RENCONTRE AVEC DELPHINE

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

J’ai 43 ans, 2 enfants, je vis maritalement, et j’habite en Provence. Je suis responsable en Ressources humaines depuis bientôt 20 ans.

Comment avez-vous découvert votre maladie ?

Il y a deux à trois ans, je n’allais pas bien depuis plusieurs mois, je mettais ça sur le compte d’une dépression, d’un burn out… J’avais aussi des symptômes physiques mais qui ne laissaient pas supposer de quelque chose de grave… J’avais quitté ma précédente entreprise, dans laquelle j’avais souffert, pour rejoindre un nouvel environnement professionnel, bienveillant et prometteur. La veille de ce nouveau départ j’ai senti une « boule » au-dessus de ma clavicule gauche (le ganglion « sentinelle »). Ce n’est que deux bonnes semaines plus tard que je me suis décidée à prendre le temps d’aller chez le médecin. Après toutes les étapes (écho, radio, scanner, biopsie…), j’apprenais que j’étais atteinte d’un lymphome hodgkinien stade 2.

En avez-vous parlé à votre entourage professionnel ?

Dès la phase de diagnostic enclenchée, j’en ai parlé à mon plus proche collègue et à ma hiérarchie. J’étais dans l’entreprise depuis moins d’un mois ! Ils ont été d’un soutien inestimable, d’une extrême bienveillance, ayant toujours les mots justes et réaffirmant leur volonté de travailler avec moi.
Une fois le diagnostic confirmé j’en ai parlé à notre équipe pour « justifier » mes absences. Le reste de l’entreprise n’en a pas été informé.

Comment vous sentiez-vous à ce moment-là ?

Grâce à une prise en charge médicale très professionnelle, efficace et rassurante, j’étais plutôt confiante sur les traitements à venir : pouvoir mettre un nom sur sa maladie, avoir un « planning » et se dire : « Allez, entame ton travail de guérison ! » me rassurait. Et par ailleurs, je ne savais pas comment j’allais réagir aux traitements, si j’allais tenir le coup, s’il fallait que j’arrête de travailler… La possibilité d’une aggravation, de ne pas guérir était aussi présente.

Et puis je voulais réussir ma période d’essai, je voulais montrer ce que je savais faire… 

Comment a réagi votre entourage professionnel ?

Mon responsable m’a dit : « Tu fais ce qui est bon pour toi » : il me laissait le choix de m’arrêter complètement de travailler, de continuer à venir travailler même si j’étais fatiguée, passer en mi-temps thérapeutique, travailler de chez moi…
Il m’a ainsi permis de me laisser le temps, de me donner la liberté de m’organiser de la manière qui allait être la plus adaptée et de la faire évoluer si nécessaire.

Comment se sont passés vos traitements ?

J’avais une chimio tous les 15 jours pendant quatre mois, je m’arrêtais trois jours le temps de me remettre, parfois un peu plus, mais je ne voulais pas davantage car, après les nausées et l’épuisement, j’étais en forme pour travailler !

Lorsque j’ai enchaîné avec les séances de radiothérapie tous les jours pendant un mois, je retravaillais à temps complet, allant à l’hôpital tôt le matin ou entre midi et quatorze heures. J’aurais dû davantage me reposer mais j’étais en rémission, je voulais vivre avec énergie !

Comment avez-vous vécu l’après ?

Je ne m’étais pas coupée du travail, ni de l’entreprise, j’avais même accepté de mener des projets en plus. Bien qu’étant très fatiguée, je me sentais libérée – encore plus quand on m’a enlevé le port à cat. ! [N.D.L.R. le port à cathéter] – et enfin disponible pour prendre mon nouveau poste. 

C’est à ce moment-là que mon responsable, lui qui m’avait donné sa confiance, soutenu, avait fait preuve d’une inestimable humanité, a été hospitalisé pour un cancer du poumon. Par ce témoignage, je souhaite aussi et surtout lui rendre hommage !

Que vous a appris votre maladie ?

Ma maladie n’a, en apparence, rien changé à ma vie professionnelle. Uniquement en apparence ! En effet, désormais, je ne tolère plus d’aller contre mes valeurs. La maladie m’a appris à me reposer quand je suis fatiguée, à ne plus oublier mon corps, à me protéger des personnes et des environnements toxiques et à faire passer ma santé (mentale et physique) avant tout. La maladie m’a également appris à trouver des ressources en moi, seule, et à me voir capable de réussir.

Je porte par ailleurs un autre regard sur tous les métiers du soin et du lien. Mes rencontres avec du personnel soignant, mais aussi non soignant, en entreprise, ont été une révélation.

Pour aider ceux qui  rencontrent la maladie pour la première fois, pouvez-vous nous confier vos conseil pour concilier maladie et travail ?

Le conseil que je donnerais : prenez conscience que vous avez des ressources phénoménales, puisez-les, elles sont là, ayez confiance.

Avez-vous un truc ou une astuce qui vous a aidé ?

Me dire que j’étais maître de mon corps et de ma guérison, que la médecine était là pour m’aider mais que ce n’était pas elle qui décidait.

L’adresse ou le lien qui vous a été le plus utile ?

Pas d’adresse ni de lien : je ne suis rien allée chercher, aucun site, aucune information extérieure. J’ai trouvé du soutien auprès de ma thérapeute et de l’équipe médicale notamment accompagnée d’une aide-soignante qui délivrait des soins supports pendant la chimio.

Pour aider à faire progresser les entreprises sur la maladie au travail, pouvez-vous nous citer 3 actions qui vous semblent utiles à mettre en place pour mieux concilier maladie et travail ?

Écouter le malade, lui laisser l’occasion de s’exprimer sur ce dont il a besoin.
Reconnaître que vivre avec une maladie, un handicap, faire face à des traitements lourds, c’est développer des compétences et de la force.
Et enfin, que le droit du travail, la Sécurité sociale, les complémentaires santé, les accords d’entreprises… prévoient des modalités de travail souples.

 

Merci Delphine !