RENCONTRE AVEC MARCELA

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Marcela Donati, j’ai 36 ans, j’habite en Haute-Savoie. Je suis mariée et mère de 2 enfants de 10 et 13 ans. Je travaillais initialement dans le marketing et j’occupe actuellement un poste d’assistante dans une start-up à Genève.

Que représente le travail pour vous ?

Le travail signifie beaucoup de choses : la reprise de la vie après une maladie éprouvante, et c’est aussi pour moi une thérapie et l’indépendance.

Comment cela s’est passé pour vous ? À quel moment avez-vous découvert votre maladie ?

Quand j’ai découvert la maladie, j’avais un CDD en vue d’une embauche et j’ai choisi d’en parler uniquement à la DRH. Quand mon contrat s’est terminé, j’étais en arrêt maladie : mes collègues ont appris la nouvelle lorsque je suis allée leur rendre visite, après mes deux opérations. Ils ont été tristes pour moi et contents que j’aille bien.

Comment avez-vous géré les traitements ? Avez-vous continué à travailler pendant vos traitements ?

Quand j’ai été diagnostiquée d’un cancer du sein j’ai fait le choix d’arrêter de travailler, de faire une parenthèse dans ma vie pour m’occuper de moi et combattre cette foutue maladie ! Pour cela une organisation presque militaire a été mise en place : ma mère est venue habiter chez moi, mon mari s’occupait des courses et les enfants ont bien travaillé à l’école.

J’ai décidé de vivre cette étape de ma vie uniquement avec mon « noyau dur ». Les seuls à savoir ce qui m’arrivait étaient ma famille et mes amis très proches. Je ne voulais ni la pitié des gens, ni la pression de réussite.

L’ensemble des traitements a pris fin le 30 avril 2018. Je voulais laisser passer l’été avant de me mettre à rechercher du travail. De plus, je ne me sentais pas hyper en confiance du fait d’avoir les cheveux très courts.

Comment s’est passée votre reprise du travail ?

J’ai rapidement trouvé un poste, pas exactement dans mon domaine, mais me permettant de reprendre à temps partiel. Pendant l’entretien d’embauche, j’ai été questionnée sur le trou d’un an et demi sans activité. J’appréhendais la question, mais je m’étais préparée à cela. J’ai répondu que c’était une parenthèse dans ma vie, qui était terminée. Par chance, les personnes en face de moi étaient réceptives et admiratives de mon combat ! La preuve, j’ai eu le poste !

Que vous a apporté cette reprise à temps partiel ?

Depuis que j’ai repris une activité professionnelle, je ne pense plus à ce qui m’est arrivé. C’est une vraie thérapie ! Bien sûr, des détails me rappellent que les choses ne sont pas comme avant. Comme la prise du Tamoxifène, ainsi que mes cicatrices. Cet ouragan a complètement chamboulé ma vie. Il y a un avant et un après la maladie.

Qu’est-ce qui vous a aidé à traverser la maladie ?

Actuellement en rémission, je partage mon parcours au sein de l’association HOPE, qui m’a beaucoup aidée pendant et après les traitements. Cette association aide les femmes à faire face au cancer et à ses conséquences, à travers l’art thérapie et l’équithérapie. Mon but est de servir d’inspiration et d’exemple de résilience pour montrer qu’il est possible de se reconstruire et de rebondir après un cancer. Nous avons enregistré le clip d’une chanson écrite par les femmes de HOPE.

Vous semblez avoir bien été encadrée pour votre retour au travail, quels conseils souhaiteriez-vous donner pour concilier travail et maladie ?

En partant de mon expérience personnelle, voici quelques points qui m’ont permis de reprendre le travail le mieux possible et surtout, de me sentir bien dans l’environnement professionnel :

La confiance ou l’absence de scepticisme lié à une éventuelle récidive. La plupart des employés sont sceptiques et ont peur de se retrouver avec un employé en arrêt maladie prolongé. Ma plus grosse crainte était de ne pas réussir à trouver un poste à cause de ça. Le regard admiratif (pas la pitié) des collègues face à mon parcours. Voir le parcours maladie comme une force et non pas comme une faiblesse m’a aidée à être psychologiquement plus forte car il s’agit d’une vraie épreuve à surmonter.
– L’absence de remarques concernant la maladie. Mes collègues m’ont toujours traitée normalement, je me suis sentie égale à eux.
– La flexibilité. Mon employeur est très compréhensif et flexible face à la contrainte des rendez-vous médicaux. C’était très rassurant et une source de stress en moins, de savoir que je n’avais pas à me préoccuper de ce que pourrait dire ou penser mon supérieur. Il faut dire que je travaille à 80 %, mais que je peux changer le jour de congé, en fonction des rendez-vous.
– L’ambiance de travail. La bonne ambiance dans le lieu de travail a été la cerise sur le gâteau !
– Enfin, mon état d’esprit. J’ai toujours été très dynamique et me sentais prête à reprendre une activité professionnelle. J’en avais besoin. Je pense que ça compte beaucoup.

Finalement, rien de très compliqué à mettre en place, juste un peu d’empathie et d’humanité. J’avoue tout de même que j’ai eu de la chance, malheureusement ce n’est pas le cas pour toutes les personnes affrontant ou ayant affronté ce combat pour la vie.

Merci Marcela !