23 JUILLET 2019 Marylin Andrey

RENCONTRE AVEC MARYLIN

Qui es tu ?

Je m’appelle Marylin , j’ai 46 ans et je suis maman de 3 filles. J’habite en Ile de France.

Je travaille dans un organisme de formation pour adultes, l’AFPA. Je suis responsable de projets à la Direction des Certifications.

Lors d’une échographie de contrôle, le médecin a immédiatement repéré un problème sur mon sein gauche. De là, les choses sont allées très vite, j’avais plusieurs tumeurs et les tissus étaient complétement infectés. J’avais un squatteur très invasif et agressif.

J’étais en poste au moment du diagnostic et je me suis arrêtée quasiment immédiatement après l’annonce. J’avais plein d’examens à faire, je croulais sous les mauvaises nouvelles …. Et j’étais terrifiée !

Mon parcours « maladie et travail »  :

L’annonce :

Il faut savoir que je suis tombée malade alors que je venais de prendre ce nouveau poste depuis à peine un an.

J’ai choisi d’en parler tout de suite à mon travail, car j’ai été contrainte d’annuler et de me faire remplacer sur certaines interventions majeures, du fait d’examens à faire en urgence. En sortant du rendez-vous où ma vie bascule, j’ai appelé mon directeur et je lui ai annoncé. Je l’avais déjà tenu informé à chaque nouveau résultat.

Mes différents responsables ont été très touchés par ce qui m’arrivait. Directeurs et collègues ont tous été bienveillants. Mon remplacement a été co-organisé et j’ai pu accompagner ma remplaçante dans ses missions en organisant des rendez-vous physiques ou en conférence téléphonique.

J’ai bien conscience d’avoir la chance d’être dans une entreprise très humaine et d’avoir des supérieurs hiérarchiques formidables.

Les traitements :

J’ai arrêté de travailler dès l’annonce de la maladie, car j’étais dévastée. L’annonce a été hyper violente. Je n’arrivais plus à penser, je me focalisais sur la maladie. C’est comme si elle avait pris toute la place.

J’ai décidé de me préparer, comme le fait un boxeur avant un combat. Une alimentation équilibrée et 2 heures de sport tous les jours. Pour ce faire, j’ai choisi de m’arrêter.

J’ai gardé un lien avec mes supérieurs hiérarchiques mais aussi avec mon équipe et mes autres collègues.

A chaque rendez-vous avec un médecin (chirurgien, oncologue…) je leur faisais un bilan de ma situation, et je leur disais où j’en étais, comment je me sentais. J’ai choisi d’être très transparente. Ça leur a permis d’anticiper.

Pas de routine organisée, mais des déjeuners régulièrement avec certains et très souvent des petits mails, des messages pour se tenir au courant et donner des nouvelles et/ou des encouragements.

L’après :

Difficile de se projeter dans le travail après cette épreuve. C’était comme si l’hôpital était devenu ma nouvelle vie. Je n’arrivais pas à me projeter, j’avais peur de cette reprise, et puis un jour, j’ai eu le déclic, j’ai perdu une sœur de combat et je me suis dit qu’il fallait que la vie reprenne ses droits, que ce soit autre chose pour moi que les traitements, la maladie et la mort.

Ce qui a été facilitant pour moi, c’est d’avoir gardé le contact avec mes responsables et ma RRH. Il est primordial de rester en contact.

Pour organiser mon retour, j’ai contacté ma RRH en lui faisant part de mon souhait de retour. J’ai pris rendez-vous avec l’assistante sociale de la Sécurité Sociale, pour faire un point sur comment organiser mon retour. A la suite de cet entretien, j’ai fait ma visite de pré reprise avec le médecin du travail et j’avais envisagé la possibilité d’un temps partiel thérapeutique (rythme, jour, déplacements professionnels, home office …) avec mon directeur.

Il était important aussi pour moi de pouvoir continuer à faire du sport. C’est la chose qui me manque le plus aujourd’hui même si j’arrive à caser des séances au moins 4 fois par semaine.

Impossible pour moi de reprendre ma vie d’avant. Cette épreuve m’a transformée. Je sens de vraies limites physiques et intellectuelles. Difficultés de me concentrer, de mémoriser, fatigue physique et intellectuelle.

Avant le cancer, j’étais manager d’une équipe d’Ingénieurs de formation. Aujourd’hui, je ne me sens pas capable de gérer une équipe ou d’avoir trop de pression. J’en ai parlé avec mon directeur et ma RRH et nous nous sommes accordés sur un poste et des missions précises.

Aujourd’hui, je m’occupe de créer une formation digitale pour des responsables d’examen et je participe au très beau projet de la Validation des Acquis et de l’Expérience pour les réfugiés (primo arrivants). Je suis en mi-temps thérapeutique mais on s’accorde beaucoup de souplesse sur l’organisation.

Je suis très souvent des formations dans le cadre de MOOC pour parfaire ma culture professionnelle et comme pour me prouver que mon cerveau fonctionne encore correctement. Je me force à apprendre et à mémoriser. Je suis par contre plus à l’écoute de mon corps et je ne force plus.

Comme l’écrit Raphaëlle Giordano « ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une ».

Pour aider ceux qui  rencontrent la maladie pour la première fois, peux-tu nous confier ton conseil pour concilier maladie et travail ?

Garder le contact.

LE truc ou astuce qui t’a aidé ?

Etre le plus transparent possible.

L’adresse ou le lien qui t ‘a été le plus utile ?

ALLO Alex et l’assistante sociale de la CPAM.

Pour aider à faire progresser les entreprises sur la maladie au travail, peux-tu nous citer 3 actions qui te semblent utiles à mettre en place pour mieux concilier maladie et travail ?

Action 1 : un entretien avec le service RH et supérieur hiérarchique, pour rassurer le salarié qui revient.

Action 2 : Etudier ensemble les missions, le rythme de travail.

Action 3 : Faire confiance et généraliser le télétravail.