Test nouveau Canva (62)

RENCONTRE AVEC SABRINA

Je suis Sabrina, maman de deux princesses, 35 ans, amoureuse et entière 😉 J’habite la Picardie, une région où cet hiver le soleil ne s’apercevait que trop peu.

Tout d’abord je vis avec un compagnon qui s’appelle l’endométriose, diagnostiquée très tardivement et après moult appels au secours. Des années de douleurs, de fatigue, et puis une rencontre, LA rencontre à 150 km de mon habitation : LE gynéco compétent en la matière. Depuis l’intervention chirurgicale je me porte bien, très bien.

Décembre dernier, quelques jours avant mon 35ème anniversaire, fatigue intense et douleur aigue au sein gauche. Une histoire d’hormone certainement … après 6 semaines de douleur qui empêche le sommeil et la position allongée sur le ventre je consulte mon médecin traitant qui me propose une échographie « pour contrôler ». vendredi 13 janvier : mammo, accueil un peu détaché de la manipulatrice car mon jeune âge semble être un indicateur de bonne santé. Rien à la mammo, je devrais me réjouir mais j’insiste « pourtant j’ai mal ».

Le médecin accepte de réaliser une écho, de prime abord lui aussi commence l’examen un peu détaché puis il s’arrête et prononce ces mots en regardant sa collègue « il y a quelque chose … ici » : Waou !, frissons, angoisse……! Instant hors du temps, je suis happée par un tourbillon d’émotions (écrire ces mots me renvoie à ce moment, mes yeux se noient).

 Mon parcours « Maladie et Travail »:

 L’annonce :

J’ai compris que l’intrus était officiellement dans mon sein lorsque mon médecin traitant m’a appelée c’était un lundi après-midi, donc très vite après la biopsie. Il insiste pour me voir, je réponds que cette semaine mon agenda est chargé, je n’ai pas le temps. Il insiste et je comprends.

Je me suis effondrée au bureau, dans les bras de mon amie et collègue. J’ai pleuré, elle aussi.

On s’est enfermé dans un bureau à l’abri des regards. On s’est regardé, le silence nous berçait. Puis des mots:« tu es forte, tu vas le mettre ko » « les médecins vont s’occuper de toi » ces phrases qui rassurent et qui continuent de raisonner.

Et moi, complètement ailleurs, sur une autre planète…..

Puis « et comment je vais faire sur ce projet, j’allais justement pouvoir en mesurer les résultats, qui le fera ? » obsédée par le boulot y compris à l’annonce de la nouvelle, injustice je voulais crier. Je me donne à fond au bureau, je réalise des projets inédits que d’autres n’ont pas voulu faire car trop compliqué, et patatra je suis punie. Injustice, désillusion.

Je terminerai ma journée au bureau, j’irai chez le médecin à 18h30 avec mon mari inquiet.

Il m’a fallu quelques jours pour accepter, mais il fallait aussi faire vite car l’opération allait avoir lieu 10 jours plus tard.

J’ai réalisé un tableau de bord de répartition des tâches en mon absence que je ne voyais que pour un mois ! impossible de me projeter sur trois mois !

J’ai parallèlement informé mes collègues masculins avec la voix tremblante. L’un d’eux m’a pris dans ses bras, j’ai trouvé cet instant réconfortant. Un autre est resté très éloigné, aucune réaction, pas un mot sauf quelque chose comme « mince, et tu pars quand », ceci m’a mise en colère.

J’ai informé mon supérieur hiérarchique, pour qui l’annonce fût un choc. Sa sincérité, son paternalisme mesuré m’ont touché. Il m’a ensuite appelé durant mon absence, il m’a envoyé des sms de soutien lorsque je ne répondais pas.

Il fallut aussi en parler à mes princesses, jeunes princesses. Mes enfants. Je leur ai parlé lorsque je pouvais évoquer la situation sans pleurer, je ne voulais pas leur faire peur. Donc, simplement et en la présence de mon mari, je leur ai dit : maman a une boule au sein, le chirurgien va l’enlever. Le jour de l’opération je les ai conduite chez mes voisins avec le sourire. Ma grande a compris que la boule était plus grave que ce que je voulais dire. Je lui ai expliqué qu’après l’opération je lui parlerai.

J’ai montré à mes enfants les bleus, les cicatrices, les pansements, à leur demande. Je ne me cache pas, je ne me montre pas non plus.

Et lorsque j’ai été prête, un matin dans la salle de bain quelques jours après mon retour j’ai demandé à mes filles ce qu’elles avaient compris. C’est ce matin-là que j’ai prononcé ce mot pas très beau. J’ai enchainé immédiatement avec la précision qu’il faut retenir : le chirurgien l’a enlevé, tout va bien. Bientôt je commence des rayons et vous viendrez avec moi au premier rdv.

Elles sont venues. Le lieu est soigné avec un aquarium, lumineux, paisible. Pas de mystère. Elles ont compris et je suis ravie de cette réussite !

Lorsque je leur ai dit un midi que dans les prochains jours j’allais retourner au travail, ma plus jeune fille de 7  ans a répondu : « tu ne peux pas te faire refaire une cicatrice, comme ça je ne mangerai plus à la cantine » éclats de rire !!! parfait, le message est positif !

Les traitements :

J’ai eu beaucoup de chance, je tiens à ce que cela soit compris : c’est juste une douleur aigüe qui me permet aujourd’hui d’écrire ces mots. Cette douleur est un signal de mon corps, je ne suis donc pas en guerre contre quoi que ce soit. Je suis une résistante, une chanceuse, une heureuse.

Pas de chimio, la détection s’est faite tôt. J’ai de la chance.

De la radiothérapie, 33 séances. Les 10 premières étaient douloureuses car la peau brûle. Puis une certaine routine s’installe, chaque matin le même chemin, les mêmes visages, les mêmes sourires.

J’étais fatiguée, je dormais donc chaque après-midi, mais je mettais un point d’honneur à respecter les horaires de l’école : je menais les filles chaque matin et allais les chercher chaque midi (sauf si une séance devait se faire trop tard) et j’allais les chercher chaque après-midi.

J’ai été en arrêt durant 3 mois puis j’ai souhaité reprendre le travail en mi temps thérapeutique avant d’avoir fini les séances. Il m’en restait une dizaine lorsque j’ai repris le travail.

Pendant mon arrêt j’étais en lien permanent avec les collègues : collègues proches et collègues éloignés car plusieurs projets étaient en cours. Ces contacts pro me faisaient plaisir : je restais une collègue, je n’étais pas seulement la malade absente.

J’ai profité du retour de l’énergie physique pour reprendre des marches à pied, j’ai enregistré des chants d’oiseaux, j’ai marché à travers les champs. Au début, les distances étaient très courtes : le pâté de maison ! car les pas raisonnent dans la chair et c’était douloureux. Puis de plus en plus loin…

L’après :

Mon retour  a été anticipé par des contacts téléphoniques avec mon supérieur hiérarchique et un entretien préalable à ma reprise. Le mi temps thérapeutique m’a été d’un grand soutien : c’est un retour en douceur au bureau, tout en continuant la radiothérapie. Je pouvais alors me reposer et assouplir mes horaires.

Aujourd’hui, un an après : j’ai changé de poste à ma demande. Un conflit s’est installé avec un collègue, durant mon absence et à mon retour il est devenu insupportable. J’ai donc demandé mon départ et je suis très contente d’avoir été écoutée et comprise par mon supérieur.

Je suis au bureau à 100%, avec des périodes de fatigue, certainement en lien avec le tamoxifène qui va me tenir compagnie durant 5 ans. Mais je me porte bien.

La période anniversaire m’a bouleversée : angoisse, irritabilité, fatigue importante. Les examens sont source d’inquiétude. L’absence d’examen aussi. Sentiment difficile à expliquer.

Le cancer m’a appris, il a bouleversé mes certitudes, il a soulevé en moi une vague d’émotions, et une foule de plaisirs. Je ressens les choses désormais, mon attention sur mon environnement est décuplée, je remarque le malaise des personnes proches. Je suis vite touchée par les petites choses : les odeurs, les sons, la musique, les visages, les rires, les peurs… les autres, les miens.

Je rêve de partir, je voudrais partout sauf ici dis je parfois, lorsque la fatigue me gagne. Je rêve du Pérou, je rêve d’être utile aux autres, je rêve de douceur de vivre, de lumière, de verdure.

Les conflits m’insupportent, je ferme ma porte de bureau souvent.

Pour aider ceux qui  rencontrent la maladie pour la première fois, peux-tu nous confier tes 3 trucs pour concilier maladie et travail ?

Quel serait LE conseil que tu leur donnerais ?   d’abord : soigne toi et parle à tes enfants sans tabou, juste avec des mots simples.

LE truc ou astuce qui t’a aidé ?    le retour à mi temps thérapeutique

L’adresse ou le lien qui t ‘a été le plus utile ?  l’équipe médicale, pas de site internet

Pour aider à faire progresser les entreprises sur la maladie au travail, peux-tu nous citer 3 actions qui te semblent utiles à mettre en place pour mieux concilier maladie et travail ?

Action 1 : développer le bon sens, l’écoute.

Action 2 : prendre en compte les retours à temps partiel thérapeutique (c’est évident, on ne demande pas à quelqu’un à mi temps de reprendre tous ses dossiers, évident non ?)

Action 3 : proposer un accompagnement de type parcours de retour avec des entretiens portant sur les conditions de retour, les aménagements, les objectifs collectifs et individuels.