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RENCONTRE AVEC NATHALIE

Qui es-tu ?

Avant tout je tiens à te remercier de me donner la parole. Je m’appelle Nathalie Cunin, j’ai 48 ans, je suis mariée et j’ai 3 enfants. J’habite Paris et j’ai fondé et dirige une société médicale.

J’ai eu en 2014, à l’âge de 42 ans, comme 1 femme sur 8,  un cancer du sein de grade 3, jusque là et au regard de l’incidence du nombre de cancers du sein qui flambe depuis une dizaine d’années, mon histoire est presque banale (l’OMS annonce +70% de cancers sur les 20 prochaines années).

Cependant lors de « l’annonce « , j’occupais un poste de Direction au sein d’une grande entreprise Japonaise, et j’ai souhaité vivre ma maladie différemment, différemment de ma grand mère et de ma mère, différemment des femmes que j’avais lues en témoignage.

J’ai réussi à faire de cette maladie une parenthèse dans ma vie, et donc à poursuivre normalement mes activités professionnelles, sociales et sportives. J’ai donc intégré les opérations, la chimiothérapie, les rayons et les rendez vous médicaux dans ma vie, sans leur laisser plus de place que cela.

Mais en gardant le contrôle de chaque étape.

 Ton parcours « maladie et travail »:

L’annonce : as-tu choisi d’en parler au travail ?

Le travail pour moi est salutaire et Mon choix a donc été de ne pas en parler au travail, en dehors de très proches collaborateurs que je savais hermétiques. Pour aller plus loin, même mes enfants n’en n’ont pas été informés.

Ma motivation était principalement de ne pas avoir à subir l’effet miroir, à savoir la projection des craintes des uns et des autres face à la maladie qui souvent débouche sur des maladresses verbales et comportementales, voir même sur de l’indélicatesse.

Mais je souhaitais également ne pas donner de moi une image affaiblie qui aurait pu me porter préjudice au regard du poste de Direction que j’occupais et qui aurait pu impacter ma carrière professionnelle.

Et pour terminer, je suis une droguée de travail, je fonctionne à l’adrénaline (j’ai même du mal à lever le pied pendant mes congés !), j’aime être dans le mouvement, dans l’action, j’adore réfléchir à l’élaboration et à la construction de business, j’en tire une énergie folle.

Autant de raisons qui m’ont incitée sans l’ombre d’un doute à cacher ma maladie, ce que je n’ai absolument jamais regretté. Continuer à fonctionner dans le sens de la marche sans donner plus de place que cela à la maladie, continuer à vivre en lui interdisant de m’encombrer.

A qui ? Quelles ont été les réactions ?

J’ai donc réuni une poignée de collaborateurs les plus proches et je leur ai calmement expliqué les étapes par lesquelles j’allais passer sur les 9 à 10 prochains mois.

Quelles ont été leurs réactions ? tout d’abord une grande surprise… Et oui le cancer est invisible et souvent asymptomatique…

Puis une grande solidarité s’est naturellement installée, je me sais très chanceuse.

Avez-vous évalué les conséquences de ta maladie  pour toi,  mais aussi pour l’équipe ou pour l’entreprise ? Avez-vous mis en place une organisation spécifique ? 

L’évaluation des conséquences de la maladie et de son impact est une obligation afin de s’assurer du bon fonctionnement de l’activité et de ne pas créer de zones de turbulences pour les uns et les autres.

J’ai donc planifié au plus juste l’ensemble de mon parcours médical, à savoir :

Trouver et m’entourer des meilleurs spécialistes afin de gagner du temps dans mon parcours de soins (Chirurgien, radiologue, radiothérapeute, oncologue, kiné, ostéopathe, nutritionniste…)

Effectuer ma chirurgie pendant ma semaine de congés.

Planifier mes séances de chimiothérapie les vendredis matins, veille de week-end, car si trop d’effets secondaires invalidants, j’avais le week-end pour me remettre et ainsi être sur pieds le lundi. De plus je n’étais ainsi pas absente de mon travail, mon secret était bien gardé 😉

Trouver un centre de radiothérapie à la pointe, qui puisse me permettre de programmer sur créneaux horaires mes séances de radiothérapies, 35 séances au total. A savoir tous les jours ouvrés à 8 h 40, après la dépose à l’école et avant l’arrivée à mon bureau.

Les traitements :

J’ai effectivement continué à travailler sans interruption, en trouvant des solutions médicales et/ou paramédicales pour gérer au mieux les effets secondaires de la chimiothérapie.

Une fois de plus c’était mon choix, j’aurais très bien pu m’arrêter le temps des traitements comme certains l’on fait dans mon entourage professionnel.

Je ne voulais qu’une chose : que cette maladie soit une parenthèse la plus courte possible dans ma vie.

J’ai traversé ces 9 mois tel un bulldozer, en faisant confiance à mon corps que j’avais renforcé depuis de nombreuses années à coup de longues séances de sport, je savais que si ma tête restait en alerte et non focussée sur mon cancer, mon corps ne me trahirait pas, et en effet il a été mon plus grand allié.

Est ce que j’ai mis des routines en place ? je déteste la routine ;-), j’aime l’action et l’imprévu, j’aime et je me régale des différences, donc non pas de routine, plutôt des « dates  » avec mon époux, chaque soir qui a suivi ma séance de chimio, nous sommes allés fêter cela au restaurant, c’était une de moins à chaque fois, une réjouissance. J’avançais dans le traitement et je remerciais cette chimio qui aidait mon corps à éradiquer la maladie.

Pour le reste, ma vie déjà bien remplie à la base n’avait pas changée et je lui interdisais de changer.

L’après :

J’ai toujours pris tout ce qui m’arrivait dans ma vie comme l’occasion d’ouvrir une porte sur autre chose, et comme je suis très gourmande de nouveautés, pour mon cancer cela a été la même chose…

J’ai commencé dès le début de mon problème de santé à réfléchir comment vivre au mieux ma maladie, ne pas être spectatrice mais actrice, m’informer pour maîtriser et faire les bons choix. J’ai cherché des nuits entières et j’ai trouvé des solutions pour me tenir debout et cacher les stigmates de ma maladie et cela a merveilleusement fonctionné.

C’est à ce moment précisément et suite aux différents écueils que j’avais réussis à éviter, à ce que j’avais observé dans les salles d’attente des hôpitaux, etc… que le projet de monter mon organisation médicale COS a commencé à germer dans mon esprit.

J’ai été fortement encouragée et épaulée à l’époque par le Professeur & Chercheur Thomas Tursz (ancien Directeur Général de l’Institut Gustave Roussy), qui a d’ailleurs consulté la dernière année de sa vie au sein de COS.

L’évidence s’est présentée à moi de créer une organisation pointue basée sur l’excellence médicale et paramédicale. Nous prenons en charge les patients à n’importe quel moment et/ou stade de la maladie afin de les aider à la vivre différemment, penser vie et non pas maladie. Cela passe par un plan de santé hyper personnalisé en s’appuyant sur les meilleurs spécialistes dans leur domaine.

COS a été ouvert en Février 2017 et depuis nous vivons une magnifique aventure en France mais aussi à l’étranger, notamment en Russie où j’ai fait l’objet de nombreux articles de Presse et de Une de magazines santé.

Depuis quelques mois nous allons au-delà du cancer et proposons à nos patients un large panel médical (pédiatrie, cardiologie, ORL, gynécologie, génétique, stomatologie, neurologie, orthopédie, réhabilitation, etc…). Nous nous appuyons sur les meilleurs spécialistes médicaux et paramédicaux dans leur domaine. J’ai même mis un lexique médical en ligne sur le Site de COS afin de rendre intelligible le discours médical et permettre ainsi aux malades d’avoir le meilleur niveau de compréhension lors de leurs rdv médicaux.

Le nombre de patients étrangers que j’adresse à des spécialistes médicaux ne fait que croître et j’en suis heureuse.  Je suis en Russie tous les trimestres, j’y rencontre et signe avec les plus grandes compagnies d’assurance médicale, je prends la parole dans des colloques ou des workshops pour promouvoir la médecine Française totalement inconnue dans ce pays, je fais beaucoup d’interviews dans des magazines de santé Russes et y cite nos plus grands hôpitaux et instituts, je suis très active dans la communication.

En résumé, ce cancer du sein m’a permis de créer un nouveau métier, de mettre mon expérience au service des autres, de canaliser positivement mon énergie et de me réaliser pleinement sur le plan professionnel. De cette maladie je ne garde pas de mauvais souvenir, au contraire, j’en ai tiré de la sagesse, de la compassion et une meilleure connaissance d’autrui.

Pour aider ceux qui  rencontrent la maladie pour la première fois, peux-tu nous confier tes 3 trucs pour concilier maladie et travail ?

1) Avoir confiance en ses capacités et ne pas se laisser à penser que l’on ne va plus être capable de travailler.

2) S’écouter et Savoir s’aménager des temps « calmes » quand le corps est fatigué.

3) En dire le moins possible sur son état de santé et ses états d’âme, cela ne regarde que vous et absolument pas votre entourage professionnel. Vous éviterez ainsi l’image éternelle qui même une fois guérie reste le ou la cancéreuse.

Quel serait LE conseil que tu leur donnerais ?

Mon premier conseil serait de poursuivre si possible une activité professionnelle, ceci diminue l’auto centrage et permet de continuer à stimuler la mobilité. Et surtout, surtout de ne pas se laisser influencer par des conseils bien intentionnés mais non avisés.

LE truc ou astuce qui t’a aidé ?

Ce sont une association de compétences médicales et paramédicales qui m’ont aidé, quelques exemples :

Effectuer un choix scrupuleux de mes soignants, je ne voulais pas de l’approximatif mais de l’excellence dans le savoir-faire , et cela ne veut surtout pas dire des supers stars qui passent à la TV mais des professionnels qui ont su faire avancer leur métier avec de vraies innovations au service de la maladie et des patients.

Me documenter sérieusement via des articles médicaux, afin de bien comprendre ma maladie, ses mécanismes et la raison des traitements qui me sont proposés, ceci afin de mettre en place en amont toutes les aides efficaces.

A savoir, le kiné spécialisé dans l’après chirurgie du sein, l’ostéopathe spécialisé en oncologie, le super Médecin acupuncteur spécialisé en oncologie qui va me stabiliser à chaque chimio, les produits cosmétiques et prothèses capillaires qui rendront le meilleur effet, le sport qui m’aidera à conserver ma masse musculaire et à affaisser les effets secondaires, le régime alimentaire le plus adapté ….

Je pourrais continuer ainsi à t’énumérer tout ce qui m’a aidé mais l’article serait alors très très long !