RENCONTRE AVEC CORINNE

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Corinne, j’ai 52 ans et je vis en Essonne avec ma fille de 22 ans. J’ai occupé dans ma vie professionnelle des postes différents du fait de mon envie de changement, et de mes ambitions. Au total, 34 années d’expériences variées en entreprises privées, dont vingt ans de management (commerce, marketing, communication, organisation, conseil, stratégie).

Quel est votre rapport à la maladie ?

J’ai traversé deux cancers gynécologiques : Le premier, du col de l’utérus a eu lieu en 2007, diagnostiqué après une forte hémorragie sur mon lieu de travail. Cancer stade 4, j’ai dû suivre un protocole complet : chimio, radiothérapie, curiethérapie, opération. Le second cancer, vaginal, a été diagnostiqué en 2019 et a été traité par opération (ablation du vagin) et pose d’une stomie. Forte heureusement, j’ai eu une mise en continuité qui m’a réparé le corps. Ces deux cancers et mes expériences professionnelles m’ont fait réfléchir et remettre ma vie professionnelle en cause…

… et concernant votre travail, quelle est votre situation actuelle ?

J’ai décidé de me reconvertir totalement et suis actuellement un Master 2 de « Consultant Coach Professionnel », RNCP7. Je souhaite compléter cette très belle formation par un DU de Patient expert, afin de coupler mes compétences à mes passions et créer mon emploi de rêve. Je souhaite aider et accompagner les patient.e.s atteint.e.s de cancer, à traverser leur vie privée et professionnelle.

En avez-vous parlé à votre entourage professionnel ?

Concernant le premier cancer, j’étais en poste et je gérais deux emplois dans la même entreprise : ingénieure Qualité et directrice adjointe d’une filiale. J’avais beaucoup de responsabilités et peu de temps pour ma vie privée. Quand je l’ai annoncé au directeur général dont je dépendais, il m’a demandée de ne pas l’annoncer à mon équipe de 15 sédentaires commerciaux. C’était très compliqué pour moi étant donné qu’ils avaient été présents lors de l’hémorragie et qu’il fallait prévoir mon absence… donc évoquer un minimum de choses.

Le PDG m’a par contre demandé de l’évoquer, et que cela n’était pas un problème d’en parler à l’équipe. D’où un conflit de loyauté… à mon départ je n’ai pas été remplacée, ce fût le directeur de la filiale qui a repris la gestion de l’équipe, et pour le service qualité, l’entreprise a fait appel à un prestataire externe.

J’ai finalement décidé de ne pas donner de détail, mais j’ai évoqué un problème de santé qui m’obligeait à m’absenter pendant un long moment. Pour ce qui est du deuxième cancer, je venais d’être licenciée donc la question ne se posait pas de la même manière. C’était plutôt un questionnement : que faire après cette maladie ?

Comment se sont déroulés vos traitements ?

Pendant le traitement du premier cancer, j’ai été arrêtée un an. Le protocole était trop lourd pour reprendre une activité professionnelle. J’étais concentrée sur les soins et la guérison. Par contre, silence radio de la part des dirigeants… seuls quelques collègues m’ont contactée, envoyé des messages et seule l’une d’entre eux est venue me voir à l’hôpital.

J’ai mis ma vie entre parenthèses.

Lors du deuxième cancer, je n’étais plus en poste mais je montais mon projet professionnel. C’était mon objectif pendant tous ces mois, j’y pensais en entrant au bloc et pendant mes hospitalisations.

Qu’avez-vous fait après ?

Pour le premier cancer, j’ai demandé au directeur général de procéder à une rupture conventionnelle, à quitter l’entreprise. Je sentais qu’un changement devait arriver mais je ne savais pas lequel. Je m’étais rendue compte que je n’adhérais plus à la stratégie de l’entreprise. La maladie m’avait transformée sans le savoir ni le comprendre. Je voulais me reposer, reprendre pied dans ma vie et réfléchir à comment la mener. À l’issue de cette rupture, j’ai décidé de faire le point sur ma carrière et de la freiner.
J’ai retrouvé un poste dans une petite structure ou j’avais plusieurs fonctions (responsable cellule marchés publics, responsable marketing et communication et responsable délégation de services publics) mais ce, trois ans après.

Pour aider ceux qui rencontrent la maladie pour la première fois, pouvez-vous nous confier un conseil pour concilier maladie et travail ?

Se concentrer sur la guérison, poser le maximum de questions aux soignants, penser à l’après, se fixer un objectif positif.

LE truc ou astuce qui vous a aidé ?

L’amour de mon entourage ! La joie et la dérision.

L’adresse ou le lien qui vous a été le plus utile ?

Mon groupe de paroles cancer : « Cancer – Vivre avec toi, après toi » à Chilly Mazarin !

Pour aider à faire progresser les entreprises sur la maladie au travail, pouvez-vous nous citer 3 actions qui vous semblent utiles à mettre en place pour mieux concilier maladie et travail ?

En parler officiellement, sans tabou. Ne pas avoir peur de l’annoncer. Mais aussi lors du retour : être facilitateur lors du retour en entreprise, après un cancer. Accueillir, ré-intégrer le salarié, en fonction de ses douleurs, ses incertitudes, ses angoisses, ses capacités nouvelles.
Créer des ateliers en entreprise, des conférences, pour comprendre la maladie, les effets secondaires auprès des salariés mais aussi des dirigeants …
Et enfin, créer des groupes de travail inter-entreprises sur cette thématique.

 

Merci Corinne !