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RENCONTRE AVEC CHRISTINE

Qui es tu ?

Je m’appelle Christine, j’ai 54 ans, je suis mariée et maman de 3 grands enfants. Je vis entre Agen et Bordeaux.

J’ai été diagnostiquée en aout 2016 lors d’un contrôle banal, la fameuse mammographie que nous devons faire tous les 2 ans.

J’étais en pleine forme, persuadée que cet examen serait comme les autres, une simple formalité : on passe la mammographie, certes on serre les dents, et on repart chez soi avec les clichés, soulagée.

Mais là, l’histoire a été un peu  moins rose : une masse suspecte et… commence alors la spirale infernale des examens complémentaires : Biopsie, IRM …..

Finalement comme j’étais en vacances, au moins j’avais le temps ; mais quelle douche froide ….!

Très vite je me suis mise à écrire un  blog, justeuncancer, pour que ça sorte et pour aider les autres à comprendre.

Comment une femme qui n’est pas dans le milieu médical peut-elle comprendre tout ce qu’on lui dit ?

Pour moi, l’aventure allait être double : tuer, achever,anéantir SHARMOUTA ( c’est le nom donné à mon cancer ) et écrire pour aider, informer, partager .

Le travail dans ma vie c’était important. Le travail permet de s’épanouir surtout quand on aime ce que l’on fait.

Les changements de poste, j’en ai connu pas mal, mais cet été-là, je savais que ça allait être le grand saut et ce saut m’inquiétait : je devais passer d’un métier de formatrice médicale à un métier combinant formation, organisation de congrès, recherche clinique….

Mon parcours « maladie et travail »:

L’annonce :

Dès que le diagnostic a été confirmé, j’en ai informé mes collègues proches, puis, après la rentrée, j’ai dû  le dire à toutes mes relations professionnelles : pas facile forcement de l’annoncer même quand on travaille dans le médical, mais j’ai toujours gardé en tête que le cancer n’était pas une maladie honteuse.

J’ai reçu de très nombreuses marques de soutien (mails, coups de fils , fleurs , livres …) On sent bien que certains ne sont pas à l’aise avec le cancer mais pour moi c’est l’intention qui compte.

Peu  de personne ont ignoré mon mail d’annonce. Mes collègues m’ont remplacé au pied levé pour mes RDV , mes formations ….Un seul mot d’ordre : priorité se soigner et sortir de cette histoire.

Les traitements :

J’ai été mise en arrêt de travail immédiatement car on m’a opéré très vite et les traitements n’ont pas traîné non plus.

Je n’ai pas renoncé à ouvrir mon ordinateur y compris pendant les chimios. Je lisais et classais mes mails.

Certains de mes collègues m’appelaient souvent ; la restructuration fut une véritable épreuve pour certains, et il m’arrivait parfois de leur remonter le moral !!!

J’ai organisé ma vie autrement : mon oncologue m’avait averti que je ne travaillerai pas pendant au moins un an donc que je devais réfléchir à  d’autres activités : un peu de réflexion et j’ai commencé le piano (j’avais toujours dit que j’apprendrai à la retraite mais là j’ai pris un peu d’avance….) J’ai beaucoup lu, et j’ai appris à m’occuper de moi : sophrologie, escrime, lecture, esthéticienne.

Concernant les routines, nous en avions créé quelques une mais ma préférée était : une chimio = un cadeau !!!!

Sinon avant chaque chimio, un repas léger et après un tour dans un salon de thé pour se désaltérer et une marche pour éliminer !

L’après :

Alors quand chimio, radiothérapie, ont été finies, j’ai repris mon travail : le mi-temps s’imposait car j’avais encore les injections d’anticorps toutes les 3 semaines. J’ai donc averti tout le monde et avec l’aide de mes collègues j’ai découvert mon nouveau métier. Pas facile tous les jours, mais mon binôme et certains de mes collègues sont vraiment très aidant.

Pour aider ceux qui rencontrent la maladie pour la première fois, peux-tu nous confier tes trucs pour concilier maladie et travail ?

Si vous me demandez un conseil je réitérerai ce que j’ai dit à une amie de bataille : prenez du  temps pour vous! Que ce temps soit une parenthèse avec les difficultés mais aussi les petits bonheurs simples : chantez, dansez en cuisinant, admirez le printemps et les fleurs, l’automne et ses couleurs, profitez, aimez, rayonnez, méditez ….

Mes aides et mes soutiens : mon mari, qui a été plus solide qu’un roc, mes enfants aidants et souriants, mes amis partageant, soulageant, le sport, la lecture …et l’écriture.

La ligue contre le cancer sur Agen m’a donné pleins de trucs et astuces et grâce à  eux j’ai agrandi mon carnet d’adresse.

Si vous me demandez quels actes  pourraient être mis en place pour mieux concilier travail et cancer voilà mes réflexions:

1) Pouvoir adapter du télétravail pendant les traitements  pour certains et certaines et après pour tous.

2) Ne pas nous compliquer la tâche avec des difficultés administratives (paye, assurance prévoyance….). La priorité c’est se soigner, pas batailler avec nos employeurs!

 3 ) Quand nous sommes en mi-temps thérapeutique, ne pas oublier que si on ne travaille pas le mercredi  et que l’on a 60 mails ce jour là, on les lira le jeudi…

Aujourd’hui je suis en rémission ; peut-on dire qu’un jour nous serons guéries (telle était la question sur une entrevue avec soignants et soignés) ? Mais en tout cas, le cancer nous apprend à prioriser, à organiser, à découvrir des qualités que nous ignorions.

Le cancer, si seulement le terme  justeuncancer pouvait un jour être vrai pour toutes et tous…