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RENCONTRE AVEC MARIE

Qui es tu ?

Je m’appelle Marie, j’ai 55 ans, je suis infirmière depuis… très longtemps… et je vis à Saint Etienne.

Je suis maman de 3 enfants mais seul le dernier âgé de 15 ans vit avec moi. Il est ce qu’on appelle un « enfant à besoins particuliers », quand il est entré au collège j’ai quitté les services de soins pour créer mon centre de formation en santé.

D’août 2016 à avril 2017 j’ai adopté le régime de l’auto-entreprise, puis mes affaires prenant bonne tournure, j’ai converti mon statut d’auto entrepreneur en SASU. J’ai inauguré mes locaux début juin 2017, j’étais épuisée, je croulais sous le travail, mais j’étais heureuse.

Mi-juillet, je n’arrivais plus à monter les escaliers pour rejoindre mon appartement, j’étais très essoufflée, éreintée, j’ai consulté mon médecin qui, sans prendre le temps de m’ausculter vraiment, m’a proposé comme remède un verre d’eau, du sucre et des vacances…

Mon compagnon avait projeté de partir en Andalousie à moto, il faisait extrêmement chaud, je ne parvenais plus à monter sur la moto. Au journal télévisé de 13h de ce lundi là, un reportage sur le bilan gratuit de la sécurité sociale était présenté, à 14h30 j’ai appelé mon centre de sécurité sociale, la secrétaire a été alertée par ma détresse, elle m’a obtenu un rendez vous pour le lendemain matin.

48 heures plus tard j’étais incitée à consulter en urgence un hématologue, j’avais 1 000 000 de plaquettes… j’ai été reçue le vendredi matin, nouveau bilan, ponction osseuse, et diagnostic jeté à la figure brutalement, sans pincette, j’étais venue seule. « Madame voilà votre ordonnance, prenez vos médicaments à heure régulière, vous verrez le cancérologue en novembre, vous comprenez elle est en arrêt maladie.. »

Jamais je n’oublierai cette phrase ! Je me suis précipitée au secrétariat pour récupérer mon dossier et j’ai foncé à Lyon au Centre Léon Bérard. Je ne sais pas comment j’ai fait les 50 kilomètres, j’étais sous le choc.

Deux ans après, « Philadelphie » est devenue ma jumelle, elle m’a fermé les portes de tout accès bancaire qui m’aurait permis de développer mon entreprise, du coup, mon entreprise a elle aussi fermé ses portes, je suis devenue « demandeur d’emploi »….

Donc j’ai repris mon bâton de pèlerin en prenant des missions de formatrice vacataire, et je me suis lancée dans la recherche d’emploi.

Mon parcours « maladie et travail »  :

 L’annonce :

J’ai plusieurs situations à évoquer :

Celle de mon activité de formatrice vacataire, exercée dans 3 centres de formation pendant ces 2 ans, tous étaient mes clients et m’ont prise en pitié, me donnant quelques miettes de formations, épiant les marques de fatigue sur mon visage, hésitant à me donner de nouvelles missions « au cas où ».

Dans le même temps, comme j’alternais les périodes salariées et celles au chômage, j’ai eu de très nombreux entretiens de recrutement. Mon profil plaisait, mais, par honnêteté, j’évoquais au cours de l’entretien ma « maladie chronique »… et tous les entretiens se sont soldés par un échec.

Enfin, fin septembre, un centre de formation au sein duquel j’avais décroché un jour et demi de cours hebdomadaire, m’a fait une proposition de recrutement à temps plein en qualité de conseillère en formation. La Directrice connaissait mon statut médical, et c’est en toute connaissance de cause que j’ai été recrutée. J’ai pris mes fonctions début Octobre.    

Les traitements :

Je n’ai pas pris une seule journée d’arrêt maladie, chaque jour je me force à mettre un pied devant l’autre.

Pour me donner du cœur à l’ouvrage, je fais de la marche rapide tous les matins pendant 15 minutes.

Ma prise de fonction est récente mais tout est fait pour que je puisse prendre le temps de m’installer dans mes nouvelles responsabilités.

Je n’ai dans l’immédiat qu’un contact restreint avec le reste de l’équipe, tout le monde est très jeune et centré sur leurs problématiques de jeunes parents. Je suis la plus âgée et j’ai un métier à part dans cette entreprise.

L’après :

La maladie m’aide à relativiser les choses, plus rien n’est grave, j’ai déjà le pire au dessus de ma tête.

Je refuse toute situation d’agressivité, de méchanceté, de médisance, je regarde encore plus les autres avec bienveillance.

J’ai repris le chemin de l’Eglise, mais pas pour supplier de guérir, juste parce que c’est l’endroit au sein duquel on me fiche la paix si je pleure.

Je goûte chaque instant avec bonheur.

La personne la plus aidante est la directrice de ma structure, en décidant de me recruter elle a fait fondre toutes mes angoisses, elle contribue à faire que je me sente psychologiquement très bien, je suis mobilisée sur de nouvelles perspectives et ça me dynamise.

Quel conseil donnerais  tu à ceux qui rencontrent la maladie pour la première fois?

Je ne combats pas la maladie, elle est ma jumelle, le côté obscur de la force…. (rires)

LE truc ou astuce qui t’a aidé ?

Je marche beaucoup

Pour aider à faire progresser les entreprises sur la maladie au travail, peux-tu nous citer 3 actions qui te semblent utiles à mettre en place pour mieux concilier maladie et travail ?

1  : l’accès au sport adapté pendant le temps de travail

2 :  la formation des infirmiers de santé au travail

3 :  la création de correspondants cancer .