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RENCONTRE AVEC CLAIRE

Qui es-tu ?

J’ai aujourd’hui presque 36 ans je suis mariée et maman de deux enfants de 7 ans et 4 ans ½ et je vis en région parisienne.

La maladie est entrée dans ma vie lorsque j’avais 32 ans. Quelques mois après la naissance de mon deuxième enfant, 8 semaines après mon retour de congé maternité, on m’a diagnostiqué un cancer inflammatoire du sein, une forme rare de cancer du sein très agressive et dont le pronostic est statistiquement mauvais. La maladie a donc été un véritable cataclysme tant d’un point de vue émotionnel que physique puisque les traitements ont commencé par une chimio seulement 3 jours après le diagnostic.

Le travail pour moi c’est central ! Progresser dans ma carrière, être reconnue pour mes compétences, avoir le respect de mes pairs, c’est fondamental pour mon bonheur .

Mon parcours « maladie et travail »

 L’annonce :

Je l’ai annoncé dès le début. Avant même d’avoir la confirmation de ce qui m’arrivait, mon management, était au courant que « quelque chose n’allait pas » et que je devais faire des analyses complémentaires. Je n’ai pas vraiment eu le choix entre mon bébé qui ne faisait pas ses nuits, la reprise de mon travail en mode intensif et le cancer dont j’ignorais l’existence j’étais absolument épuisée et cela avait des conséquences impossibles à masquer sur ma performance.

Quand le diagnostic est tombé j’étais au bureau … et je me suis sentie dans l’incapacité physique mais aussi émotionnelle de continuer à travailler. Par ailleurs, il était statistiquement possible qu’il ne me reste que peu de temps à vivre, si cela devait être le cas je voulais profiter de mes très jeunes enfants au maximum. La question de continuer à travailler me paraissait complètement superflue à ce moment-là.

Pour mes collègues et mon équipe ça a été le choc, personne ne s’attend pas à ce qu’une jeune femme qui revient de congé maternité annonce subitement qu’elle a un cancer et qu’elle quitte son poste du jour au lendemain . Mais l’équipe a rapidement su rebondir et se réorganiser.

Les traitements :

Je n’ai pas travaillé pendant 18 mois, mais j’ai toujours gardé un lien très fort avec mes collègues. Mes managers m’appelaient régulièrement pour prendre des nouvelles, et ma responsable RH m’appelait aussi pour me rappeler « qu’une place m’attendrait toujours pour le jour où je pourrais reprendre le travail ». J’ai vraiment senti les ‘ondes positives’ que m’envoyaient mes collègues par email ou SMS.

L’après :

J’ai préparé mon retour avec le médecin du travail, mon manager et ma responsable RH. J’ai opté pour un retour en mi-temps thérapeutique d’abord à 50%, puis j’ai au fur et à mesure ajouté des heures jusqu’à reprendre à 100%, 10 mois plus tard.

L’entreprise pour laquelle je travaille a été formidable ! A mon retour on m’a proposé un nouveau poste : une mission stratégique pour l’entreprise mais moins « intense physiquement » que mon ancien  poste de manager d’équipe.

Je me suis sentie à la fois valorisée et comprise. Je ne remercierai jamais assez mes managers et l’équipe RH pour cela !

Un an après ma reprise, après un échange avec la responsable de la « mission handicap » j’ai demandé une RQTH qui m’a permis de bénéficier d’un poste de travail plus ergonomique pour m’aider à mieux gérer mon lymphœdème et de télétravailler un jour par semaine. Enfin il y a un an j’ai repris des fonctions managériales, je me sentais physiquement prête à relever ce challenge. J’ai encore des échanges réguliers avec la responsable mission handicap qui m’aide à trouver les solutions pour concilier les exigences de mon travail avec les séquelles de la maladie.

Je dirais que d’un œil extérieur mon quotidien au travail est le même que celui de n’importe qui d’autre. De l’intérieur je sais que la maladie et les traitements ont amené leur lot d’effets secondaires indésirables : j’ai un lymphœdème qui engendre des douleurs, je me sens parfois « moins vive intellectuellement » et ma mémoire me joue des tours, mais avec le temps j’apprends à faire avec.

Si la maladie a amené son lot d’effet négatif, j’aimerais cependant mettre l’accent sur ce que la maladie m’a apporté en échange, car ce n’est pas anecdotique. Je dis souvent aux gens que mon expérience personnelle est que « Ce qui ne vous tue pas ne vous rend pas plus fort, mais fait de vous une meilleure personne », ce que je veux dire par là, c’est que mon rapport au travail et aux relations humaines a profondément changé avec l’épreuve de la maladie :

Je suis beaucoup plus empathique et à l’écoute de l’Autre, très différente de la moyenne de ma « classe d’âge ».

J’ai une capacité à prendre du recul et à faire la part des choses accrue, globalement j’ai une maturité sans doute plus grande.

Enfin j’apprécie la pression professionnelle avec beaucoup de recul…

Toutes ces aptitudes développées grâce la maladie sont des qualités qui sont très recherchées et valorisées dans un contexte d’entreprise, et depuis mon retour au travail j’ai pu en faire de vrais atouts.

Pour aider ceux qui  rencontrent la maladie pour la première fois, peux-tu nous confier tes 3 trucs pour concilier maladie et travail ?

Quel serait LE conseil que tu leur donnerais ?

Ne pas cacher votre situation et/ou votre vécu.

Tant pour les effets néfastes (si votre condition physique ne vous permet pas d’atteindre le niveau de performance attendu et que vous n’expliquez pas pourquoi vous allez en pâtir et ce serait dommage) que pour les effets positifs : la maladie vous transforme en profondeur et vous permet de développer des compétences et aptitudes d’une grande valeur ! Il faut les donner à voir et les valoriser.

LE truc ou astuce qui t’a aidé ?

Accepter sa situation et prendre le temps

Je n’ai pas repris à 100% du jour au lendemain, je n’ai pas repris un poste avec le même niveau d’engagement physique immédiatement.  J’ai accepté des adaptations de mon poste de travail qui rendent visible mon handicap.

Parfois j’en ai été frustrée, parfois j’ai même été en colère de devoir le faire, mais je crois  vraiment que cela a été la clé de la réussite de mon retour au travail.

L’adresse ou le lien qui t ‘a été le plus utile ?

Une adresse : La boutique Orthopedie Meyrignac à Paris et son équipe. Leurs solutions de contention sur mesure m’ont apporté beaucoup de confort dans mon quotidien au travail. Il ne faut pas lésiner sur l’équipement pour être en confort.

Pour aider à faire progresser les entreprises sur la maladie au travail, peux-tu nous citer 3 actions qui te semblent utiles à mettre en place pour mieux concilier maladie et travail ?

Action 1 : Définir un positionnement bienveillant clair et officiel, pour l’entreprise sur la question de la maladie, le communiquer à toutes les équipes et en particulier aux équipes RH et managers, le faire savoir auprès de tous les collaborateurs.

Action 2 : Avoir au moins un référent au sein des équipes RH pour mener les actions de communication, accompagner les personnes malades et les conseiller sur les solutions qui peuvent être déployées.

Action 3 : Favoriser l’échange entre les personnes concernées au sein de l’entreprise.