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RENCONTRE AVEC CAMILLE

Qui es tu ?

J’habite à Montréal au Canada, mais je suis originaire de Lille et j’ai 29 ans.

Quel est ton métier ?

Je suis photographe, vidéaste. Je m’investis principalement dans des projets qui portent un engagement, des revendications ou une forme de poésie.

Depuis combien de temps l’exerces tu ?

Depuis bientôt 4 ans.

Pourquoi l’as-tu choisi ?

J’ai voyagé en France et dans divers pays. J’ai appris beaucoup et me suis construite sur ces voyages.

J’ai connu et vu beaucoup d’injustices qui m’ont données envie d’agir. J’ai toujours eu une sensibilité particulière pour l’image et sa symbolique.

J’ai donc repris mes études dans le domaine de l’audiovisuel pour acquérir autant de connaissances que possible.

J’ai l’intime conviction que l’art et la culture ont le pouvoir de faire évoluer les préjugés, les perceptions et représentations que l’on se fait de ce qui nous entoure.

Quel est ton lien avec la maladie ?

Ma mère a eu un cancer du sein lorsque j’avais 18 ans. J’ai vécu la maladie de manière indirecte certes, mais mon quotidien et mes interactions aux autres ont changé d’un jour à l’autre.

Comment accompagnes tu les malades ?

J’ai développé un projet nommé « Reprendriez-vous bien un peu de thé ? » après avoir initialement pris mes parents en photo dans le cadre du concours « Estée Lauder Pink Ribbon » en 2015.

Mon objectif était d’entamer une réflexion, des discussions autour de l’après cancer.

Je me suis intéressée à la représentation que l’on se fait des malades, au sens plus large des hommes et des femmes et à la perception que ces personnes ont d’elle-même, guidées par les stéréotypes ancrés dans nos mémoires.

Je souhaitais travailler sur la quête d’une identité parfois perdue, sur la réappropriation physique et psychologique.

Il m’a semblé intéressant d’illustrer les rapports que chacun avait avec ses proches. Tantôt en utilisant l’absurde, tantôt l’onirisme.

Représenter des scènes du quotidien en essayant de garder une forme de justesse, de fidélité par rapport à leur réalité, à ce qui est précieux pour eux.

Les personnes malades ne sont pas juste une maladie, elles restent des personnes à part entière avec des désirs, des peurs, des colères… On a tendance à faire des raccourcis parfois, peut-être pour tenter de se protéger.

Quelles actions concrètes sont mises en place pour accompagner les malades ?

Ma démarche a été de les rencontrer, de les enregistrer, j’ai partagé leur quotidien, parfois dormi chez eux.

J’ai ensuite retranscris des fragments de conversations et leur ai proposé des mises en scène.

Ce projet navigue donc entre documentaire et mise en scène. Le but était de mettre en lumière les contraintes, traumatismes auxquels chacun devait faire face, je pense par exemple aux préjugés auxquels un homme atteint d’un cancer du sein doit faire face, la reprise du travail après un cancer, les relations sexuelles transformées qui mènent parfois à une séparation ou encore la communication avec son enfant ou son conjoint/e ou encore la façon dont on vit avec un cancer qui devient chronique.

Rencontres tu des difficultés et lesquelles ?

Il faut être prêt à recevoir l’histoire de chacun avec un certain recul. Ne pas transformer leur histoire, être le plus fidèle possible, c’est une énorme difficulté car au final, on est tous toujours guidé par notre propre histoire.

D’un point de vue plus technique et budgétaire, la mise en place et l’organisation des séances photos furent un réel défi parfois. J’ai cependant eu la chance d’être soutenue et aidée.

Ta vie professionnelle a-t-elle un impact sur ta vie personnelle ?

Ma vie professionnelle est extrêmement liée à ma vie personnelle. Tout ce que j’entreprends a un impact direct sur ma vie puisque je m’engage à 100% dans ce que je fais, ça fait partie du travail documentaire.

Quels conseils/trucs ou astuces donnerais tu aux malades pour concilier maladie et travail ?

Je n’ai pas de conseil à donner….  si ce n’est celui de s’écouter.

Quels conseils donnerais tu aux Entreprises pour concilier maladie et travail ?

Il est nécessaire de replacer l’humain au cœur du travail.

L’être humain ne doit pas être seulement vu comme un apport économique et financier. Notre société capitaliste veut que l’on ne pense qu’en terme de revenu et chiffre d’affaire.

Il faut arrêter de considérer une personne malade comme à 50% de ses ressources habituelles. Je pense au contraire que l’homme a cette capacité de régénération, de se réinventer et de palier ses faiblesses.

C’est à l’entreprise de s’adapter, car il existe des solutions comme par exemple le télétravail.

Quelque chose à rajouter ?

Ce travail a reçu le prix coup de cœur de la bourse du talent 2018 – Ce prix donne lieu à une exposition à la bibliothèque nationale de France, qui s’est tenue jusqu’en Mars, et à la maison de la photographie de Lille en Juin prochain.