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RENCONTRE AVEC VALERIE

Qui es-tu ?

Bonjour, je m’appelle Valérie Sugg, j’ai 54 ans, je vis en région lyonnaise en famille, à la campagne.

Quel est ton métier ?

J’ai d’abord été conseil en communication pour de grosses entreprises, puis j’ai choisi de reprendre des études pour devenir psychologue et enfin je me consacre actuellement à l’écriture.

Depuis combien de temps l’exerces-tu ?

J’ai donc exercé pendant vingt ans en tant que psychologue dans un service de cancérologie en milieu hospitalier. Je suis actuellement en disponibilité pour prendre un peu de recul mais aussi me consacrer à l’écriture de livres sur le cancer et le domaine de la santé.

Pourquoi l’as-tu choisi ?

Après avoir été dans le monde de la communication pendant dix ans,  un univers où tout va si vite, j’ai ressenti le besoin de donner un sens autre à ma vie que de créer des événements, faire des relations presse pour des sociétés industrielles. Du coup, étant depuis toujours passionnée par le fonctionnement de l’être humain, sensible aux souffrances des autres, j’ai décidé de changer de vie et donc de travailler tout en reprenant mes études, afin d’opter pour une profession plus en accord avec ce que j’étais devenue.

Et effectivement, travailler auprès de personnes malades, de leurs proches, au sein d’une équipe médicale, a été un enrichissement au quotidien.

Quel est ton lien avec la maladie ?

En tant que psychologue, j’ai accompagné à peu près 17.000 personnes malades et leurs proches, bon nombre jusqu’à la fin des traitements et la rémission, mais aussi certains en fin de vie et jusqu’à leur dernier souffle.

J’ai donc été à l’écoute de ce que chacun pouvait exprimer sur ce qu’il était en train de vivre, partageant ainsi une compréhension de ce qu’ils vivaient.

Comment accompagnes-tu les malades ?

Je l’ai fait pendant vingt ans, au quotidien. Je crois qu’une psychologue ne doit pas attendre que les personnes viennent taper à sa porte dans un service de cancérologie, mais aller au-devant des personnes malades qui n’osent souvent pas faire appel à une psychologue.

Il est important de se rendre disponible, de ne surtout pas juger mais accompagner le cheminement de la personne.

C’est difficile d’expliquer comment j’accompagne les personnes malades parce que cela dépend de chacune, de chacun. Certains ont besoin d’entretiens assis dans mon bureau, d’autres de façon plus informelle, dans leur chambre, en marchant dans un couloir etc…

Il n’y a pas de règle, que des exceptions parce que je considère aussi que chacun est un être exceptionnel et que j’ai beaucoup d’admiration pour toutes ces personnes.

Quelles actions concrètes sont mises en place pour accompagner les malades ?

Comme je vous l’ai dit, une psychologue, de mon point de vue, doit s’adapter à chaque demande.

Le vécu du cancer fait que bon nombre de personnes vont avoir besoin de parler de ce que l’annonce de la maladie grave leur a fait vivre, mais aussi de toutes  les répercussions que cela a pu avoir sur les différents aspects de leur vie (intime, familiale, sociale, amicale etc…) et donc de tout cela que cela change pour leur présent mais aussi leur avenir.

De plus, l’émergence du cancer, fait parfois revenir à la conscience des problématiques du passé et certains ont besoin de mettre des mots sur ces maux, pour s’en libérer, enfin. C’est donc en entretien, de façon formelle ou pas, que les échanges se font.

Rencontres tu des difficultés et lesquelles ?

Je dirai que c’est essentiellement l’image des psychologues que nous devons améliorer et c’est entre autre pour cette raison que j’ai écrit « Cancer : l’accompagnement » Ed Kawa, pour expliquer ce que fait une psychologue au quotidien.

Encore beaucoup de personnes associent injustement psychologue et folie, comme s’il fallait être fou ou avoir une pathologie lourde pour consulter.

En fait, voir une psychologue est beaucoup plus simple que cela. Par exemple, si ma voiture fait un bruit bizarre je l’emmène chez le garagiste pour qu’il la répare et bien aller voir une psychologue c’est un peu la même chose sauf que c’est l’âme  qui fait un « bruit » bizarre qui demande à comprendre et à sortir des souffrances que cela provoque.

Il n’y a pas de honte à rencontrer une psychologue, au contraire, c’est courageux d’aller se poser et réfléchir sur ce que l’on est et surtout trouver ses solutions pour sortir de ses difficultés, car c’est possible.

Ta vie professionnelle a-t-elle un impact sur ta vie personnelle ?

Comment dire non quand on accompagne des êtres  qui vivent de telles épreuves, comment rester insensible à leurs vécus, leurs douleurs, leur devenir parfois.

Je vous mentirais si je vous disais que je n’y pense pas une fois la porte de mon bureau refermée, c’est faux. Mais du coup, j’ai une supervision c’est-à-dire que je vais régulièrement chez une autre psychologue pour, moi aussi, mettre des mots sur ce que ce travail me fait vivre, de ces émotions si fortes parfois que je contiens devant eux et que je peux laisser se déverser devant ma collègue, pour mieux ensuite retourner écouter ceux qui en ont besoin.

Quels conseils/trucs ou astuces donnerais tu aux malades pour concilier maladie et travail ?

Des conseils me sembleraient bien présomptueux car dans notre société qui laisse peu de place aux relations humaines et à la compassion, les personnes malades ou après traitement qui reprennent leur travail ne sont pas aidées, les postes sont rarement adaptés.

C’est plutôt : « si tu es revenu(e) c’est que tout va bien donc tu dois être aussi rentable que les autres », voilà à quoi sont confrontées les personnes malades qui travaillent durant leurs traitements et celles qui y retournent après la fin des traitements.

Je crois que chacun doit être à son écoute, essayer de définir ce qui est bon pour lui et agir en fonction aussi de ce que financièrement cela lui laisse comme marge. Soyons clairs, le plus souvent, si les personnes travaillent pendant leurs traitements ou même tout juste après c’est qu’elles en ont besoin pour vivre, nourrir leur famille, la plupart n’ont pas le choix (notamment les travailleurs indépendants) et quelques-uns continuent de travailler parce que cela leur évite de trop penser à la maladie, de se sentir malades.

Dans la mesure du possible et si la personne ne se sent pas coupable de le faire (la culpabilité est hélas souvent présente) je recommande à chacun de prendre son temps avant de reprendre le travail si c’est possible et sinon, de s’aménager le plus possible de pauses, d’essayer que l’environnement familial aide plus pour faciliter le repos en dehors du travail, mais rien n’est simple!

Quels conseils donnerais tu aux Entreprises pour concilier maladie et travail ?

Il y aurait beaucoup à dire et je crois qu’une information auprès des entreprises sur le travail des personnes malades en cours de traitement ou après la fin des traitements serait indispensable pour qu’ils comprennent que ces combattants luttent contre la maladie, tentent de travailler au mieux mais qu’il est physiquement impossible d’être à 100 % donc pas la peine de les culpabiliser, de leur mettre la pression parce que les conséquences sont pires et la perte de confiance que cela provoque est encore plus déstabilisante.

Donc plutôt essayer de discuter avec la personne pour voir comment il est possible d’aménager son temps de travail, son poste etc… mais dans une société d’hyper rentabilité, cela finit plus souvent par un licenciement que par plus d’humanité et de considération pour ces combattants qui font pourtant tout pour répondre aux attentes de tous.

Quelque chose à rajouter ?

Je voudrais juste rappeler que j’ai beaucoup d’admiration pour les personnes malades, pour le courage qu’ils ont de faire face, comme chacun le peut, à cette épreuve si particulière qu’est le cancer, et que je trouve chacun exceptionnel, quelle que soit sa façon de réagir face à la maladie, car il n’existe pas une seule bonne façon d’y faire face mais autant que d’êtres humains et chacun fait ce qu’il peut.

Valérie Sugg, psycho-oncologue et auteure de « Cancer : sans tabou ni trompette », « L’hôpital : sans tabou ni trompette, soignés et soignants en souffrance » et « Cancer : l’accompagnement », les trois publiés aux Editions Kawa.