Léa

RENCONTRE AVEC LÉA

Après avoir travaillé dans la culture et l’édition, un cancer à l’âge de 30 ans lui fait remettre en question son parcours professionnel. Marquée par un engagement associatif depuis plus de dix ans, l’expérience de vie de la maladie la décide à renforcer son engagement pour une société plus inclusive. Désormais, elle met à disposition des personnes malades, de leur entourage et des professionnels de santé, des informations afin de mieux concilier maladie et travail au quotidien.

Peux-tu nous expliquer ton parcours professionnel ?

Après avoir fait des études d’histoire de l’art, je me suis réorientée dans l’édition. J’ai fait plusieurs stages, en agence de photographie, dans des maisons d’édition avant d’être salariée en agence de publicité, puis en maison d’édition. Toutes ces expériences professionnelles m’ont beaucoup apporté à différents niveaux. J’ai eu un cancer et l’épreuve de la maladie a remis mon parcours professionnel en question. À côté de cela, il y avait une constante : mon engagement associatif, bénévole. Je me suis demandée comment m’engager davantage. Comment le faire à mon échelle, professionnellement ? Je souhaitais avoir un impact tangible sur la société à travers mes actions et que cet impact soit palpable de façon plus immédiate. J’ai donc rejoint récemment l’équipe de Wecare@work et suis en charge du service solidaire ALLO Alex, une hotline et un blog d’informations pour mieux concilier cancer, maladie et travail.

Qu’est-ce qui t’a aidée ou t’aide aujourd’hui au quotidien pour parvenir à travailler en faisant face à la maladie ?

Quand cela était possible et que je me sentais de le faire : la parole, le dialogue avec ma hiérarchie et avec mes collègues ; leur compréhension. Je trouve que c’est vraiment important de pouvoir en parler. Ce qui a pu m’aider à regagner confiance en mon travail après l’épreuve de la maladie, c’est la bienveillance d’une équipe, des collègues. Et dans mon quotidien de manière générale, essayer d’être plus à l’écoute de mon corps, sentir mes limites physiques et ne pas vouloir absolument les dépasser, mais faire avec. Apprendre à s’adapter à la situation et.ou à mon état de la journée. Cela était valable quand j’étais en traitement, pendant ma convalescence après les traitements et c’est désormais applicable à mon quotidien actuel, deux ans après les traitements. Les conséquences d’une maladie n’étant pas forcément visibles.

Quel impact a eu ta maladie sur ta vie professionnelle aujourd’hui ?

L’expérience de vie de la maladie m’a fait remettre mon activité professionnelle en perspective. Après avoir travaillé dans l’édition et la culture et une riche expérience aux côtés de Solidarité Sida en tant que bénévole, je souhaitais me réorienter dans le secteur des entreprises à impact sociétal.
Qu’on le veuille ou non, la maladie apporte son lot de questions, voire une réflexion sur son chemin personnel et professionnel, sur ses choix… Cela peut les conforter ou les remettre en cause. J’ai commencé à me poser des questions sur ma place au travail et dans la société. Qu’est-ce que je voulais faire de ma vie ? J’étais très heureuse de revenir au travail, puis j’ai dû le quitter. Par la force des choses, cela a accéléré mon questionnement. Après la maladie, je me suis dit d’autant plus, que je n’avais vraiment rien à perdre à essayer, à me lancer. Je souhaitais me rendre utile à la société par mes actions et participer à un projet de solidarité de l’intérieur, en y contribuant pendant mon temps de travail. J’ai participé à des formations afin de voir comment je pouvais transposer mon expérience et mes compétences pour m’orienter vers des postes de communication et de conseils dans le secteur de l’économie sociale et solidaire. Cela m’a appris à identifier mes envies et mes freins et à aller dans la direction que je souhaitais.

Pourquoi as-tu choisi de rejoindre Wecare@Work ?

Quand j’étais malade, j’avais moi-même fait appel à ALLO Alex et cela m’avait été très utile. Ce que j’avais apprécié, c’était l’écoute et les informations que j’avais pu obtenir. Car quand j’étais malade et après, je ne savais pas où chercher l’information, je me concentrais sur ma guérison, puis sur ma reprise du travail, jour après jour. Je ne me préoccupais que du jour-même ou du lendemain. Mes points de repères étaient mes proches et mes rendez-vous médicaux qui rythmaient mon quotidien.
Mes expériences, qu’elles soient professionnelles ou personnelles ont alimenté ma réflexion et ma réorientation. Wecare@work propose une expertise, des moyens de sensibilisation, des formations afin de mieux concilier maladie et travail. ALLO Alex, son service solidaire a été créé dans cette optique. Je suis donc très heureuse aujourd’hui d’avoir rejoint cette équipe et ALLO Alex pour écouter et apporter des pistes de solutions ou de réflexions à des personnes confrontées à la maladie dans le travail (malades, aidants, drh, manager, professionnels de santé…) et ce faisant, me rendre utile, pendant mon temps de travail.

Que fais-tu au quotidien ?

Chaque jour, je réponds aux appels de la hotline. J’essaie de comprendre les situations des appelants pour pouvoir apporter des réponses à leurs questions. Beaucoup se posent la question des conditions de leur retour au travail et cherchent des informations. Par ailleurs, je crée des articles pour le blog d’informations : des interviews avec des personnes malades, salarié.e.s, chargé.e.s de RH, managers, entrepreneurs, professionnels de santé… Je les interroge sur leur rapport à la maladie dans le travail. J’écris également des articles de fond, sur les dispositifs légaux existants, sur des conseils pour concilier maladie et travail… Enfin j’anime les pages Facebook et Instagram d’ALLO Alex et je réalise un travail de veille pour être à jour sur les informations existantes, les évolutions…

Quels sont tes conseils pour mieux concilier cancer, maladie et travail ?

Informer de l’existence du blog et de la hotline d’ALLO Alex, car on connaît toutes et tous quelqu’un qui peut être concerné.e de près ou de loin par la maladie et qui peut être en recherche d’informations sur le sujet.
Vous pouvez poser vos questions à ALLO Alex au 0800 400 310 (numéro vert) et retrouver les informations utiles sur le blog : https://www.alloalex.com/blog/ et suivre l’actualité d’Alex sur les réseaux sociaux : Facebook, Instagram, la page LinkedIn de Wecare@work.

En cette période un peu particulière de confinement, comment travailles-tu ?

J’ai la chance de pouvoir télétravailler. Mon activité continue, nous faisons des points réguliers, hebdomadaires avec l’équipe en visioconférence : un point hebdomadaire d’équipe pour l’organisation de la semaine et les questions éventuelles, un point individuel avec ma responsable et un moment d’équipe plus convivial, le « Tea(m) time ». Nous échangeons nos ressentis par rapport à la situation, nos astuces et nos bons plans, nous nourrissons nos projets. Cette période particulière demande un temps d’adaptation. Je me sens vraiment entourée à distance, c’est vraiment plaisant et rassurant.

As-tu des trucs et astuces pour améliorer ton quotidien dans cette situation ?

En tant qu’ancienne malade du cancer, cette période a tendance à raviver certains souvenirs d’un autre type de confinement. Atteinte d’un lymphome, je devais rester chez moi entre mes traitements de chimio car cela entraînait des phases d’aplasie. Je devais alors limiter les contacts avec l’extérieur. J’en ai discuté avec d’autres ancien.n.e.s malades et le ressenti est partagé. Mon confinement aujourd’hui n’a rien à voir, c’est beaucoup plus supportable car j’ai la chance d’être en bonne santé. N’ayant plus de temps de transport, je dors plus et je garde un rythme de bureau, en conservant les mêmes horaires dans la mesure du possible. Je continue à m’habiller comme si je sortais tous les jours de chez moi. Le tout pour garder un rythme. Et en couple, c’est chacun son espace de travail, c’est mieux pour la concentration, et on se soutient mutuellement.
Je continue à pratiquer la méditation avec Petit Bambou ou 7mind et j’essaie de faire des exercices de kiné ou de Pilates pour ne pas me ramollir.

Merci Léa !