Canva Stéphanie

RENCONTRE AVEC STEPHANIE

Qui es-tu ?

Stéphanie, 34 ans bientôt révolus (32 à la découverte du cancer). Je vis à Bordeaux pour l’instant.

 Quelle est ta formation ?

Baccalauréat littéraire en poche en 2000, je suis partie à la Fac de Droit de Lyon en attendant d’être majeure, et parce que je pensais que ça pouvait servir…

Depuis, j’ai suivi plusieurs formations entre ou pendant mes différentes expériences professionnelles, non reconnues par l’état (sinon ce n’est pas drôle) : une pour un équivalent de BTS en Secrétariat-Assistanat de Direction, une pour devenir Agent de Voyage, une en Administration du Personnel, et une dernière formation de Formateurs….vivement la prochaine 😉 !

 Quel métier exerces- tu   ?

Ces 4 dernières années, j’étais formatrice et coach, en accompagnant différents publics. Et ayant démissionné, j’espère bien pouvoir reprendre cette activité pour la rentrée prochaine.

Pourquoi as-tu choisi ce domaine ?

Je ne l’ai pas vraiment choisi au départ. Je suis rentrée comme assistante pédagogique dans une école (métier que j’exerçais depuis 8 ans dans plusieurs entreprises)… et mes patrons m’ont dit un jour que j’étais une très bonne assistante, mais qu’ils me verraient bien de l’autre côté de la barrière…et comme je suis du genre à saisir les opportunités… j’ai dit oui !

Et… je m’y suis complètement épanouie. J’ai un grand respect et une profonde affection pour le métier d’assistante mais là je m’éclate encore plus, je suis passionnée par la pédagogie, trouver les moyens de permettre à l’apprenant en face de moi de dépasser des blocages, de se trouver et d’acquérir savoirs et compétences, et d’après mes élèves, je ne me débrouille pas trop mal !

Quand tu as appris que tu avais un cancer, quelle était ta situation professionnelle ?

J’avais plein de contrats différents : CDI, contrat de mission, CDD, et free-lance…

As-tu choisi d’en parler à ton entourage professionnel ?

Oui, tout de suite !Je pars du principe que si on « cache » des choses, c’est reculer pour mieux sauter.

Et qu’une entreprise c’est une équipe, si on ne communique pas correctement, comment voulez-vous que les choses fonctionnent bien ?

Je ne savais pas comment les choses allaient se passer en terme de traitements, et de planning de tout ça, et je ne voulais pas que mes étudiants se retrouvent sans formatrice à la rentrée et que mes patrons aient à gérer les choses en urgence.

 Comment les gens ont-ils réagi ?

Super bien ! Non, je rigole !

Ils ont tous tirés une tête de six pieds de long. Notre équipe, c’était plus que des collègues. Alors ça les a touchés particulièrement. Mais bon, ça c’est censé être la réaction normale de toute personne douée d’un minimum d’empathie non ?

As-tu continué à travailler ou t’es-tu arrêtée pendant les traitements ?

J’ai continué à travailler. Mais en ne reprenant pas tous mes contrats.

Par exemple je donnais des cours d’anglais à des maternelles : désolée de le dire, mais les enfants sont tous plein de microbes, et la proximité était importante, donc je ne voulais pas prendre le risque , avec un système immunitaire qui allait être à son minimum, de mourir bêtement d’un rhume.

Enseigner demande beaucoup d’énergie, avec des tout-petits, encore plus ! Je n’ai pas non plus repris de contrats free-lance. J’ai gardé le contrat avec l’école qui m’avait permis de devenir ce que je suis en enseignant 4 heures par semaine.

As-tu rencontré des difficultés particulières ?

Oui… quand on est hors système classique (CDI avec 35h et 5 petites semaines de congés payés), les administrations ne comprennent rien à nos dossiers, il a donc fallu me battre avec la sécurité sociale qui avait « oublié » de traiter mon dossier…

Pole Emploi qui ne comprenait rien, et le RSI qui dit que je n’ai pas assez cotisé pour toucher quoi que ce soit…donc, me voilà avec soit 267 euros par mois si je me mets en arrêt maladie, ou… un salaire un peu mieux si je continue à travailler comme je peux… d’où mes 4h !

Et toutes ces choses à gérer ont été éprouvantes, mais… un bel apprentissage de la patience et de la gestion du stress 😊.

Mes patrons ont été Top, mes étudiants aussi, il m’a surtout fallu négocier avec l’hôpital pour pouvoir choisir le jour de mes chimio , et ça, ils n’en avaient pas l’habitude !

Qu’est-ce qui et/ou qui t’a aidé ? 

Mes amis et mon caractère. Mon vrai soutient est là.

Navrée pour les assistantes sociales toujours dépassées par mon « cas particulier », dont l’une à au moins eu l’honnêteté de me dire : « je ne sais pas quoi faire ». Heureusement, je suis débrouillarde, et par mes études et mes métiers, je sais fouiller dans les textes.

Par contre, mention spéciale aux infirmières qui étaient des soupapes précieuses…qu’on est en train de perdre vu leurs conditions de travail.

 Qu’est-ce qui et/ou qui aurait pu t’aider ?

De la coordination entre les différents corps de métiers, et de la réelle prise en charge humaine : je ne suis pas qu’une malade !

J’ai une vie perso, pro, sociale, des projets, des angoisses, ça serait chouette d’y penser avant de nous dire : « faut faire comme ceci, comme cela ».

Et qu’on puisse avoir un contact avec quelqu’un qui comprend ce qu’on vit réellement, dans les questionnements pratiques que l’on peut avoir et que le corps médical, aussi compétent soit-il, ne peut envisager.

Quel a été l’impact du cancer dans ta vie professionnelle ?

Bon, ça m’a un peu mis dans la mouise, parce que pas capable de travailler assez pour pouvoir assurer ma vie.

Par contre cela a donné du poids à mes discours. On m’écoute, et je suis plus légitime, surtout sur les accompagnements des particuliers que j’avais, et une grande attention de la part de mes élèves !! Et ça c’est chouette 😉

 As-tu changé de métier / parcours ? Ou développé un nouveau projet ?

Ayant démissionné, oui, temporairement je reprends un CDD administratif le temps de mettre la suite en place.

J’ai pour projet soit de m’inscrire à l’université des patients l’an prochain, soit de faire un diplôme dans le coaching.

Le but étant de pouvoir aider les gens à être bien, à défaut de mieux, sauf si c’est pour être mieux dans leurs baskets.

A ton avis, quelles qualités et compétences as-tu gagné en étant confronté à cette maladie ?

La première :

Celle d’apprendre à demander de l’aide. Pas n’importe quand ni n’importe comment. Mais quand on en a besoin.

Pour moi qui aime l’indépendance et qui a toujours appris à faire toute seule, ne pas jouer les warriors, même si on apprend beaucoup en essayant de se dépasser.

Mais on ne peut pas réaliser sa vie seul(e), donc ne pas avoir peur de cela peut faire gagner du temps…et le temps…ça peut être précieux. Donc autant ne pas le gâcher avec ses propres blocages inutiles.

La seconde :

Une solidité et un ancrage sans faille : si vous avez envie de me déloger, de me casser ou de me faire plier sur mes valeurs, convictions ou modes de fonctionnement, je vous souhaite bien du courage. Je sais ce que je suis, ce que je vaux, ce que je veux. Et je ne lâcherai rien.

Comment as-tu connu Allo Alex ?

Sur Facebook, je voyais des posts passer et j’apprécie de lire les interviews ou articles qui me plaisent.

 As-tu  des infos essentielles que tu aimerais partager ?

Pensez à faire votre demande de reconnaissance de travailleur handicapé ( RQTH). Si vous l’obtenez, cela peut vous permettre des aménagements, une employabilité pour les employeurs qui veulent respecter les quotas, et une protection de l’emploi 😉