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RENCONTRE AVEC VERONIQUE

Qui es-tu ?

Secrétaire médicale de formation initiale, j’exerce dans un centre hospitalier dans le sud de la France. C’est en 1989 à l’âge de 22 ans, que j’ai débuté ma carrière professionnelle.

Dès le début de mon activité j’ai été surprise de la séparation qu’il y avait entre les services de soins et les services administratifs. Un fossé, une incompréhension entre un « monde » qui soigne et un « monde » qui dirige. Et naturellement, lors de la mise en place de la nouvelle gouvernance dans les hôpitaux, j’ai voulu prendre un poste d’assistante administrative de pôle. Pour moi c’était le chaînon manquant pour que ces deux mondes aient une vision et un objectif commun : la meilleure prise en charge des patients.

En 2011, j’ai pris cette nouvelle fonction et en 2012 je me suis engagée dans un bilan de compétence. Il me paraissait nécessaire d’acquérir des compétences différentes pour ce nouveau poste de management, et j’avais besoin d’évaluer mes connaissances professionnelles acquises.  Nous étions en juin et la rentrée en septembre. Délai trop court pour une prise en charge financière dans le cadre de la formation professionnelle de l’établissement. En juillet mon dossier a été accepté parl’ANFH (Association Nationale pour la Formation Permanente du Personnel Hospitalier)  : je pouvais suivre les études en master 1 et 2 de management des établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux. 

Mon parcours « maladie et travail »  :

L’annonce :

Le mois d’août approchait, trois semaines de vacances avant de me lancer dans cette nouvelle aventure : cumuler une semaine de cours à l’université par mois et trois semaines à mon poste d’assistante administrative de pôle.

Avant cela je devais passer une mammographie de contrôle, depuis quelques années je passais une mammo tous les 2-3 ans depuis la découverte de plusieurs ganglions mammaires internes.

Lorsque la radiologue m’informe brutalement et me confirme la présence de cellules cancéreuses dans mon sein droit, elle me demande de faire une biopsie. En cette période, grande difficulté de trouver un cabinet disponible pour le faire.

La particularité de ma situation a résidé dans le fait que j’ai été prise en charge par l’équipe avec laquelle je travaille. Cadre administratif dans le Pôle Femme Enfant de l’établissement qui m’emploi, je suis l’assistante du chef de pôle qui se trouve être gynéco-obstétricien.

C’est angoissée que je me confie à mon chef de pôle le lundi matin qui, dans la foulée, m’a demandé de voir mon sein (alors qu’il n’était pas mon gynéco) et me fait une ponction qu’il mène lui-même à l’anapath. J’ai eu les résultats le lendemain.

Les traitements :

Pour moi il était clair que si ma pathologie était connue, alors je n’aurais plus la possibilité d’accéder aux études. Je serais stigmatisée. Après réflexion, j’ai pris l’option de ne rien dire et je comptais sur la discrétion de l’équipe soumis au secret professionnel. Je partais en vacances trois semaines, cela suffisait pour se remettre d’une tumorectomie. Après, selon les traitements prescrits, il serait toujours temps de l’adapter afin que je n’aie que des jours de congés à poser.

Mon cas ne relevait pas d’un traitement par chimiothérapie et j’ai donc pu suivre les cours une semaine par mois et continuer d’assumer mes missions les autres semaines. Les 33 séances de radiothérapie étaient programmées le soir après 19h00. Après les séances je rentrais m’occuper de mon fils, que j’élevais seule, et me coucher. La fatigue, je l’ai ressentie surtout deux mois après l’arrêt de la radiothérapie.

Le Tamoxiphène ayant, sans doute, joué un rôle dans la prolifération de fibromes utérins, j’ai dû subir une hystérectomie en avril, et là je me suis arrêtée un mois, je n’avais pas cours durant cette période. C’est au retour de ce congé maladie que j’appris au service de médecine du travail que j’avais été atteinte d’un cancer du sein traité l’année précédente.

Le chef de pôle m’avait dit qu’il m’allégerait mes missions, mais ce ne fut pas le cas, quand on est présent à son poste, il est difficile pour votre entourage de ne pas continuer à faire comme avant. J’avais cependant démissionné de mes missions syndicales et notamment du poste de secrétaire du CHSCT de l’établissement.

L’après :

Cette expérience m’a surtout permis de confirmer qu’il était important pour moi d’aider les autres. De partager mon expérience, de continuer à aborder les épreuves de la vie de façon positive. J’ai donc continué : conduit le projet de mise en place dans l’établissement du Diagnostic du cancer du sein en 1 jour, engagée dans des manifestations pour Octobre Rose, devenue « patiente experte » dans un projet, que j’ai accompagné, d’éducation thérapeutique pour les patients atteints de cancer nommé SMILE (Savoir Mieux vIvre avec Le cancEr).

Au niveau universitaire et professionnel, j’ai obtenu mon master 2 avec la mention Bien et une note de 17 au mémoire de fin de cycle : une fierté dans cette épreuve. Malheureusement l’établissement dans lequel je travaille ne reconnait pas cet acquis, me donne les missions correspondantes mais j’ai toujours le grade d’assistante médico-administrative (anciennement secrétaire médicale), est ce dû à mon parcours santé ?

Reste évident qu’un salaire en adéquation avec mes missions et mes compétences et connaissances, me permettrait de mieux me préserver, d’accéder à des soins de bien être dont j’aurais besoin.

En juin 2017, j’ai invité mes amis et mes parents pour un pique-nique sur la plage de Saint Cyr sur Mer et… prise du dernier Tamoxiphene au champagne !

Quel serait LE conseil que tu donnerais pour concilier maladie et travail ?

Il est essentiel de trouver une bouée de sauvetage, si l’ancrage est au sein de l’environnement professionnel, alors il ne faut pas hésiter, mais il convient de bien évaluer ses capacités et si elles sont conciliables avec le combat contre la maladie.

LE truc ou astuce qui t’a aidé ?

Je n’ai jamais réalisé que j’étais « malade », mon entourage professionnel non plus, j’avais l’impression que cela arrivait à quelqu’un qui était en dehors de moi. Mais ce n’est pas une astuce c’est ce que mon inconscient me dictait.

L’adresse ou le lien qui t ‘a été le plus utile ?

A force d’avoir en permanence à justifier mon choix à mon entourage « amical », ce qui me faisait perdre beaucoup d’énergie, j’ai coupé les liens, je ne répondais plus au téléphone, j’appelais régulièrement ma mère mon seul point d’attache.

Cependant j’avais besoin de relations sociales et que l’on ne me voit pas « malade ». Le soir quand mon fils était couché j’allais sur un site de tchat en direct et je m’inventais des vies… cela me ressourçait, me projetait sur une vie normale, m’imaginant commerciale sans cesse sur la route, hôtesse de l’air, conférencière, blonde, brune, grande, petite… Moi cela m’a fait du bien, mais ce n’est peut-être pas à suivre car même en tchat il est possible de faire de mauvaises rencontres qui peuvent perturber.

Pour aider à faire progresser les entreprises sur la maladie au travail, peux-tu nous citer 3 actions qui te semblent utiles à mettre en place pour mieux concilier maladie et travail ?

1 : le droit à l’oubli à partir du moment où l’on travaille et que l’on assume son poste aussi bien qu’un autre.

2 : le droit d’aménager son temps de travail en fonction de sa fatigue comme une pause dans l’après-midi compensée par des horaires plus tardifs le soir.

3 : la possibilité de faire un maximum de télétravail pour éviter la fatigue des transports et le contact avec l’environnement professionnel stigmatisant.