RENCONTRE AVEC CÉCILE

Peux-tu te présenter en quelques mots  ?

Je m’appelle Cécile Reboul, j’ai 53 ans et je vis à Paris. Aujourd’hui, je suis séparée de mon mari et je vis avec mes deux enfants.
J’étais autrefois rédactrice et je travaillais en solo chez moi. J’ai arrêté de travailler à la naissance de mes enfants… je les avais attendus très longtemps. J’avais subi des traitements médicaux pour tomber enceinte.

Lorsque j’ai senti la tumeur à l’auto-palpation en 2006, je n’ai pas été étonnée. J’ai toujours su que j’aurais un cancer. Mon père étant parti trop tôt à cause de cette maladie, j’avais été si choquée que je m’étais convaincue que je devrais un jour faire comme lui et affronter ma pire peur.
Le diagnostic a été posé un an plus tard. Les médecins étaient passés à côté !

Comment s’est passée l’annonce pour toi ?

C’est aux miens que j’ai eu à l’annoncer puisque je ne travaillais plus à l’époque.

Comment se sont passés tes traitements ?

Idem. Mon seul projet était de survivre et de pouvoir me servir de cette expérience pour ensuite aider les autres.

Comment s’est déroulé l’après cancer ?

J’ai donc eu très tôt la certitude que je transformerai ma traversée du cancer en projet de vie. Mais j’ai d’abord pris le temps de me reconstruire psychiquement et émotionnellement après la fracture de la maladie, grâce à une expérience artistique inédite, menée en lien étroit avec l’artiste Karine Zibaut.

Une fois « réparée », consolée, j’ai fait la rencontre d’une femme qui dirigeait une association de patients. Elle m’a aidée à concrétiser le lancement de mon association SKIN. Je me suis entourée d’une équipe de personnes engagées et expertes chacune dans leur mission (artistes, commissaire d’exposition, comptable, trésorier, communicant, etc.) Et l’association a pris son envol.

Aujourd’hui, je vis et respire Skin ! C’est d’autant plus positif pour moi que Skin désigne la mue, la reconstruction psychique et émotionnelle après le traumatisme du cancer.

Mon quotidien est donc riche de plusieurs sujets, de multiples rencontres, puisque je suis à la fois l’âme et l’initiatrice du projet. Je suis et soutiens chacune des parties prenantes sur ses missions. Je multiplie les rencontres passionnantes. J’approfondie chaque jour mon expertise de la résilience post cancer au moyen de l’expression artistique en partage avec l’artiste et en lien avec autrui.

En réalité, l’expérience de la maladie, du cancer, a tout changé en moi : elle m’a littéralement révélée à moi-même. Grâce à cette traversée (oui, j’ose le dire !), j’ai pris la dimension de ma puissance, de mes envies profondes, de mes valeurs, de mon endurance, de ma détermination, de mes ambitions, aussi.

Cette maladie m’a fait comprendre que je ne m’accomplirais pleinement qu’en me mettant au service des autres, au moyen de la créativité. Pourquoi la créativité ? Parce qu’elle est une puissante source de plaisir. Parce qu’on ne peut réellement s’accomplir qu’en éprouvant du plaisir. Parce que concrétiser un projet professionnel dans le plaisir, c’est s’autoriser la complétude, réunir ses multiples facettes, faire enfin UN. La maladie, mon projet Skin, m’ont permis d’être celle que je suis aujourd’hui, « une femme kintsugi » [N.D.L.R. Kitsungi est une méthode japonaise de réparation des porcelaines ou céramiques brisées au moyen de laque saupoudrée de poudre d’or. Par extension ce terme peut désigner une philosophie de la résilience] , un individu égratigné par la vie mais dont chaque cicatrice a été réparée à la feuille d’or. Comme une porcelaine, j’ai pris de la valeur en sublimant mes cicatrices.
Je dirais même que je prends de la valeur chaque jour qui passe. Grâce à ce que j’entreprends quotidiennement, à chaque seconde, à chaque respiration. La vie est changement, mouvement perpétuel.

Nous dansons tous sur un fil. C’est toute la beauté de la vie que de danser sur ce fil avec la conscience de notre fragilité, de notre équilibre précaire. Je me sens accomplie au sens où je tends vers l’accomplissement quotidien. En mouvement toujours. Et parce que je fais ce que j’aime.

Pour aider ceux qui  rencontrent la maladie pour la première fois, peux-tu nous confier ton conseil pour concilier maladie et travail ?

Je leur conseillerais en priorité de prendre le temps de se faire aider pour se relever et retourner à soi, être bien avec soi de nouveau après l’épreuve de la maladie, avant de retourner aux autres, de pouvoir être bien avec les autres.

Il convient en priorité de se reconstruire psychiquement et émotionnellement. On ne peut selon moi retourner au travail sans être intimement réparé. C’est une question de bon sens.

LE truc ou astuce qui t’a aidée ?

L’expression artistique ! Le temps ! Le lien !

L’adresse ou le lien qui t ‘a été le plus utile ?

Ma rencontre avec l’artiste Karine Zibaut. Elle est devenue mon amie. https://www.karinezibaut.com

Pour aider à faire progresser les entreprises sur la maladie au travail, peux-tu nous citer 3 actions qui te semblent utiles à mettre en place pour mieux concilier maladie et travail ?

Action 1 :

La médiation Skin, incontournablement ! Avec Skin, c’est tout un système de cicatrisation et de partage qui est mis en place. Skin a un rôle déterminant à jouer dans les entreprises. Skin est un trait d’union et un révélateur : Skin se situe précisément entre le milieu/fin des traitements et le retour à l’emploi en apportant des solutions concrètes et originales pour réussir cet « après ».

Action 2 :

Une écoute profonde et active des patients et ex-patients, la mise en place d’une vraie communication entre la structure professionnelle et ces patients/ex-patients, enrichis de leur traversée personnelle. Pour ce faire, la mise en place d’une structure d’écoute active dans les entreprises, avec des personnes clé qui elles-mêmes sont passées par là.

Action 3 :

Vis ma vie. Rien à ajouter.

 

Merci Cécile !