28 mai 2019 Sophie MOREAU

RENCONTRE AVEC SOPHIE

Qui es tu ?

Je m’appelle Sophie, j’ai 42 ans, suis pacsée, avec 2 garçons de 6 et 12 ans. J’habite à Moissac (82) et travaille sur Toulouse.

Je suis très dynamique, fonceuse, toujours occupée à 200% entre ma famille, les sorties entre amis, les concerts, le cinéma, les lectures, les voyages… Une hyperactive ! Avec un boulot auquel je consacre à minima 50 à 60h/semaine.

Mr Crabe, comme j’ai décidé de l’appeler, est arrivé dans ma vie en octobre 2017, pour mes 40 ans, la veille du départ au Sri Lanka avec homme et enfants…. A la suite d’un banal contrôle, après qu’on m’ait enlevé un adenofibrome bénin au sein droit, l’échographe a détecté une « nouvelle tâche ». Biopsie et verdict un vendredi 13 : cancer du sein, grade 2. On m’annonce tumorectomie puis radiothérapie. Malheureusement, une fois la chirurgie faite, le cancer s’avère plus invasif que prévu : la case chimio sera inévitable.

Je travaille dans le monde du bâtiment où j’ai dû faire mes preuves, me dépasser dans un monde masculin. J’ai toujours priorisé le travail au reste : annulation de vacances, travail pendant mes congés maternité, heures à rallonge soirs et week-end…. même en ayant 2 enfants !

Après 15 ans de salariat, j’ai décidé en 2015 de créer un bureau d’études, avec 2 associés rencontrés sur les chantiers. J’ai été soutenue par mon entourage dans ce projet fou même si j’ai aussi beaucoup entendu des : « tu es folle de quitter ton poste à responsabilité », « tu as 2 enfants et une maison à payer », et j’en passe…

Après 3 ans, nous nous sommes lancés et 2018 s’annonce l’année de la stabilisation de notre petite structure.

Mon cancer a fait basculer tout ça.

 Mon parcours « maladie et travail »  :

 L’annonce :

L’annonce s’est faite au téléphone : ma gynéco m’appelle en me disant « vos résultats sont arrivés, il faut passer au cabinet ». Pas besoin d’en dire plus, j’ai compris…

Je suis au bureau à ce moment-là : j’annonce la nouvelle à mon associé présent et pars faire les 80 km qui me séparent de mon domicile, déjà consciente de la nouvelle qui va m’être faite…

J’appelle mon conjoint sur la route… On se prépare…

La nouvelle se confirme une heure plus tard. Je pleure beaucoup : j’appelle ma mère, mes sœurs… et mes associés. Un choc pour eux comme pour moi!

Nous partons en famille au Sri Lanka le lendemain, comme prévu, et rentrons deux semaines plus tard pour démarrer le combat.

Mes associés ont été très de vrais piliers, très compréhensifs. Ils ne m’ont jamais mis la pression, m’ont laissée travailler quand je m’en sentais capable et gérer mes clients en direct. Ils n’ont pas divulgué d’informations sur ma santé quand ce n’était pas judicieux… Je n’aurais pu rêver mieux. Nous avons deux salariés à qui nous avons également expliqué la situation. Je sentais toute l’équipe derrière moi.

Les traitements :

Mon parcours médical a été : une tumorectomie, suivie de 4 mois de chimio, puis 2 mois de radiothérapie. J’ai toujours travaillé, parce que c’était important pour moi. Cette boite, je l’ai créée. Je me sentais responsable.

Et puis, je ne sais pas « ne pas travailler ». Ça fait partie de mon quotidien depuis tant d’années : j’ai toujours mélangé vie professionnelle et vie personnelle. Je n’ai pas de cloisonnement.

J’ai continué à travailler, même pendant la chimio. Je faisais plus de télétravail, déléguais plus qu’auparavant… Cela m’a appris à prioriser, à gérer les urgences, à arrêter de vouloir tout faire moi-même, à compter sur les autres…

Je venais régulièrement au bureau, dès que la chimio me le permettait. Mes associés me tenaient au courant de tout ce qui se passait. J’ai gardé le lien.

L’après :

J’ai repris à plein temps pendant la radiothérapie. J’avais réussi à avoir mon rendez-vous tous les jours à la même heure pour pouvoir gérer mon emploi du temps professionnel en fonction, caler les réunions, etc…

J’ai recommencé à participer aux réunions de chantier en Septembre, après les congés d’été : une joie incommensurable de remettre mes bottes et mon casque et de repartir au milieu de grues et du béton !

Au même moment, j’avais également arrêté de porter des foulards et assumais pleinement ma tête avec 1 cm de cheveux, fière du chemin parcouru, assumant les marques de la bataille.

Aujourd’hui, je suis sous hormonothérapie mais je vais bien.

Je travaille beaucoup, toujours, mais je fais plus attention : je me ménage des journées de télétravail, j’essaie de « calmer le jeu » quand je sens que je suis au bord de l’épuisement… Je prends des congés aussi régulièrement que possible pour profiter de ma famille, de mes enfants. Je mesure la chance de les voir grandir.

J’essaie d’apprendre à dire « non » quand cela est nécessaire et que ça ne remet pas en péril le bon fonctionnement de ma société. Je me ménage du temps pour faire du sport : je cours beaucoup alors que ce n’était pas le cas avant la maladie.

Je m’investis aussi dans un nouveau projet. Je suis devenue l’une des administratrices de CmyNEWme, créé par Luz, et y consacre beaucoup de temps et d’énergie, car cela me tient vraiment à cœur. Je me sens utile.

J’ai la sensation de devoir faire plus pour tous ceux et celles qui se battent au quotidien. CmyNEWme rassemble des témoignages de personnes qui ont traversé l’épreuve du cancer et se sont reconstruites après. Le but est d’offrir une bouffée d’optimisme et de positive attitude à ceux qui sont dans la période dure des traitements.

Pour aider ceux qui  rencontrent la maladie pour la première fois, peux-tu nous confier ton conseil pour concilier maladie et travail ?

Je pense que le plus important est de discuter, d’expliquer clairement ce qu’on est capable de faire ou pas avec les traitements, ce qu’on a envie de faire ou pas, pour trouver le meilleur compromis possible.

C’était sans doute plus simple pour moi que lorsqu’on doit justifier ses faits et gestes auprès d’une hiérarchie, mais je suis sûre que le dialogue permet beaucoup de choses.

LE truc ou astuce qui t’a aidé ?

Je me suis fait suivre par une art-thérapeute. Moi qui ne voulais pas entendre parler de psy, cela a été libérateur !

J’ai également continué à marcher et faire des footings, à allure modérée, pour me sentir bien, « maîtresse » de mon corps dans la limite du possible…

L’adresse ou le lien qui t ‘a été le plus utile ?

Un groupe fermé sur Facebook de partage de Trucs & Astuces sur la chimio.

J’ai rencontré de belles personnes. Ces amitiés virtuelles se sont concrétisées en rencontres réelles pour certaines ! Ce groupe m’a beaucoup aidée, physiquement et psychologiquement.

Pour aider à faire progresser les entreprises sur la maladie au travail, peux-tu nous citer 3 actions qui te semblent utiles à mettre en place pour mieux concilier maladie et travail ?

Garder le contact avec collègues, supérieurs et toute l’équipe même si arrêt complet pendant les traitements

Ne pas avoir peur de mentionner dans son CV que l’on s’est battu contre la maladie : c’est un atout, une force de caractère.

Pousser les entreprises à favoriser le télétravail en cas de maladie, si c’est le souhait de la personne concernée, pour éviter l’arrêt brutal de toute activité.