concocter une première « box » (puis 2, puis 3…) avec plein de petites attentions pour son bien-être et son réconfort. Nous voulions matérialiser notre présence et lui dire que nous étions là tout simplement.

Qu’est-ce qui t’a aidé.e ? Qu’est-ce qui aurait pu t’aider?  

J’ai passé beaucoup de temps sur Internet à chercher des solutions mais j’avoue, pour l’entourage au sens large il n’existe pas grand-chose. Nous ne sommes pas la personne malade. Nous ne sommes pas l’aidant au quotidien. Mais nous avons tous un rôle à jouer. C’est cette conviction qui m’a poussée aussi à entreprendre dans ce sens. J’avais vécu la situation avec ma sœur à distance, mais je partageais aussi beaucoup sur le sujet au travail. Et les collègues, les managers qui se retrouvent confrontés à la maladie d’une personne de l’équipe sont tout autant déstabilisés. Les émotions sont là, mais encore peu de solutions. C’est pour ça que c’est passionnant avec Wecare@work, il y a beaucoup de choses à inventer !

À ton avis, quelles qualités ou compétences as-tu développées en étant indirectement confrontée à la maladie ? Par extension, quel impact a eu ton rôle d’aidante sur ta vie d’entrepreneure aujourd’hui ?

Je pense que la principale compétence que j’ai développée c’est l’audace. Ne plus avoir peur de faire, de se lancer dans l’inconnu. Oser. Essayer. Parce qu’on ne passe qu’une seule fois sur le chemin de la vie ! Et puis toujours plus de bienveillance pour les autres aussi, l’humain et la solidarité me guident au quotidien.

Qu’est-ce que le confinement change pour Wecare@work ? et Smile in box ?
Et toi, comment le vis-tu ? 

Pour Wecare@work je suis amenée à me déplacer souvent chez nos clients et à Paris. Tous nos événements et animations sont reportés. Nous mettons donc à profit cette période pour se concentrer sur le développement de notre offre digitale : une opportunité, puisque le confinement va nous permettre d’avancer plus vite sur ces sujets. D’un point de vue « travail à distance », nous sommes habitués. Le confinement renforce même nos modes de fonctionnement : chaque vendredi par exemple on a instauré un moment « Tea(m) time » (pas une réunion boulot mais un moment convivial sur Hangouts). 

Pour Smile in box, le site reste ouvert (plus que jamais puisqu’il s’agit de créer du lien avec ses proches). Par contre, les délais de livraison sont plus longs, nous nous adaptons au rythme de La Poste. 

Le principal changement (et pas le moindre) c’est qu’avec tout ça il faut compiler avec de nouvelles casquettes : maîtresse d’école, service de restauration à midi et animation de centre de loisirs… Ce n’était clairement pas évident au début mais avec mon mari nous avons mis en place une routine (presque militaire 😉 ) qui permet à chacun d’alterner entre vie pro et perso. Le plus dur étant de garder des petits moments pour soi pour se poser. 

As-tu des trucs ou astuces pour améliorer ton quotidien dans cette situation ? 

Sans doute très classiquement, je dirai de faire le plein de lectures inspirantes. Je viens de finir de lire par exemple L’Obstacle est le chemin (que je recommande) et du coup ça m’a donné envie d’explorer les stoïciens (challenge !) Après, depuis une semaine j’arrive (enfin) à m’accorder tous les jours : une méditation matinale de 10 min (sur l’application Evolum) et une séance sportive de 20/30 min en fin de journée avec mes enfants (footing autour de chez moi ou yoga sur la chaîne youtube de Elle). Et puis le week-end, trois choses sont sacrées : mon café au soleil, la sieste 😉 et les « e-apéros » avec la famille, les amis… 

Et pour conclure, pour aider à faire progresser les entreprises sur la maladie au travail, as-tu trois conseils à mettre en place pour mieux concilier maladie et travail ?

1/ Faites de ce sujet un véritable sujet d’entreprise ! Vous verrez tous les bienfaits pour les personnes concernées, pour le collectif de travail et pour le développement humain et économique de votre entreprise ! Voir le positif dans le négatif, faire d’une difficulté une force ! Les temps que nous vivons tous actuellement avec le confinement le prouvent dans une autre mesure, alors j’espère qu’après ce sera une évidence pour tous. Après 2/ levez les tabous (car oui malheureusement la maladie est encore taboue dans l’univers du travail) et 3/ ouvrez le dialogue et co-construisez cela avec vos collaborateurs.

Merci Claire !

Si vous souhaitez en savoir plus, vous pouvez suivre le travail de Claire en découvrant son podcast Une vie au pluriel, Smile in box et  Wecare@work sur les sites internet dédiés et les réseaux sociaux.

 


Crédit photo : Stéphane Chaing