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RENCONTRE AVEC SANDRINE

Qui es tu ?

Je suis Sandrine. J’ai 47 ans et 2 enfants Laura et Lucie.

J’ai senti une boule sous mon sein complètement par hasard fin juin 2017.

Comme j’ai des antécédents familiaux liés au cancer du sein (mon grand-père paternel et ma maman), j’ai rapidement consulté ma gynécologue qui m’a dirigée vers l’hôpital.

Une mammographie, une écho et une biopsie ont été faites début juillet, avant mon départ en vacances. Les résultats de la biopsie sont arrivés pendant mes congés. Je suis allée les chercher à mon retour, juste avant de reprendre le travail : cancer du sein triple négatif. Le lendemain, je fêtais mes 46 ans !

Mon parcours « maladie et travail »  :

 L’annonce :

J’ai immédiatement informé mes collègues et supérieurs des résultats qu’on venait de m’annoncer. J’ai toujours eu de bonnes relations avec eux. Je n’avais pas du tout envie de le leur cacher.

Je pensais qu’on me soutiendrait quelques mois, mais qu’on finirait par penser de moins en moins à moi, parce qu’avec le temps on oublie les absents.

Pas du tout en fait! Ils ont été présents tout le long de la maladie et ils ont été d’un grand soutien psychologique.

Je n’ai jamais senti ni de pression pour que je revienne, ni d’appréhension de me voir revenir quand il a fallu que je revienne.

Les traitements :

Je n’ai pas continué à travailler pendant mes traitements.

Lorsque j’ai appris que j’avais un cancer triple négatif, le protocole a été vite mis en place : chimio, mastectomie et radiothérapie.

La tumeur grossissait rapidement, elle avait pris 4 cm en 1 mois et mesurait 5,5 cm début août. Il fallait donc réduire la tumeur avant de m’opérer.

J’ai commencé par 16 séances de chimio : 4 grosses toutes les 3 semaines, puis 12 toutes les semaines.

J’ai eu beaucoup de chance car je les ai relativement bien supportées. Mais je ne m’imaginais pas du tout venir travailler sans cheveux, sans cils, sans sourcils. Malgré les bonnets, les foulards ou les perruques.

On pouvait me dire tout ce qu’on voulait, notamment que j’avais bonne mine, je voyais bien, moi, que j’avais complètement perdu mon visage. Je ne me reconnaissais plus.

Et puis, ma peau était devenue très sèche, je pouvais difficilement le cacher. Le cumul des cures ajoutait de plus en plus de fatigue. Je ne me sentais pas apte à rester concentrée et à réfléchir.

Mais j’ai continué à garder le contact. Aussi bien avec mes collègues qu’avec mon responsable. Je venais leur rendre visite. On déjeunait ensemble. C’était indispensable pour moi de ne pas rompre le lien.

Je savais que le retour à la vie active serait compliqué, je ne voulais pas ajouter de stress supplémentaire parce que je n’avais revu personne pendant de longs mois.

L’après :

Aujourd’hui, après 18 mois en arrêt pour longue maladie, je vais reprendre ma vie professionnelle. Il est convenu que je revienne en mi-temps thérapeutique.

J’ai rencontré le médecin du travail cette semaine et j’ai échangé avec mes responsables pour organiser mon retour. Aucune pression, aucune contrainte quant au rythme, je peux choisir la formule qui me convient.

L’idée est que je reprenne mes marques et retrouve mon poste en douceur. Grace à ces témoignages de bienveillance, j’envisage beaucoup plus facilement le retour à la vie professionnelle.

Après une si longue absence pour maladie, on doute forcément de ses capacités, on appréhende de se retrouver dans le bruit, de ne plus supporter l’agitation, la charge de travail…

Ma date de reprise est fixée la semaine prochaine…

Je vais reprendre mon poste et retrouver mon bureau, mes collègues et mon environnement. Mes missions seront forcément adaptées. D’abord à mon temps de présence, mais aussi à mes nouvelles capacités.

La maladie m’a rendue plus à l’écoute de mon corps, de mes besoins, de mes envies.

J’ai envie et besoin de passer du temps avec ceux que j’aime. Avec mes enfants, ma famille.

J’ai envie et besoin de prendre mon temps. De regarder autour de moi. De prendre soin des autres. D’apporter du « sens » à ma vie. Je ne veux plus courir après le temps. Je veux profiter et aimer ce que je fais et qui je suis.

Quel serait LE conseil que tu  donnerais à ceux qui  rencontrent la maladie pour la première fois, afin de concilier maladie et travail ?

Garder le contact avec ses collègues pendant les traitements pour que la reprise soit moins difficile à vivre et pour que l’entreprise ait conscience de ce qu’on vit au quotidien.

LE truc ou astuce qui t’a aidé ?

J’ai régulièrement déjeuné avec mes collègues pendant mon arrêt. Ce qui m’a permis de me tenir informée des changements qui ont eu lieu (départs ou arrivées de personnes notamment) et me permet aujourd’hui d’envisager un retour sans forte appréhension.

L’adresse ou le lien qui t ‘a été le plus utile ?

J’ai participé à des ateliers autour de la maladie, chez Oncovia et chez Embellie. Ces ateliers m’ont permis de rencontrer d’autres personnes malades qui vivaient la même chose que moi. De se sentir moins isolée et d’être comprise. Car forcément, même si la famille nous soutient, on ne peut jamais vraiment imaginer ce que le malade ressent.

Pour aider à faire progresser les entreprises sur la maladie au travail, peux-tu nous citer 3 actions qui te semblent utiles à mettre en place pour mieux concilier maladie et travail ?

1) Garder le contact avec le salarié pendant la durée de son absence.

2) Etre à l’écoute de ses besoins, angoisses, appréhensions pour organiser dans les meilleures conditions le retour à la vie professionnelle.

3) Aménager son poste de travail en fonction de ses besoins.

« Le travail, pour moi, ne peut se passer de bienveillance ».