RENCONTRE AVEC ANTOINE

Antoine est sous-officier de l’armée de l’air et un sportif aguerri. Jeune, le cancer vient chambouler ses plans. Il nous raconte…

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis Antoine Scortatore j’ai maintenant 24 ans, je suis sous-officier de l’armée de l’air française, triathlète à mes longues heures perdues et j’habite à Bordeaux depuis cinq ans. Le cancer s’est déclaré dans ma vie pendant une mission professionnelle, période aussi de ma préparation pour le marathon de La Rochelle. Une « boule » au-dessus de ma clavicule qui a grossi de plus en plus, jusqu’à mon retour en France et mes premières consultations médicales.  

Comment avez-vous géré l’annonce de votre maladie ?

Pour moi c’est loin d’être un sujet tabou, j’ai choisi d’en parler au travail, à mes collègues et à mes supérieurs hiérarchiques qui ont tous été étonnés de l’apprendre au vu de mon rythme de vie plus que correct, de mes performances sportives et de mon jeune âge. En effet, j’avais tout juste 23 ans. Tout cela m’a permis d’ouvrir les yeux ; la majorité de mes collègues ont été vraiment géniaux, mais une petite poignée d’entre eux ont décidé de me compliquer les choses. J’ai maintenant fait le tri ! J’ai été immédiatement arrêté dès le début de mes traitements, car pas de mi-temps thérapeutique possible, des périodes d’aplasie étaient prévues, impossible d’être en contact avec autant de personnes et donc de possibilités de virus !

Et pendant les traitements avez-vous gardé contact avec vos collègues ?

Mon traitement se déroulait à Toulouse, j’ai donc gardé un contact téléphonique avec mes collègues assez régulièrement. Ils savaient que tout irait bien pour moi. Ils me voyaient faire mes vingt heures de sport par semaine, mes footings en sortant de chimio. Ils ont tout simplement compris que j’avais décidé de me battre, et je leur ai dit : chaque kilomètre que je gagne, c’est le cancer qui perd. Six mois de traitement plus tard : plus de 1 270 km de course à pied et 2 500 km de vélo.

Comment s’est passé votre retour au travail ?

Mon retour au travail s’est très bien déroulé. C’est simple, je n’ai jamais été aussi heureux que maintenant. Pour rien au monde je n’échangerai ma vie actuelle contre ma vie d’avant. Je souris, je fais tout ce que j’ai envie car je décide de m’en donner les moyens, et je sais que tout est possible. Je laisse la vie me guider, aujourd’hui je suis ici, demain je serai peut être ailleurs, mais le principal est bien là : être heureux.

Pour aider ceux qui  rencontrent la maladie pour la première fois, pouvez-vous nous confier un conseil pour concilier maladie et travail ?

Le conseil que je donnerais pour concilier maladie et travail, c’est de ne pas se renfermer, ni se morfondre dans la maladie, au contraire, continuer à vivre. En profiter pour faire une coupure de travail : s’adapter, c’est dominer.

LE truc ou astuce qui vous a aidé ?

Le sport, sans aucune hésitation. J’ai gardé le mental, éliminé les effets secondaires des traitements, développé la rage de vivre, appris ce qu’est vraiment le bonheur.

L’adresse ou le lien qui vous a été le plus utile ?

L’application Strava, pour compter mes kilomètres !

Pour aider à faire progresser les entreprises sur la maladie au travail, pouvez-vous nous citer trois actions qui vous semblent utiles à mettre en place pour mieux concilier maladie et travail ?

Instaurer plus de sport dans les services d’oncologie. C’est grâce au sport que j’ai pu reprendre le travail quelques jours après la fin du traitement, sans perdre mes cheveux ;

Le télétravail ;

La communication entre collègues.

C’est un peu compliqué de parler de ce sujet pour moi, car au travail tout s’est déroulé sans encombre, et j’ai été arrêté dès le début du traitement..

Si vous pouviez nous dire en une dernière phrase ce que le travail représente pour vous ?

Le travail, pour moi, c’est le contact, la cohésion, le soutien et le dépassement.

Merci Antoine !