Format site (26)

RENCONTRE AVEC CHRISTELLE

Qui es tu ?

j’ai 44 ans depuis fin Janvier ! Trop contente d’être encore là pour souffler mes bougies !

Je suis mariée avec 2 garçons en plein adolescence (12 et 15 ans), qui sont de plus en plus faciles à vivre à l’inverse d’autres familles !!!!

Je suis charentaise, mais je vivais sur Tarbes jusqu’en août 2018, juste avant mon changement de vie.

Je suis revenue sur Bordeaux près de ma famille et ma belle famille depuis 5 mois seulement. Ravie de sentir à nouveau l’odeur des pins chaque matin !

Je menais une vie que les autres qualifiaient de saine … je dirais que maintenant, oui ma vie est saine, et qu’elle ne l’était pas complètement !!! Je mangeais des fruits, des légumes, je faisais du sport, et j’aimais sortir avec mes amies ou en famille. Si on devait me résumer en quelques mots, je suis une personne pleine d’énergie, d’idées, plutôt sportive et j’adore le relationnel.

En tant que Chef de projet immobilier dans un grand groupe, je me sentais bien dans mon job, ce qui n’avait pas été le cas un an et demi auparavant (  harcèlement de mon ex chef, un mari débordé dans son job, et moi en recherche permanente d’un équilibre pour concilier mes activités perso, mon job, mes enfants, ma famille et toutes les tâches …)

J’avais des amis, j’étais active dans plusieurs associations de sport, de danse ce qui me faisait beaucoup de bien. J’y ai rencontré des personnes formidables.

J’étais donc à quelques semaines de partir en voyage à La Réunion, en famille pour lâcher un peu …lorsque j’ai pris RDV pour la mammographie.

3 mois avant j’avais certes senti une boule pendant l’été sur la plage, mais je tenais à le montrer à ma gynéco (et non à mon médecin homme que je ne connaissais guère ), qui malheureusement ne m’a pas pris en urgence… Ma gynéco n’a pas pas senti non plus la gravité, puisqu’elle m’a laissé seule organiser mon RDV mammo.

Mon instinct me dictait de ne pas accepter le délai de 4 mois pour la mammo, aussi j’ai bataillé pour aller la passer dans une des villes voisines à 25 km…

C’est là que ma vie a basculé, car je pensais à un simple kyste … Je travaillais et je sortais juste du boulot ce soir là… Il s’agissait d’une formalité pour moi, n’ayant aucun antécédent familial.

Le radiologue avait le visage décomposé quand il m’a dit qu’il avait vu quelque chose et qu’on allait bien s’occuper de moi. QUOI ? QUI ? COMMENT ?

Aucune question n’est sortie de ma bouche, et déjà j’étais dehors face à moi même, avec un compte rendu mentionnant un ACR5.

Mon parcours « maladie et travail » :

L’annonce :

Ma réaction immédiate a été d’appeler ma meilleure amie, d’envoyer un SMS à mon mari très occupé : « on m’a trouvé un cancer du  sein » … Ces mots ne signifiaient rien … si ce n’est que j’allais mourir ? Souffrir ?

Côté boulot, je l’ai annoncé dès le lendemain matin car je me suis effondrée au premier « ça va » ?

Comment peut on répondre oui, quand on vous annonce un cancer ? Il n’y a pas de mot, et d’ailleurs je l’ai annoncé à des collègues proches qui ont su me prendre dans leurs bras, me tenir la main et immédiatement me booster, pour que je commence à affronter cette réalité et gagner….!

Ma chef direct a été très émue, car disons le , chaque femme se dit qu’elle peut également être touchée… 1 femme sur 8 le sont.

Ils ont tous été formidables…!

J’ai tenté de rester la matinée, mais l’après midi même, j’étais chez mon médecin pour lui demander un arrêt de quelques jours…  Je pleurais non stop… Je ne pouvais pas me concentrer sur des urgences… alors que la seule urgence que je voyais, c’était de passer les examens complémentaires pour voir si on pouvait me sauver ou s’il me restait des jours à vivre …!

Le médecin m’a arrêté  1 mois ! Au final, ce sera 1 an d’arrêt… ça je ne le savais pas encore …!

J’ai rappelé ma chef et le lendemain je suis allée lui dire au revoir lui expliquant que je n’avais aucune idée de la lourdeur des traitements, mais qu’on parlait de 4 mois… voire plus…  Elle était surprise… et d’ailleurs m’a demandé si je pouvais continuer à traiter quelques dossiers urgents depuis la maison, le temps qu’on trouve une solution pour me remplacer.

J ‘ai refusé… je ne m’en sentais pas capable vu la batterie de tests qu’on allait m’infliger, et d’ailleurs le RDV avec l’oncologue me l’a confirmé. Pas question de travailler, l’urgence était de démarrer la chimio, vu l’état inflammatoire… impossible d’opérer. Il fallait de toute  urgence me faire poser par anesthésie générale, un porte-cathéter pour démarrer au plus vite les 8 séances de chimio.

Au final, je me rappelle avoir rangé mon bureau, donné quelques consignes pour que les urgences soient reprises par mes collègues, et puis rideau pendant 1 an…

Les traitements :

Mon oncologue a été catégorique: « si vous voulez vous donner les meilleures chances, prenez le temps de vous occuper de vous.

Vous avez un métier stressant, des déplacements fréquents lointains, ce n’est pas compatible avec les 18 mois de traitements qui vous attendent ».

Le pack 4 en 1 j’ai tout pris ! : Chimiothérapie, chirurgie, radiothérapie, hormonothérapie et je ne compte pas l’immunothérapie pendant laquelle je retravaillais à ce moment là.

L’après :

De nombreux collègues ont gardé un lien avec moi en m’envoyant des textos, certains m’ont appelée et étaient surpris de voir mon énergie, mon dynamisme.. Pour eux le cancer c’était une représentation de quelqu’un en soins palliatifs …!

Ils m’ont envoyé des fleurs, des chocolats, des cartes… cela m’a touché. Parce que je savais qu’ils devaient se débrouiller sans moi… je culpabilisais.

Certains, (pas mal ! ), n’ont jamais rien fait : ni appel, ni carte, ni texto, ils ont brillé par leur absence …!

En pleine chimio, à l’avant dernière séance où je commençais à être épuisée, je me rappelle que ma chef m’a appelée pour m’annoncer que j’allais recevoir un courrier m’expliquant qu’il y avait une réorganisation. Le site ou je travaillais allait fermer, et je devais choisir entre deux villes : une à 40 km ( et retrouver mon ex chef qui m’avait harcelée quelques années plus tôt ), ou l’autre à 180 km.

Sans cheveux, sans globules … j ‘ai choisi celle à 180 km! Mais bonne nouvelle j’avais encore un job!

Quand j’ai annoncé que j’allais reprendre, mon oncologue aurait aimé quelques mois supplémentaires d’arrêt, mais sans prévoyance, j’allais perdre encore une partie de mon salaire…!

J’ai donc contacté la DRH. Très bienveillante, elle savait que j’irai sur un mi-temps thérapeutique.

J’en ai bénéficié pendant 6 mois. J’avais à ce moment là, encore besoin d’aller à la clinique toutes les 3 semaines pour l’immunothérapie, qui se fait en service de chimiothérapie. J’avais encore de nombreuses séances de kiné pour mon bras qui est aujourd’hui complètement opérationnel, même s’il me lance quand je force après la marche nordique… ça, c’est a vie !

Je ne pouvais donc pas faire les déplacements dans les départements voisins qui étaient dans mon portefeuille de travaux. On m’a donné une lettre de mission temporaire.

J’ai annoncé que je voulais me rapprocher de Bordeaux et ainsi être à nouveau avec mon conjoint qui venait de démissionner à la fin de mes traitements. Il faut préciser qu’il avait trouvé un boulot dans un autre département, 1 mois avant mon diagnostic et j’ai donc dû traverser seule avec les enfants, le protocole de soins… Pas simple, tant pour lui que pour moi !

Mon nouveau chef à Toulouse a été formidable et m’a accompagnée dans cette recherche de boulot sur Bordeaux.

J’ai sollicité le service de coaching en interne pour m’aider à me préparer aux entretiens. C’est un vrai bilan de compétences que l’on m’a fait.

Ma coach m’a redonné l’élan, m’a aidé à revenir sur mon parcours, sur cette vie d’avant que j’avais complètement oubliée… Cela a été un vrai travail, très compliqué d’autant plus que je sentais que ma mémoire était engluée par les traitements… Elle croyait en ma détermination.

Mon projet était de changer de vie, de revivre une situation de famille équilibrée en vivant tous les deux au même endroit, et j’avais des idées très précises sur mes valeurs, mes envies et surtout sur ce que je ne voulais plus faire !

Petit à petit, 3 mois plus tard, je passais mon premier entretien. En fait cette recherche aura duré 1 an !

J’ai aujourd’hui trouvé un vrai métier totalement différent du chef de projet puisque je suis formatrice en développement personnel, domaine bancaire, dans une filiale de mon groupe.

Mais avant j’ai essuyé quelques revers. J’étais toujours en finale, mais dès que les employeurs apprenaient pour mon cancer… je n’étais pas retenue!

Certains en ont parlé après. J’essayais pourtant de le cacher… mais tout se sait, et c’est difficile de mentir sur un an de trou dans son CV.

J’ai eu quelques moments de solitude quand certains recruteurs m’ont tanné sur des détails, à une période où je ne me rappelais plus du tout comment j’avais procédé… le fameux chemo-brain !

Je suis aujourd’hui fière de moi, de mon chemin parcouru. Je vais vers mon projet, chaque jour un peu plus. Nous sommes heureux d’être tous ensemble sur Bordeaux et mes enfants très secoués par cette traversée, sont désormais très épanouis.

J’apprends sur mon nouveau métier de formatrice, je sens que je suis dans mon univers, même si je dois mobiliser toute mon énergie pour mémoriser, comprendre, analyser les rouages. Mon chef m’a clairement dit que j’étais son challenge, et donc je vais être testée deux fois plus que n’importe qui d’autre … mais je ne vais pas me stresser pour ça… ! J’ai beaucoup appris et je ne serai plus comme avant… mais je serai Moi … avec mon énergie, mes idées, mon intuition et ma créativité… mais surtout ma capacité à positiver et lâcher prise sur les détails !

Pour aider ceux qui  rencontrent la maladie pour la première fois, peux-tu nous confier tes  trucs pour concilier maladie et travail ?

Si certains n’ont pas le choix, et doivent travailler, je les invite à s’écouter et faire un break au moins pendant les chimios.

Pour les autres, profitez de ce temps pour bouger, rencontrer, aller aux soins de support et travailler sur vous pour éliminer les effets secondaires, mais également retrouver une connexion corps/esprit qui évitera les récidives.

J’ai ouvert un blog un an après la maladie avec une amie qui a été une aidante. L’idée est de donner des pistes pour que chacun révèle son potentiel santé/bien être et y puise des astuces en étant malade ou pas !

 Le truc ou astuce qui t’a aidé ?

Les soins de support, toutes les médecines alternatives, des livres de personnes qui ont changé de vie après leur cancer… le sport, l’alimentation, la spiritualité, mes rencontres pendant cette traversée. Je me sens heureuse et reconnectée. Je sais qui je suis et vers où je vais… et ça je sais que je l’avais perdu de vue avant d être malade.

J’ai tellement procédé à des changements (dont je parle dans mon blog elixirsdevies.fr) que j’étais en rémission complète avant la fin des traitements.

Le chirurgien m’a contactée un dimanche pour me l’annoncer, il n’ avait jamais vu ça ! On était avec 2 tumeurs une de 5cm et 1 cm, plus des ganglions sous le bras….6 mois plus tard plus rien !

Je sais que c’est tout le travail que j’ai réalisé avec les thérapeutes qui m’ont accompagnée en plus de traitements allopathiques.

J’ai aujourd’hui envie d’aider les autres, faire du préventif et aider ceux qui cherchent une porte pour aller vers le mieux être même si je sais qu’il existe 1001 chemins pour guérir…!

Moi je me sens guérie !

Le lien ou livre qui t ‘a été le plus utile ?

Les livres de Guy Corneau et David Servan- Schreiber

Pour aider à faire progresser les entreprises sur la maladie au travail, peux-tu nous citer 3 actions qui te semblent utiles à mettre en place pour mieux concilier maladie et travail ?

Action 1 : Communiquer, faire en sorte de dédramatiser, informer les employeurs qui ont peur du mot cancer. Cancer = Mort. Aujourd’hui les traitements évoluent et certains ont des résultats spectaculaires. La science avance… il faut communiquer et donner des éléments de langage. C’est encore tabou. J ai été victime de discrimination pendant mes recherches… mais aucun soutien… oui c est vrai, mais que peut on y faire ?

Persévérer jusqu’à trouver un employeur prêt a vous faire confiance, malgré le fait que vous ayez eu un cancer.

Moi j’ai dû argumenter, et lui expliquer que je n’avais pas perdu mon temps pendant mon arrêt : Je me suis formée sur le web pour créer mon blog, j’ai suivi une formation en ligne sur le coaching, j’ai suivi des cours d’aromathérapie, de naturopathie, et j’ai participé à la communication pour organiser des événements et rassembler des personnes patientes et aidantes sur des thèmes précis… mon but était de partager comme on a pu, m’ouvrir des chemins vers le mieux être.

Action 2 :

Travailler sa mémoire , sous forme d’ateliers à la clinique ou soins support ou ailleurs… c’est fondamental et c’est le plus difficile !

Ayant pourtant gardé mes cours d’ anglais pour me stimuler… j ai mis plus d’un an à retrouver mes capacités !

Action 3 :

 On peut rebondir après un cancer… la vie ne s’arrête pas, ni la vie professionnelle, au contraire… c’est une nouvelle vie qui commence !