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RENCONTRE AVEC FREDERIQUE

Je m’appelle Frédérique et j’ai 51 ans.

Je suis maman de deux superbes enfants (ma maladie me l’a encore prouvée, ils sont extra !). Une fille de 24 ans qui vit et travaille dans le tourisme à 10 000 km et un garçon de 18 ans qui vient de rentrer en études supérieures d’hôtellerie, il vit avec moi.

Je suis séparée de leur papa, qui s’est montré également très présent dans mon parcours. J’ai un ami, que pour le meilleur ; on ne vit pas ensemble.

Août 2017 : Une petite boule au sein droit. J’en parle à mon gynéco lors d’une visite de contrôle ; « Non, c’est rien, me dit il… » J’ai confiance, je le crois.

Octobre 2017 : La boule a grossit. Je vais voir mon généraliste car j’ai mal au dos. Je lui en parle. « Par contrôle, on va faire une mammographie »… Mammo, écho, biopsie le 14 novembre.

Le 30 novembre matin : Je signe l’achat d’une maison.

Le 30 novembre après-midi : J’apprends que j’ai un cancer au sein droit.

La terre s’écroule… les événements se succèdent les uns après les autres : tuméroctomie (le 27/01 : Joyeux 50 ans !!!), ganglions sains, pas de métastase, cancer infiltrant, ablation préconisé par le chirurgien, ce même chirurgien après réflexion me préconise une demi ablation… j’en consulte un second, l’ablation n’est pas requise dans mon cas. 12 séances de chimio, 35 séances de radiothérapie (+3 de cadrage).

En novembre 2017, je travaille au ministère des finances,je suis acheteur public, cadre fonctionnaire.

Depuis début octobre 2017, je me suis mise en recherche pour changer de poste et j’ai eu un entretien qui s’est très bien passé avec la mairie de Garges-Lès-Gonesse pour un poste d’acheteur public expert. Gain de qualité de vie assuré.

Mi novembre, j’apprends qu’ils ont retenu ma candidature. Que faire ?… Je vais jouer la carte de l’honnêteté.

Vers 40 ans, j’ai repris mes études pour pouvoir évoluer professionnellement. J’ai bossé très dur pour atteindre le poste que j’occupe aujourd’hui.

J’aime la vie et  j’aime travailler. Mon statut professionnel est une de mes victoires de vie. Travailler est aujourd’hui pour moi une nécessité.

 Mon parcours « maladie et travail »  :

 L’annonce :

Au ministère des finances :

Mon N+1 s’est montré très compréhensif, en me disant qu’il fallait que je fasse ce qui était nécessaire pour moi. Par la suite, il a validé toutes mes demandes.

Les RH, m’ont immédiatement incité à me mettre en longue maladie, ce que j’ai refusé car cela me faisait perdre mes primes d’activité (soit 1/3 de mon salaire). J’ai dû faire mes propres calculs pour ne pas dépasser les 90 jours de maladie ordinaire.

Je n’ai reçu ni aide, ni soutien du bureau des RH.

Mon N+2 s’est montré assez désagréable dès l’annonce de la maladie. Aucune évaluation des conséquences, aucune organisation spécifique.

A la mairie de Garges-Lès-Gonesse :

Le 02 décembre, j’ai contacté la DRH pour annoncer que je retirais ma candidature car je venais d’apprendre que j’étais atteinte d’un cancer du sein…

Embarrassante surprise, gène qui impose le silence… mais on va se tenir au courant…

Le lendemain matin, appel de la mairie : « La direction a décidé de reculer son recrutement pour vous avoir dans l’équipe de la Direction des achats publics… ».

Comme un fait exprès, mon N+2 au ministère me convoque, ce même jour, et me dit que les objectifs de mon équipe restent inchangés malgré ma maladie…

Ma décision est prise, je vais intégrer la mairie de Garges.

Au fur et à mesure des informations reçues JE décide début avril, de quitter le Ministère fin juin pour intégrer la mairie le 1er juillet. La direction de la Mairie de Garges-Lès-Gonesse valide cette demande.

Les traitements :

Financièrement, je ne pouvais pas me mettre en longue maladie et psychologiquement j’avais besoin de travailler.

J’ai eu 12 chimios, une toute les deux semaines, toujours le mercredi. Donc, lorsque j’avais une chimio je m’arrêtais jusqu’au lundi suivant, puis je travaillais une semaine.

Les transports (2 h 15 par jour + grèves importantes au printemps 2018), plus le travail, c’était extrêmement difficile.

Avec le recul je pense que ce n’était pas raisonnable mais je pense aussi que j’avais besoin de me prouver que je pouvais toujours travailler malgré la maladie. J’avais besoin de travailler pour avancer.

Mes collègues se sont montrés compatissants face à mes absences et je crois que ma maladie a resserré l’équipe.

J’ai donc jonglé entre congés de maladie ordinaire et congés payés pour faire face à la fatigue et aux effets secondaires de la chimio. C’était difficile, vraiment. Mais mon psychique en avait besoin. J’ai fait ce qui me semblait être le meilleur pour toute ma personne.

Dernière chimio le 27 juin (déménagement le 23, suite à mon achat signé le 30 novembre…pfff…)

Nouveau job le 02 juillet…. Début de radiothérapie quotidienne le 16 juillet.

Je demande à ma direction de pouvoir mettre en place un congé de maladie ordinaire fractionné en heure. C’est accepté, chaque jour j’ai une heure pour pouvoir suivre mon traitement.

Début août, moral bas. Je m’arrête une semaine.

J’ai eu ma dernière radiothérapie le 12 septembre. C’était vraiment très long ce cycle de radiothérapie, j’avais l’impression que cela n’en finirai jamais… mais c’est enfin terminé.

Le 17 septembre, j’ai eu un RDV avec mon oncologue qui m’a confirmé que mon protocole était terminé. Le bonheur m’envahit, la vie peut reprendre de plus belle.

J’exprime tout de même quelques inquiétudes à mon médecin, récidive, un autre cancer, pourquoi ai-je toujours mon cathéter ??…. Pour me rassurer, mon médecin me propose de faire en novembre un scanner (même si à ce stade elle n’en préconise pas habituellement), une prise de sang complète, et d’enlever le cathéter. Elle est confiante sur le traitement, et me rassure.

L’après :

D’un point de vu professionnel, je n’ai pas vécu « d’après », puisqu’il n’y a pas eu de « pendant ».

Je continue à travailler comme avant et pendant. J’ai des projets mais ni plus ni moins qu’avant ma maladie. J’aime mon travail, mon travail est toujours important mais j’ai envie de donner aussi ailleurs. C’est ma vie personnelle qui à changé car aujourd’hui je souhaite aider les autres, m’investir ailleurs.

Cela a été le premier octobre rose que j’ai traversé… avant c’était octobre, tout simplement !

Je pense m’investir dans l’association « vivre comme avant » car il me semble que toutes les femmes atteintes d’un cancer du sein n’ont peut-être pas la chance de disposer des mêmes ressources que moi. Certaines ont sûrement besoin d’être écoutées et soutenues, puisque cette association existe, alors j’aimerai pouvoir les aider. Visiter, écouter, partager.

Quel serait LE conseil que tu donnerais  aux personnes qui rencontrent la maladie pour la première fois pour concilier maladie et travail?

Toutes les douleurs passent. Celles imposées par ce foutu cancer passeront aussi.

LE truc ou astuce qui t’a aidé ?

Je traversais un cancer…

Je ne me suis jamais considérée comme malade. Ce n’était pas par déni mais pour mieux résister.

L’adresse ou le lien qui t ‘a été le plus utile ?

J’ai cherché très peu d’information sur internet pendant ma maladie, je ne voulais pas me « polluer » d’images ou d’avis néfastes.

Mais aujourd’hui je suis active sur les réseaux sociaux pour partager des informations et transmettre un message d’espoir pour celles qui en ont besoin.

Pour aider à faire progresser les entreprises sur la maladie au travail, peux-tu nous citer 3 actions qui te semblent utiles à mettre en place pour mieux concilier maladie et travail ?

Manque de connaissance de la part des personnes travaillant en RH sur la « longue maladie » et les arrêts envisageables. Nécessité de formation.

Chacun vit sa maladie à sa façon. Ecouter les besoins du salarié malade (souhait de rester actif, besoin de se reposer ou incapacité à travailler), proposer aux personnes malades toutes les solutions existantes, sans forcément inciter à l’arrêt de longue durée à temps plein.

Pour les postes le permettant, favoriser le télétravail en temps plein ou en temps partiel.