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RENCONTRE AVEC SEVERINE

Qui es-tu ?

Je m’appelle Séverine, j’ai 40 ans et je vis dans l’Isère, proche de Vienne.

Je suis divorcée, maman de deux ados de 13 et 15 ans. Je vis avec mon nouveau compagnon (prochainement pacsé) qui a également deux filles de 15 et 18 ans.

 Quelle est ta formation ? Quel métier exerces- tu  ?

Après avoir été secrétaire commerciale pendant plusieurs années, j’ai repris mes études en 2004 pour suivre une formation d’assistante sociale.

J’ai été diplômée en 2007, je travaille depuis 10 ans dans le milieu du handicap psychique (en intra hospitalier, et en ambulatoire).

Je travaille en partenariat avec l’équipe de soins pour aider nos patients à s’insérer ou se réinsérer au mieux dans la société, malgré leurs pathologies.

J’aime beaucoup mon métier qui est passionnant, mais depuis deux/trois ans, je ressens le besoin d’évoluer vers un autre poste, car celui-ci est aussi fatigant et très éprouvant psychiquement.

Peut-être qu’il y aura un poste chez « Allo Alex » qui sait ….? 

Pourquoi as-tu choisi ce domaine ?

J’avais le besoin de me sentir utile.

J’aime le contact avec les personnes, la polyvalence, me « dépatouiller », fouiner, chercher, créer… et croyez-moi je ne m’ennuie pas !!!

Quand tu as appris que tu avais un cancer, quelle était ta situation professionnelle ?

Je suis fonctionnaire (fonction public hospitalière)

As-tu choisi d’en parler à ton entourage professionnel ?

 Oui,  j’en ai parlé sans aucun tabou à mes collègues et à ma cadre, dès l’annonce de mon cancer.

 Comment les gens ont-ils réagi ?

J’ai reçu beaucoup de mots de  réconfort et de soutien de la plupart de mes collègues de psychiatrie et du service social de l’hôpital.

Certaines collègues m’ont même accompagnée en chimio.

As-tu continué à travailler , ou t’es-tu arrêtée  pendant les traitements ?

Mon médecin m’a arrêté dès l’annonce de mon cancer.

Quand on exerce un métier dans la relation d’aide, il est important d’être bien dans sa tête pour pouvoir aider les autres, et encore plus quand on travaille en psychiatrie.

As-tu rencontré des difficultés particulières ?

Je n’ai pas rencontré de difficultés particulières durant mes traitements.

Par contre c’est plus difficile d’envisager mon retour au travail.

 Qu’est-ce qui et/ou qui t’a aidé ? 

J’ai la chance d’être fonctionnaire et d’avoir un maintien de salaire, ce qui n’est malheureusement pas le cas  pour tout le monde.

Certains sont obligés de « galérer » avec l’administration pour obtenir des indemnités journalières car il manque un papier par ci, ou un papier par là.

C’est un souci dont on se passerait bien quand on apprend qu’on a un cancer.

 Qu’est-ce qui et/ou qui aurait pu t’aider ?

Ce qui m’a aidé c’est le soutien de mes proches, c’est l’écriture de mon journal de bord, l’humour et la dérision et tout simplement mon envie de vivre! 

Quel a été l’impact du cancer dans ta vie professionnelle ?

Au début de mes soins c’était assez étrange: je me suis retrouvée de l’autre côté de la relation soignant/soigné, c’était moi la patiente.

Quand on est soi-même confrontée à la maladie et aux lourds traitements, on perçoit les choses bien différemment.

Il y a eu des moments difficiles pendant ma chimio, j’en avais marre d’enchaîner les effets secondaires…

Cette sensation m’a immédiatement renvoyé à mon activité pro.

Un grand nombre des patients psy arrêtent leurs traitements car ils engendrent des effets pas très sympa. 

« Je comprends Mr x que ce soit difficile…….mais il fait continuer vos traitements, c’est important ».

  Je pensais les comprendre, mais en faites… NON, je n’avais rien compris !

Je n’avais pas compris cette sensation de ras le bol, cette impression que notre corps ne nous appartient plus.

Je pensais être dans une relation empathique, mais peut-on l’être vraiment tant qu’on n’a pas vécu des choses similaires ?

 Aujourd’hui  je suis en rémission.

J’ai terminé mes gros traitements, mais je ne me sens pas capable de prendre le recul nécessaire face à la maladie pour reprendre mon activité auprès de patients en souffrance.

L’idée de retourner travailler en milieu hospitalier m’est difficile.

D’autant plus que j’ai encore plusieurs opération à venir pour la reconstruction de mon sein.

Physiquement, ce n’est pas simple non plus, les traitements laissent des traces : fatigabilité, problème de concentration, de mémoire…

 As-tu changé de métier / parcours ? Ou développé un nouveau projet ?

Au début de la maladie, j’avais hâte de retrouver ma vie d’avant….. aujourd’hui  j’envisage les choses différemment.

Certains voudront oublier au plus vite cette étape cancer.

Moi,  je ne peux pas, elle a chamboulé ma vie, mes envies…

J’ai envie, besoin d’en parler, d’informer, d’aider, d’alerter.

Et surtout avec ma modeste contribution (via ma page Facebook et mon association degom’crab), à travailler, à lever les tabous et à faire évoluer le regard sur la maladie.

Depuis quelques mois je tiens une page Facebook « mon nibard vs crabevador ». J’y relate de manière décalée mon histoire de « cancéreuse » à travers des vidéos, des textes…

J’envisage très prochainement de publier mon journal de bord du même nom , si les éditeurs ne veulent pas de mon livre, ça sera de l’auto édition. J’ai besoin d’aller jusqu’au bout de ce projet, tenir mon livre entre les mains sera une grande fierté et une belle revanche sur le crabe.

Je viens également de créer une association « degom’crab » dont l’objectif est de sensibiliser et de récolter des fonds pour la recherche médicale.

A ton avis, quelles qualités et compétences as-tu gagné en étant confrontée à cette maladie ?

Je ne sais pas si j’ai gagné en qualité ou compétence, ce que je sais, c’est que la maladie a changé quelque chose en moi.

Je me sens plus forte, plus sure de moi.

Je n’ai plus envie de faire des choses qui ne me conviennent pas, je n’ai plus peur de dire ce que je pense, j’ai beaucoup gagné en assurance et en estime de moi.

J’ai appris à relativiser et à profiter de chaque instant, à prendre du recul face aux petits tracas du quotidien.

J’ai l’impression de renaître…

 Comment as-tu connu Allo Alex, as-tu déjà testé les services?

J’ai été contactée pour répondre à ce questionnaire, mais je connaissais déjà « Allo Alex » via les réseaux sociaux

 As-tu quelque chose à rajouter ou des infos essentielles que tu aimerais partager ?

 J’aimerais parler de « l’after cancer ».

  Les gens ont trop tendance à croire que, parce que nos cheveux repoussent et/ou qu’on a terminé notre protocole de soins…… miraculeusement tout redevient comme avant du jour au lendemain… eh bien non !!!

Notre corps à subi de grosses perturbations pendant des mois, et tout ne disparaît pas comme par magie.

La fatigue, les douleurs, les problèmes de concentration…..perdurent plusieurs mois.

Oui, on peut avoir le sourire, la joie de vivre, entreprendre plein de belles choses, mais ça veut pas dire que tout est réglé.

Il faut en tenir compte au niveau personnel, mais aussi dans le milieu professionnel.

Ce n’est pas si simple de reprendre le cours de sa vie d’avant quand elle a été rythmée pendant des mois par les soins.

J’ai souvent eu l’impression d’évoluer dans un monde parallèle, que seuls « les cancéreux » peuvent comprendre.

Je rajouterais qu’après le cancer, on a tendance à devenir un peu hypocondriaque !

On croise les doigts à chaque bobo, chaque examen de contrôle pour que cette saloperie ne réapparaisse pas!