Nathalie Michaud 1

RENCONTRE AVEC NATHALIE

Qui es-tu ?
Nathalie, j’ai 44 ans, je vis en couple à Bordeaux et ai un fils de 13 ans.

Quelle est ta formation ?
BTS Action Commerciale

Quel métier exerces- tu ?
Technicienne dans un grand organisme « semi public »

Pourquoi as-tu choisi ce domaine ?
Après 15 ans en mutualité, j’ai souhaité quitter mon entreprise et me reconvertir dans un secteur qui me passionne : le tourisme. Faute d’avoir trouvé un emploi dans ce secteur, j’ai retrouvé un emploi dans mon ancien secteur « assurance santé » au service des assurés.
J’ai compris que j’avais le sens du service aux personnes, pas forcément le sens du commerce.

Quand tu as appris que tu avais un cancer, quelle était ta situation professionnelle ?
Je venais de signer mon CDI dans ma nouvelle entreprise, 3 jours avant les résultats de la biopsie. J’avais très peur que cela change tout et que je sois « remerciée ».

As-tu choisi d’en parler à ton entourage professionnel ?
Je n’ai pas eu le choix.

Nouvellement embauchée, j’ai été sollicitée en renfort pendant 3 mois, dans un service où des efforts physiques seraient demandés. Concilier ces efforts physiques avec ma biopsie, ma prochaine chirurgie et les séances quotidiennes de radiothérapie des prochains mois, n’aurait pas été possible!

J’ai du avouer mon état de santé à ma responsable 1 mois après l’annonce de la maladie. Une collègue s’est spontanément proposée pour prendre ma place pour le détachement.

Comment les gens ont-ils réagi ?
Contrairement à ce que je pensais, mes responsables ont été très prévenants et attentifs à ma santé durant les mois suivants. Durant ma radiothérapie, j’ai été formée à une activité plus « simple » pour ne pas me fatiguer.

J’ai trouvé leur initiative très respectable et humaine.
L’encadrement et mes collègues proches sont restés discrets sur ma santé. La plupart des autres collègues n’ont su que tardivement mon accident de parcours (à cause de mes multiples arrêts).

As-tu continué à travailler ou t’es-tu arrêtée pendant les traitements ?
J’ai eu 10 jours d’arrêt de travail après la chirurgie.
Ensuite, j’ai repris le travail et suis restée en activité durant toute la radiothérapie.
Travailler, c’était continuer ma vie « normale », c’était me maintenir dans le monde « normal » et avoir ma place « normale » dans la société. Travailler, réfléchir, être occupée, avoir une vie sociale c’était ma thérapie à moi. Jusqu’au jour où …

Jusqu’au jour où … je n’ai plus pu avancer. Jusque là, je m’étais sentie « privilégiée » d’être épargnée par la chimio. Un jour, je me suis sentie vide, épuisée moralement et physiquement, en colère, incapable de réfléchir à mes dossiers, luttant contre des vertiges et des nuits blanches.
Durant 6 mois, j’ai erré entre arrêts de travail, reprises, arrêts, reprises en mi-temps thérapeutique, insomnies, reprise, puis de nouveau des arrêts!

Qu’est-ce qui et/ou qui t’a aidé ?
Le mi-temps thérapeutique m’a aidé à me reprendre en main. Le médecin du travail m’a beaucoup encouragé à trouver de l’aide parmi les associations.
J’ai découvert que mon centre de cancérologie proposait un suivi psychologique (pourquoi n’en parle t-il pas avant !?!) et j’ai pu bénéficier de quelques séances pour m’aider à nettoyer cette colère, comprendre ma vulnérabilité en ce monde et être orientée vers un psychiatre pour me prescrire un petit antidépresseur qui m’a remis sur pied en 15 jours.

Je regrette d’avoir attendu si longtemps pour cette délivrance.
Durant mon mi-temps thérapeutique, je me rendais aux ateliers proposés par la Ligue contre le cancer : séances de sophrologie, réflexologie plantaire et activité physique adaptée.
Je dis souvent qu’ils m’ont ramené à la vie.

Qu’est-ce qui et/ou qui aurait pu t’aider ?
Avoir cette aide, plus tôt : 6 mois c’est très long quand on ne va pas bien!
Plus concrètement, avoir une « aide à domicile » de temps en temps, pas pour m’aider au ménage (j’ai pris une entreprise pour me soulager) mais pour m’encourager à sortir, à aller marcher un peu au parc, malgré ma faiblesse, mes vertiges, mes inquiétudes de faire un malaise, pour discuter, me divertir, faire des activités pour détourner l’attention de mon état « déprimé et déprimant ». Un accompagnant de vie, ça devrait exister… Quand on est seule à la maison et « mal », la dépression guette même les plus résistants. Mes collègues jouaient ce rôle, mais au travail.

Quel a été l’impact du cancer dans ta vie professionnelle ?
Un regard bienveillant sur mon travail et mes collègues. Je suis plus posée, ne m’agace plus d’un rien, suis heureuse d’être là où je suis et minimise les difficultés quotidiennes, qui, finalement ne sont pas si graves. Je me protège des mauvais esprits, négatifs, hostiles, malveillants. J’aime mon travail malgré ses quelques inconvénients.

As-tu changé de métier / parcours ? Ou développé un nouveau projet ?
Non,aujourd’hui au niveau professionnel, je préfère la stabilité.

A ton avis, quelles qualités et compétences as-tu gagnées en étant confronté à cette maladie ?
La bienveillance, la joie de vivre, l’empathie, le non jugement, la tempérance et même un petit grain de folie.

Comment as-tu connu Allo Alex, as-tu déjà testé les services?

C’est vous qui m’avez contactée. J’aurais aimé vous connaître avant. Peut-être pourriez-vous communiquer dans les Espaces Ligue contre le cancer ? C’est assez complémentaire.

As-tu quelque chose à rajouter ou des infos essentielles que tu aimerais partager ?
Ne pas négliger la demande de RQTH.
Je crois que j’ai eu de la chance d’être salariée dans cette entreprise. Même s’il paraît évident qu’un salarié confronté à une maladie lourde et longue est forcement moins productif qu’un salarié en bonne santé, la tolérance de l’entreprise n’est pas la même partout et c’est anormal.
J’avoue que je prêtais de mauvaises intentions à mon entreprise. L’encadrement direct s’est révélé humain et accompagnant. Par contre, au niveau RH, j’ai du avouer que j’avais une ALD (comment faire autrement) pour éviter la carence à chacun de mes arrêts. Ambiguïté du secret médical et nécessités administratives.
Des bénéficiaires de la Ligue, ayant des statuts professionnels particuliers ou indépendants ne pouvaient pas bénéficier de ces aménagements de temps de travail. On est pas égaux pour se soigner à ce niveau, cela devrait être modifier. On ne choisit pas de tomber malade!

Mon adage maintenant « On a deux vies, la seconde commence quand on se rend compte qu’on en a qu’une seule » Confucius.
Je suis aujourd’hui mieux dans ma vie qu’avant, car je change ce qui ne me convient pas ou plus, exécute ma « wishes list » afin de « remplir le temps » qui m’est compté, me fait plaisir sans aucune culpabilité et pour cela… c’est paradoxal, mais je remercie ce cancer de m’avoir réveillée!