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RENCONTRE AVEC FANNY

Qui es tu ?

Je m’appelle Fanny, j’ai 25 ans et j’habite à Paris.

Un jour j’ai mis un t-shirt et … j’ai senti une bosse au-dessus de ma clavicule. Au bout de 3 mois de recherche, j’ai été diagnostiquée d’un lymphome de Hodgkin, stade 3.

A cette époque, je commençais mon Master 1 d’Epidémiologie à Bordeaux. Je suis revenue chez mes parents en région parisienne pour me faire soigner par 6 mois de chimiothérapie.

Le travail, pour moi, c’est m’épanouir tout en me mettant au service de la société.

 Mon parcours « maladie et travail »  :

 Les traitements :

J’avais choisi de me faire soigner à Paris, il était donc impossible pour moi de continuer d’assister aux cours en présentiel à l’université à Bordeaux.

Mais il m’était également impossible d’envisager d’arrêter mes études pendant ma maladie ! Je me sentais totalement capable de continuer à étudier en parallèle de mon traitement.

J’ai pris rendez-vous avec la directrice de mon Master qui m’a accompagnée avec une grande intelligence et sensibilité. Elle m’a expliqué que je pouvais décaler mon année si je le souhaitais, ce n’était pas un échec.

Cependant, je pouvais également opter pour la modalité «enseignement à distance » qui existait déjà, et rejoindre la promotion d’étudiants « à distance ». J’ai pu recevoir tous les supports de cours par mail et échanger avec mes enseignants et les autres étudiants par mail.

J’ai continué à me sentir parfaitement inclus dans la promotion. J’ai également bénéficié d’un tiers temps aux partiels que j’ai passé entre deux cures de chimiothérapie.

Au final, le seul obstacle était mon stage obligatoire de 3 mois. Je ne me voyais pas l’effectuer alors que j’étais en chimiothérapie. Je l’ai donc fait l’année suivante, ce qui fait que j’ai validé mon Master 1 en 2 ans au lieu d’un an.

Avec le recul, je suis très heureuse d’avoir continué mes études en même temps que mon traitement. Cela m’a tout simplement permis de m’occuper !

Mes activités sociales étant un peu limitées par la maladie, à la fois la fatigue et la crainte d’attraper une infection au contact de nombreuses personnes, en hiver de surcroit, je me serais beaucoup ennuyée sans mes études.

Je pense que cela a aussi joué sur ma vision de moi-même : j’avais une maladie et un traitement lourd, mais j’étais aussi étudiante, je n’étais pas réduite à ma maladie.

L’après :

J’ai fini mon traitement en juin 2015.

J’ai donc pu bénéficier de 2 mois de vacances avant de commencer mon stage de Master 1, à l’issu duquel j’ai voyagé à nouveau : mon premier voyage seule, en Argentine et au Brésil ! C’était un beau cadeau que je me faisais.

L’équipe enseignante m’a aussi conseillée dans mon choix de Master 2. Je l’ai fait à Paris… à distance également !

J’ai réalisé que j’aimais étudier seule chez moi, tout en réalisant les travaux pratiques en groupe et en gardant contact avec la promotion.

En étant ultra efficace et en supprimant les temps de trajet jusqu’à la fac, j’ai pu faire un service civique dans mon association en parallèle de mon Master 2 !

Cela fait 2 ans que je travaille. Oui, la maladie a fortement influencé ma vie professionnelle !

Tout d’abord, je pense que cette expérience m’a donné le courage de démissionner de mon premier travail : je travaillais 60 heures par semaine et je voyais bien que ce n’était pas bon pour mon corps. Ma santé est maintenant primordiale !

Ensuite, j’ai entrepris une formation de massage bien-être. J’ai en effet découvert au cours de mon traitement un certain nombre de thérapies hollistiques telles que acupuncture, naturopathie, hypnose, qui m’ont énormément soulagée des effets secondaires.

Cela m’a donné envie d’apprendre moi aussi un savoir-faire pour accompagner des personnes en recherche de davantage de bien-être. Un point d’attention : le massage n’est pas préconisé en cas de cancer.

Enfin, je suis actuellement rédactrice web pour deuxiemeavis.fr, une plateforme de santé permettant d’obtenir le second avis d’un médecin en cas de situation médicale complexe. J’écris des articles de blog sur des problématiques auxquelles sont confrontés les patients.

Je me rends compte à quel point mon expérience est précieuse et je suis heureuse de la mettre au service d’autres patients en espérant que cela puisse les aider. Aucune formation n’a pu m’apprendre ce que je sais sur la maladie : seule l’expérience a pu me donner cette expertise.

Sur un plan plus personnel, oui la maladie a révélé une force insoupçonnée chez moi. Elle a changé ma vision de la vie, j’ai moins peur en général et de la maladie en particulier. Elle a resserré mes liens familiaux et amicaux.

Je suis heureuse d’avoir transformé cette épreuve en une expérience enrichissante et positive.

Quel serait LE conseil que tu donnerais à ceux qui  rencontrent la maladie pour la première fois pour concilier maladie et travail  ?

Ne te dis pas que c’est impossible avant d’avoir essayé.

LE truc ou astuce qui t’a aidé ?

J’ai pris le temps de bien comprendre comment j’allais pouvoir organiser mon année d’étude avant d’entreprendre quoi que ce soit.

Je me suis assurée que ce que j’imaginais était réalisable :Est-ce que mes dates de partiels collaient avec mes dates de chimiothérapie ? Pourrais-je aller aux rattrapages si besoin ? Comment pourrais-je réaliser les travaux de groupe ? Comment pourrais-je trouver de l’aide si j’en avais besoin ?

L’adresse ou le lien qui t ‘a été le plus utile ?

Aucun je crois, j’ai davantage discuté avec des personnes en physique que cherché des ressources sur internet.

Pour aider à faire progresser les entreprises sur la maladie au travail, peux-tu nous citer 3 actions qui te semblent utiles à mettre en place pour mieux concilier maladie et travail ?  1

1 : Informer les employés de leurs droits et devoirs envers l’entreprise en cas de maladie, dès leur embauche.

2 : Encadrer légalement toutes les promesses ou décisions prises entre la personne malade et son employeur

3 : Libérer la parole entre la personne malade et son employé afin que chacun se sente en mesure d’adapter le cadre du travail en fonction de l’évolution du traitement.