RENCONTRE AVEC ANNE-SOPHIE

Après 15 ans d’expérience professionnelle dans le secteur du recrutement et un cancer du sein en 2011, Anne-Sophie Tuszynski décide de s’engager en faveur de l’emploi des personnes malades et développe des outils et des services aux entreprises pour mieux concilier les cancers, et plus largement toutes les maladies, avec le travail.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Depuis 2011, j’agis pour concilier cancer, maladie et travail, parce qu’on a tous à y gagner : les personnes, les entreprises et la société, humainement, socialement et économiquement, alors qu’aujourd’hui cancer et travail riment trop souvent avec difficultés et coûts.

De la même manière que l’expérience de vie du cancer peut devenir un atout professionnel pour les personnes malades, elle peut rendre l’entreprise plus performante.

Cette démonstration faite, plus rien ne doit empêcher les entreprises et leurs salariés de s’engager.

En tant qu’entrepreneure, quel est votre rapport à la maladie au travail ?

Mon ambition est double :

– permettre aux personnes malades, notamment du cancer, de (re)trouver leur place dans le monde du travail. J’ai coutume de dire que le monde de la santé a kidnappé le cancer, la maladie ; il est temps de la remettre au cœur de la vie et qui plus est dans la vie professionnelle et économique.
– permettre aux entreprises et à leurs salariés de retrouver le plaisir de travailler ensemble pour apporter davantage à leurs clients.

Pour y arriver, j’ai décidé que mon entreprise serait exemplaire et solidaire : les salariés de Wecare@work connaissent de près l’expérience de vie de la maladie et nous gérons ses conséquences au quotidien. Pas toujours simple, mais possible !

Qu’est-ce qui vous a aidé dans votre parcours personnel à concilier maladie et travail ?

Mon métier ! Qui consiste depuis des années à faire face à des difficultés et trouver des solutions.

Quand j’ai appris la douloureuse nouvelle, une fois l’effet de surprise passé, je me suis mise en mode « pilote automatique » et j’ai – nous avons  – fait face, ma famille, mon entourage professionnel et moi, à toutes les difficultés, les unes après les autres. Grâce à une parole très ouverte ; à un dialogue constant, nous avons su trouver des solutions. Si nous avons réussi ; d’autres le peuvent également. Les personnes, comme les entreprises.

Quel impact a votre maladie sur votre vie d’entrepreneure aujourd’hui ?

Elle est limitante par certains aspects : elle limite ma capacité de développement financier car je n’ai pas accès à l’emprunt pour développer mon entreprise, elle impose une adaptation permanente aux conséquences physiques de la maladie… mais elle apporte aussi beaucoup : une formidable énergie et un incroyable engagement de mon équipe et de nos clients, car nous partageons un projet fort qui fait sens pour tous. Nos clients achètent bien plus que des outils et des services à Wecare@Work : ils participent à un projet à impact sociétal fort pour faire changer la place des personnes malades dans la société. Par ailleurs, nous développons des qualités particulières comme l’agilité, la résilience, qui sont des clefs de développement et de pérennité pour une entreprise.

Concrètement, quelle valeur ajoutée à mieux concilier cancer et travail ?

Les personnes malades conservent un meilleur niveau de revenus et une protection sociale, les entreprises diminuent de manière significative le coût de l’absentéisme, enfin, notre système de santé conserve un nombre suffisant de cotisants et donc les ressources financières nécessaires pour lui permettre de nous offrir des soins et une prise en charge de qualité. Nous avons étayé cette conviction par une étude économique. Nous avons la volonté de transmettre à nos enfants le précieux héritage de nos grands-parents : la Sécurité sociale. 

Comment avez-vous décidé de vous engager pour concilier maladies et travail ?

Il y a 10 ans, aucune action n’avait été mise en œuvre, ni en France, ni dans le monde et les dirigeants me sollicitaient, compte-tenu de mes compétences et de mon expérience de vie je ne pouvais pas ne rien faire. En 2012, j’ai créé un club d’entreprises, Cancer@Work, pour faire exister la maladie dans le monde du travail. L’an dernier, j’ai décidé de transmettre mon expérience et mes compétences acquises pendant 8 ans et de développer « une start-up de malades », Wecare@Work. À ce jour, nous travaillons avec une centaine d’entreprises, avons sensibilisé ou formé près de 2 millions de salariés et accompagné pas loin de 1 000 personnes malades.

Quelles sont les missions de vos entreprises ?

Les missions de Cancer@Work sont simples : mobiliser les dirigeants et les salariés, partager les pratiques, mesurer les attentes des actifs et les progrès des entreprises et soutenir solidairement les demandeurs d’emploi.

Et Wecare@Work ? La raison d’être de Wecare@Work est d’aider les entreprises grâce à une offre de conseil, de services et des outils pour mieux concilier la maladie et le travail. Cette offre est disponible via un réseau national de consultants et depuis peu, en ligne avec des webinars, du e-learning et du e-coaching. Nous avons levé des fonds en amorçage auprès de MH Innov et venons de rejoindre le programme d’accélération de start-up de Medtronic France. Il est temps pour nous de faire la preuve que les personnes malades peuvent créer des entreprises, créer des emplois, créer de la richesse humaine et économique et participer activement à la pérennité de notre système de santé.

Comment envisagez-vous la suite ?

Pour Cancer@Work, notre ambition est d’engager de plus en plus d’entreprises dans le mouvement et de démultiplier le nombre d’entreprises engagées, en plus de dépasser les frontières françaises et francophones. Nous n’avons pas d’équivalent dans le monde ; or la maladie n’a pas de frontières.

Pour Wecare@Work, notre ambition est de rendre nos services accessibles partout en France, à toutes les entreprises, quels que soient leur secteur d’activité ou géographique, leur taille, et qu’elles soient privées ou publiques.

Pour aider à faire progresser les entreprises sur la maladie au travail, auriez-vous trois conseils à mettre en place pour mieux concilier maladie et travail ?

Un seul : rejoignez-nous ! 

Devenez membre de Cancer@Work, client de Wecare@Work, salarié ou partenaire, partagez nos publications, likez nos pages, faites connaître notre existence et nos actions, chacun à votre mesure, rejoignez-nous. La France compte 3,5 millions d’entreprises ; nous avons encore beaucoup à faire pour concilier, cancer, maladie et travail, au bénéfice de tous. 

Merci Anne-Sophie !