Emmanuelle Eymard

RENCONTRE AVEC EMMANUELLE

Bonjour,

En préambule je souhaite dire que chacun a le droit de vivre la maladie comme bon lui semble, certains soulèvent des montagnes et l’admiration pendant que d’autres culpabilisent de ne pas y arriver, chacun a son propre vécu, sa propre expérience, sa propre sensibilité mais ce n’est pas dans la grandeur de l’exploit que se définit l’homme, mais dans la grandeur de son âme.

Qui es-tu ?

Emmanuelle, 46 ans, je vis dans un petit village de 1500 habitants dans le Tarn-et-Garonne.

Je suis mariée depuis 21 ans et nous avons 3 enfants, des jumelles âgées aujourd’hui de 19 ans et un garçon de 14 ans.

Quelle est  ta formation ?

Je suis ingénieur en Agriculture, j’ai fait mes études à Lyon car nous sommes originaires de la région Rhône-Alpes où nous avons toute notre famille.

Quel métier exerces- tu ?

Aujourd’hui je suis chargée d’accueil et de développement touristique au sein d’une communauté de communes, je travaille dans un Office de Tourisme depuis bientôt 2 ans. Avant j’étais directrice des gîtes de France d’une association départementale.

Pourquoi as-tu choisi ce domaine ?

A la base, je n’avais pas choisi ce domaine étant plutôt orientée vers le développement rural. Pendant 18 ans j’ai travaillé au développement des labels Gîtes de France et Bienvenue à la ferme. Directrice de structure j’ai perdu mon emploi suite à un différend avec mon président. Je reste intimement convaincue que c’est la cause de ma maladie. Après quelques mois de chômage et de petits boulots, j’ai eu cette opportunité sur ma commune.

Quand tu as appris que tu avais un cancer, quelle était ta situation professionnelle ?

Je venais de retrouver du travail après 18 mois de chômage. Cela faisait 15 jours que j’étais en poste au moment du diagnostic, donc en période d’essai et en CDD, sans couverture en cas d’arrêt maladie.

As-tu choisi d’en parler à ton entourage professionnel ? 

J’en ai parlé immédiatement, pour moi ce n’était absolument pas tabou. De plus je voulais couper court à la rumeur qui peut aller très vite dans un petit village.

Comment les gens ont-ils réagi ?  

Plus ou moins bien, avec beaucoup de méfiance quant à ma capacité à travailler. On m’a même reproché de garder le sourire et de continuer à plaisanter. Etant en permanence en contact avec le public et ambassadrice de mon territoire, je devais montrer une image positive.

As-tu continué à travailler ou à te former ou t’es-tu arrêté pendant les traitements ?

Oui j’ai continué à travailler, j’étais à 30 h  par semaine ce qui m’a permis de me reposer. Il n’était absolument pas question de m’arrêter. Je savais que les traitements seraient longs et difficiles mais je souhaitais rester actrice de ma vie et ne pas subir les traitements.

Travailler m’a permis d’avoir l’esprit occupé et de ne pas penser à la douleur, ainsi les journées, les semaines, les mois sont passés vite. J’ai constaté que je n’étais pas plus fatiguée les jours où je travaillais.

Je me suis octroyée 10 jours d’arrêt au moment de l’opération, puis 3 jours à chaque chimio (pour les 6 premières car les effets secondaires étaient terribles), pour la radiothérapie, je faisais les séances de bonne heure le matin et j’enchaînais sur ma journée de travail.

Pour les traitements de thérapie ciblée qui ont duré un an, j’ai négocié avec mon employeur mon mercredi après-midi afin de ne pas avoir de jours à poser ou d’arrêt à prendre.

As-tu rencontré des difficultés particulières ?

Oui j’ai rencontré des difficultés dans mon quotidien, notamment par rapport aux tâches ménagères que je ne pouvais plus assumer, des difficultés à organiser notre nouvelle vie de famille et à gérer l’immense fatigue.

J’ai eu également des soucis d’ordre administratif, en effet j’étais en plein transfert de mon dossier de la MSA (mutuelle sociale agricole) vers la SECU et cela a pris plusieurs mois pendant lesquels je n’ai pas pu faire valoir ma prise en charge à 100%.

Au niveau du travail le plus dur a été de recevoir les touristes en langue anglaise, déjà que le français se faisait la malle ! Et de rester concentrée !

Qu’est-ce qui et/ou qui t’a aidé ? 

La famille a été très présente. Mon mari et mes enfants m’ont secondée et soutenue tout au long des traitements. Ensuite j’ai trouvé plein d’astuces pour faciliter mon quotidien.

J’ai également fait de belles rencontres qui ont été d’un grand réconfort. Merci à Marie la Psy de la clinique pour son écoute, merci à Véronique pour son soutien infaillible, son amitié et son accompagnement en sophrologie et acupuncture. Merci à Jean-Pierre mon parrain qui m’a téléphoné régulièrement et à toutes les personnes qui ont été présentes par la pensée.

Merci également à l’infirmière d’annonce, qui m’a dit qu’il était tout à fait possible de se soigner en travaillant et que j’ai cru, même si par la suite elle m’a avouée qu’elle m’avait dit cela pour me faire plaisir.

Qu’est-ce qui et/ou qui aurait pu t’aider ?

J’aurais aimé avoir un peu plus d’écoute de la part du corps médical notamment pour pouvoir anticiper les effets secondaires et préparer l’offensive. J’aurais aimé qu’on ne me propose pas systématiquement des arrêts maladie et qu’on m’aide dans les démarches pour pouvoir continuer à travailler sereinement sans devoir se justifier. J’aurais aimé pouvoir bénéficier d’une aide-ménagère sans devoir être présente à la maison.

Quel a été l’impact du cancer dans ta vie professionnelle ?

Concernant ma vie professionnelle, le cancer a été un frein à mon évolution professionnelle. Mais je ne nourris aucun regret car j’ai pu allier travail et soins et je suis restée connectée. D’ autres opportunités viendront que je saisirai ou non au gré de mes envies.

 As-tu changé de métier / parcours ? Ou développé un nouveau projet ?

Le poste que je venais d’accepter était différent de ce que je faisais précédemment mais je suis restée dans le même secteur d’activité, ce qui m’a permis d’élargir mon champ de connaissances.

A ton avis, quelles qualités et compétences as-tu gagné en étant confronté à cette maladie ?

Je n’ai pas vécu un combat contre la maladie, je ne me suis pas battue pour vivre ou survivre, je n’ai pas gagné ou perdu face à la maladie, plus qu’une épreuve j’ai vécu une aventure.

Je n’ai pas été forte ou courageuse, je suis restée moi-même avec mes failles, mais le Moi d’ aujourd’hui n’est plus celui d’hier, car cette expérience m’a transformée profondément. J’ai gagné en sagesse, sérénité et bienveillance. J’ai appris à m’aimer, à aimer ce nouveau Moi, même si aujourd’hui je dois apprivoiser cette nouvelle image. J’ai gagné en humilité.

Comment as-tu connu AlloAlex, as-tu déjà testé les services?

J’ai connu AlloAlex il y a un an, en cherchant sur Internet des témoignages de femmes qui comme moi avaient continué à travailler. Depuis, je suis régulièrement les publications mais je n’avais jamais osé prendre contact, ni écrire et encore moins témoigner.

Ayant un entretien d’embauche, j’ai pris contact par téléphone afin d’avoir des informations sur ce qu’il fallait dire ou ne pas dire sur la maladie devant un recruteur. J’ai eu un très bon contact avec Nathalie qui m’a incitée à témoigner.

En ce qui concerne mon entretien, il n’a pas abouti, le cabinet de recrutement n’a pas voulu prendre de risque.

As-tu quelque chose à rajouter ou des infos essentielles que tu aimerais partager ?

Suite à un manque de vigilance, j’ai hébergé « un squatteur » que le chirurgien a délogé, puis il a fallu faire un grand nettoyage de printemps un peu trop énergique parfois avec un peu de casse au passage mais indispensable, pour qu’il ne reste plus aucune trace de l’hôte indésirable!

Nous sommes mortels et c’est ce qui rend la vie plus belle et précieuse qui fait que nous apprécions chaque jour comme si c’était le dernier, sans regret mais avec beaucoup d’amour pour nos proches.

Pendant ces longs mois, j’ai fait mienne cette maxime de Sénèque : « La vie ce n’est pas attendre que l’orage passe, c’est apprendre à danser sous la pluie » c’est composer avec les éléments qu’ils soient bons ou mauvais. C’est ce que nous voulons faire de notre vie qui fait ce qu’elle est.