29 octobre 2019 Catherine Schueler

RENCONTRE AVEC CATHERINE

Qui es tu ?

Je m’appelle Catherine, j’ai 48 ans et j’ai la chance de vivre en Suisse, au bord du lac Léman, à côté de Lausanne.

Jusqu’ici, ma vie a été consacrée au travail, étant célibataire sans enfant, un travail extrêmement épanouissant et très très prenant : la société dont je suis propriétaire organise des conférences et des événements pour des entreprises internationales principalement à l’étranger, ce qui m’a permis de voyager dans le monde entier, dans des conditions optimales et de gagner ma vie très correctement.

Il y a deux ans maintenant, j’ai senti une boule suspecte… et on m’a diagnostiqué un cancer du sein triple négatif avec métastases au foie.

Le travail, pour moi, c’est devenu secondaire. Ma santé, le moment présent et le plaisir ont pris le dessus sur la performance, le succès, l’argent.

J’ai pris conscience, même si on le sait tous, que tout peut basculer soudainement ou pire, s’arrêter d’une minute à l’autre.

Pas forcément en raison de la maladie, mais la maladie met face au fait que tout peut être remis en question d’une minute à l’autre et nous force à appréhender et intégrer notre finitude. Eh oui… we will not get of this alive !

Le travail, c’est une stimulation intellectuelle, sociale et qui bien entendu, permet de parer aux besoins essentiels, donc tout de même important si l’on ne perd pas de vue ces objectifs.

 Mon parcours « maladie et travail »  :

 L’annonce :

J’en ai évidemment parlé de suite au travail ! Mais il est vrai que je suis chez moi.. ça change tout quand on n’a pas besoin d’en parler au patron !

Les réactions des collaborateurs sont évidemment la peur, la peine et la compassion.

Les conséquences potentielles sont évaluées immédiatement : est-ce que, si les clients l’apprennent, nous allons perdre des mandats ? vont-ils continuer à nous faire confiance ?

Nous n’avons pas eu besoin de réorganiser toute la structure, mais plutôt mis la pédale douce, le temps des traitements, tout en étant prêt à tout stopper si nécessaire. La priorité à ce moment n’est pas le travail mais les traitements et potentiellement la rémission.

Les traitements : 

Je me suis arrêtée complètement tout le temps des traitements, afin de mettre toutes les chances de mon côté.

J’ai bien sûr gardé un lien avec l’équipe sans pour autant avoir des routines. Mes routines étaient le sport, la méditation et ma nutrition.

Etant bien assurée, j’ai continué de toucher mon salaire pendant 2 ans. C’était donc assez simple pour moi.

L’après :

Ça c’est fait tout seul !

J’ai eu la chance qu’à l’issue des traitements et de ma remise en forme, des projets nous ont été attribués et j’ai pu les gérer.

Aujourd’hui, mon équipe est réduite et nous sommes en mesure de gérer tout projet en engageant des « free lance » selon nos besoins et donc n’avons pas de charges salariales importantes.

La maladie a changé mon rapport aux gens et a légèrement diminué ma patience face aux caprices et impatiences des clients et/ou fournisseurs.

En cas de besoin, le chômage peut prendre le relais pendant deux ans encore, à raison de 70% de son salaire et si l’incapacité de retourner au travail subsiste, l’Assurance Invalidité intervient.

Pour aider ceux qui  rencontrent la maladie pour la première fois, peux-tu nous confier ton conseil et truc pour concilier maladie et travail ?

Le sport ! Il est difficile de gérer la fatigue des traitements sans sport.

J’ai visualisé mon corps en me disant : tout fonctionne et est sain, hormis ces deux zones qu’il faut réparer. Je ne suis donc pas encore morte !

L’adresse ou le lien qui t ‘a été le plus utile ?

Un livre sur lequel je suis tombée par hasard et que j’ai fait lire à ma maman.

C’était un recueil de vie qui retraçait le parcours de gens atteints du cancer dans ma région. Il y figurait un grand nombre d’adresses que ma maman a sélectionnées et qui m’ont été très utiles : nutritionniste spécialisée dans cette maladie, coach sportif, cours de méditations…etc

Pour aider à faire progresser les entreprises sur la maladie au travail, peux-tu nous citer 3 actions qui te semblent utiles à mettre en place pour mieux concilier maladie et travail ?

 Action 1 :

Les ligues contre le cancer devraient communiquer auprès des entreprises : un ou une malade peut revenir au travail, peut travailler de la maison et le maintien de son emploi fait partie du processus de guérison. Trop d’emplois sont supprimés en raison de longues maladies.

Il faut aussi intégrer le fait que bientôt une personne sur deux souffrira d’un cancer, ce qui va obliger les entreprises à intégrer ce fait dans leur mode de pensée et recrutement.

Action 2 :

Les anciens malades sont forts, très forts ! Ce sont donc des employés à considérer en priorité selon le poste à pourvoir. Leur risque de rechute est là, mais pas plus que la grossesse ou un départ prématuré ! LinkedIn a d’ailleurs un label qui permet d’identifier ces battants sur le marché du travail (Fightingcancer).

Action 3 :

Les gouvernements, les assurances et autres prescripteurs doivent faire leur travail de communication auprès des services RH afin qu’ils favorisent le dépistage, les contrôles médicaux réguliers et la communication si nécessaire avec les employés.