Test nouveau Canva (52)

RENCONTRE AVEC PHILIPPE

Mon prénom et Philippe.

Les ridules qui strient le contour de mes yeux pourraient déflorer l’histoire de ma vie agitée qui compte depuis peu cinquante printemps, dont quelques-uns sans fleurs…. et Dieu merci sans couronne !… On m’a dit que non. Si on ne sait pas ce que j’ai enduré, on ne le devine pas.

Et c’est tant mieux ! Ceux qui souffrent aujourd’hui (et tout particulièrement les leucémiques, mes frères d’armes et de cœur) doivent savoir qu’à la sortie on n’est pas physiquement dégradé. On est juste dans la tête marqué, tatoué, oblitéré. C’est comme ça. Mais la vie continue.

Pour tout vous dire, j’ai connu ma première leucémie à 35 ans. Une très mauvaise rencontre.

Cinq ans après ma première greffe de moelle osseuse, on a évoqué le mot « rémission » et au bout de dix ans de suivi, on m’a déclaré guéri et ne nécessitant plus de suivi médical.

C’est treize ans après cette greffe que j’ai rechuté de cette fichue maladie ! Il paraît que je suis un cas unique. Je ne peux pas dire que ça me console, mais j’aime bien le préciser. Peut-être pour rassurer les autres, mes frères d’armes, ceux qui ont également connu la leucémie et qui ont le sentiment de vivre avec une épée de Damoclès.

J’ai donc dû être traité une deuxième fois et endurer une nouvelle greffe de moelle osseuse. Mon corps connaît son troisième groupe sanguin et il a même hébergé au moment de la deuxième greffe, trois ADN différents !

Mon histoire est si folle que j’ai voulu la raconter dans un livre-témoignage « Je suis né trois fois » (Fauves Editions).

Mon parcours « maladie et travail » :

 L’annonce :

L’annonce de la rechute de la leucémie a été violente et l’hospitalisation immédiate. Je n’ai pas remis le pied à mon travail. J’évolue dans l’informatique bancaire, en plus d’être écrivain.

Les traitements :

Les traitements se sont déroulés loin de mon lieu de travail (je me suis absenté deux ans), néanmoins j’ai gardé un contact avec les nombreuses personnes qui ont suivi mon blog pour prendre des nouvelles.

Convaincu que l’écriture peut être une thérapie, j’ai tenu un blog durant mon hospitalisation. Il a connu un réel succès avec plus de 70 000 visites. Et c’est devenu un livre qui prétend être une aide pour ceux qui souffrent aujourd’hui et pour leurs accompagnants. Le ton est résolument optimiste.

L’après :

Le retour au travail est une phase compliquée. Après avoir fréquenté durant de longs mois le « pays des blouses blanches », on réalise qu’on a perdu ses repères. L’entreprise avance à vitesse grand V et on peut être troublé par ce qui a changé.

Un sentiment de fragilité nous étreint, la peur d’avoir un grand coup de fatigue, d’être déséquilibré et pourquoi pas de faire un malaise. La fébrilité qui nous pèse est pénible, mais heureusement chaque semaine qui passe nous permet de constater des améliorations.

Après, il est fortement souhaitable d’avoir un encadrement compatissant. Je sais que tout le monde n’a pas cette chance-là. Moi j’ai pu en bénéficier.

Pour aider ceux qui rencontrent la maladie pour la première fois, peux-tu nous confier tes 3 trucs pour concilier maladie et travail ?

Prendre son temps et savourer les progrès au fil du temps qui passe.

Eviter les situations de stress.

Entretenir près de soi une sorte de « Gemini cricket » qui nous rappelle comme tout ce que l’entreprise génère comme agitation est dérisoire par rapport au risque qu’on a connu de mourir du cancer. Cela ne signifie pas dénigrer son travail, mais au contraire savourer le fait de retrouver le monde normal tout en prenant du recul. La maladie nous fait forcément prendre de la hauteur. Il faut bien qu’elle nous apporte du positif !

Peut-être suis-je privilégié, mais j’ai constaté que la majorité des gens avaient une réelle compassion pour ceux qui souffrent du cancer. Et souvent j’ai connu des propos attentionnés pour faire attention à moi. Alors il ne faut pas cacher sa maladie, ce n’est pas une honte, c’est un statut. Et un statut temporaire.

Et puis surtout il est bon de sourire aux gens avec lesquels on travaille. Le sourire est un passeport pour beaucoup de choses. Il faut montrer aux autres qu’on possède mieux qu’une « joie de vivre », on connaît « la joie d’être vivant », c’est plus fort. Et ça force le respect.