Céline Dowtentill

RENCONTRE AVEC CELINE

 

Céline a 44 ans et vit à Nancy. Elle est mariée à David qui a 42 ans et ils ont un petit garçon de 6 ans.

« Nous nous sommes mariés l’année de la chimiothérapie, ce qui fût la première victoire sur le cancer. »

 Quelle est ta formation ?

 J’ai un BTS de secrétaire de Direction Bilingue.

 Quel métier exerces- tu ou aimerais-tu exercer ? 

Je suis Secrétaire de Direction Générale

 Pourquoi as-tu choisi ce domaine ?

Je pense que j’avais d’autres capacités mais que je me suis contentée d’un minimum d’études. Des regrets ont jalonnés un peu mon parcours mais aujourd’hui j’assume et je tente de faire au mieux mon travail.

Quand tu as appris que tu avais un cancer, quelle était ta situation professionnelle ? 

J’étais secrétaire de direction mais pas dans la même entreprise qu’aujourd’hui, c’était en 2013. J’étais dans cette société depuis 20 ans.

As-tu choisi d’en parler à ton entourage professionnel ? 

J’en ai parlé immédiatement, le jour même du diagnostic. Je l’ai annoncé dans un ordre « prioritaire »… à mes parents puis à mon entourage professionnel et tout cela dans la même journée. Je l’ai annoncé de manière très positive.

Quelques heures après le diagnostic, une machine s’est mise en route, une machine de guerre.

Une organisation s’imposait pour les mois à venir. J’organise mon arrêt de travail qui va être nécessaire et j’ignore également, à ce moment, pour combien de temps. Il était important que j’organise mon « départ » pour ne pas le subir, il n’était pas question de partir de n’importe quelle manière et être ainsi mise sur la touche.

 Comment les gens ont-ils réagi ?

Bien. Tout le monde a réagi de manière complaisante, bienveillante, prévenante. Souvent ils ont été été gênés par cette annonce. J’ai donc employé un ton toujours positif afin de ne pas ajouter de malheur à l’annonce difficile pour mes interlocuteurs. Je me suis retrouvée dans un rôle d’aidant moi-même pour les personnes à qui je l’annonçais. Drôle de situation !

As- tu continué à travailler ou à te former ou t’es-tu arrêté pendant les traitements ?

Mon médecin traitant m’a proposé un arrêt de travail le jour du diagnostic, considérant que j’avais peut-être besoin d’un peu de temps pour encaisser l’annonce. Je lui dis que je ne pense pas que cela est nécessaire. Je me suis levée un matin en pleine forme et je suis devenue cancéreuse dans la journée. Pas de symptômes, pas de douleurs. Seuls les examens ont été douloureux pour certains. Tout ceci pour moi ne nécessite pas d’arrêt de travail. Je quitte donc son cabinet avec la ferme intention de retourner travailler demain matin.

Un mois et demi après l’annonce mon arrêt de travail  débutait seulement et ce, 48 heures avant mon opération. Je n’ai pas pu reprendre le travail après l’opération… la chimiothérapie a débuté et s’est poursuivie pendant 6 longs mois, puis la radiothérapie pendant 2 mois. Les effets secondaires se sont empilés sans disparaître et la pile a été de plus en plus lourde à porter.

As-tu rencontré des difficultés particulières ? 

Avant de m’inquiéter des mois à venir pour moi-même, j’ai des prérogatives tout à fait matérielles. Je souhaite que ma maison reste propre, que le linge soit lavé et repassé. Tout ceci semble très futile, ça ne l’est pas du tout. Maîtriser avant de subir. J’organise, je planifie tout. Mon agenda ne me quitte plus.

Les difficultés que j’ai rencontrées sont d’ordre physique plus que psychologique, je nivèle alors les difficultés. Puis-je supporter la douleur psychologique ?  Je crois que oui. Je prends conscience que la douleur psychologique est plus intense chez les autres. Etrange non ?

Me concernant, j’ai mal, physiquement. J’ai mal, j’ai tellement mal. Toute l’organisation matérielle mise en place avant le début des traitements me permet de me focaliser sur les astuces à trouver pour limiter la douleur.

Qu’est-ce qui et/ou qui t’a aidé ? 

Tout le monde m’a aidé, mon mari, mes parents, mes amis, mes collègues, mes voisins, mes copains, ma coiffeuse, les soignants.

Au travail, je n’ai jamais eu de pression particulière pour mon poste, mes collègues ont toujours été bienveillants. Pour la petite anecdote rigolote on a « juste » voulu me piquer mon photocopieur pensant  qu’ « avec ce que j’avais » je ne reviendrais certainement pas… ça fait froid dans le dos!

 Qu’est-ce qui et/ou qui aurait pu t’aider ?

J’aurais aimé que de l’aide de tout ordre vienne à moi. Les démarches d’arrêt de travail, de couverture sociale et mutuelle sont tellement complexes. Appelez plusieurs fois le même organisme dans la même journée pour lui poser la même question et vous aurez autant de réponses différentes.  Nous ne sommes pas en état de gérer administrativement tout cela. L’entreprise n’est jamais armée pour répondre au salarié dans cette situation. Elles ne savent gérer que les rhumes et la bobologie. Des personnes devraient être formées à ces situations particulières, car de plus en plus fréquentes.

Tomber sur la bonne personne au bon moment n’est pas suffisant. Encadrer pour mieux accompagner, répondre, informer, épauler.

 Quel a été l’impact du cancer dans ta vie professionnelle ?

Tout a définitivement changé depuis.

A mon retour, au bout de 15 mois d’arrêt j’ai repris à mi-temps thérapeutique selon les conditions posées par les services de médecine du travail.

Après quelques semaines de reprise… une rumeur de plan social circule dans les couloirs, puis une rumeur de plan de sauvegarde de l’emploi. Et là je sens que l’étau se resserre également sur moi et qu’après ou plutôt pendant le parcours de maladie, je vais probablement perdre mon emploi. Je passe d’une case à l’autre, du cancer au chômage.

Je ne suis pas épargnée et j’apprends… par hasard en consultant une liste que je fais partie de la « charrette ». La prise de conscience a été immédiate et violente. Comment vais-je m’en sortir cette fois ? …

As-tu changé de métier / parcours ? Ou développé un nouveau projet ?

A l’annonce de ce licenciement programmé, je décide de réfléchir à l’après…

Réorientation professionnelle, chômage et formation, recherche d’un emploi ? tout se mêle et le tri est fait en quelques semaines.

La réorientation est théoriquement formidable, accessible, possible et facile. Dans les faits, je trouve que c’est complexe, alambiqué, embrouillé bref rien n’est facilité pour encourager à « bifurquer ».

J’ai donc cherché un nouveau job, et par hasard mon mari est tombé sur une petite annonce. J’ai déposé mon CV. Je ne l’ai pas envoyé et volontairement, je l’ai remis en mains propres. Le hasard, une nouvelle fois, a fait que la personne présente était le DRH. J’étais encore en poste et toujours à mi-temps thérapeutique lorsque j’ai appris que j’étais choisie. Ce fut ma plus grande victoire. Un bras d’honneur à la maladie, un bras d’honneur au chômage.

A ton avis, quelles qualités et compétences as-tu gagné en étant confronté à cette maladie ?

L’annonce du plan social, faire partie d’une liste de sélectionnés pour la touche, m’ont fait prendre conscience que je n’étais indispensable à personne. Penser, je l’avoue et je l’assume, que sans moi ce serait plus compliqué, culpabiliser de n’arriver qu’une demi-heure en avance et penser que vos collègues qui quittent à l’heure devraient un peu plus s’impliquer…… mais quelle gravissime erreur!

Remercier mes proches chaque jour de ce qu’ils font pour moi, prendre soin d’eux, partager des moments précieux avec mon fils, m’amuser, rire, bouffer chaque minute, prendre, apprendre, partager….. ma vie est là et nulle part ailleurs!

TA DEUXIEME VIE COMMENCE QUAND TU COMPRENDS QUE TU N’EN AS QU’UNE. Voilà la réponse, voici ma réponse.

Je m’implique dans mon travail, je pense et espère dégager des ondes positives et je tente d’inonder mes nouveaux collègues avec cela tous les jours. Je n’ai pas gagné de compétences, j’ai gagné, c’est tout et c’est bien là mon essentiel !

Le jour de mon départ de mon ancienne entreprise, j’ai organisé un pot de départ. Tout le monde savait que je j’avais trouvé un nouveau job. Tout le monde savait également que je m’étais lancé un défi, participer à un triathlon. Tout le monde s’est cotisé pour que je puisse m’acheter un super vélo. Ce clin d’œil me poursuit, car je veux être un exemple de combativité pour mon fils, ma famille, mes proches et mes collègues. Ne rien lâcher, jamais.

Je n’ai pas rebondi, ça signifierait que j’ai touché le sol! J’ai gardé la tête hors de l’eau, pour moi et surtout pour les autres.

Comment as-tu connu Allo Alex, as-tu déjà testé les services?

Par l’intermédiaire de Rose Magazine, que je trouve moderne, audacieux et sans filtre. J’adore

 As-tu quelque chose à rajouter ou des infos essentielles que tu aimerais partager ?

 Je souhaiterais parler de ce que je n’aurais pas fait sans le cancer, je l’ai témoigné récemment auprès de Rose Magazine et souhaiterais le partager avec vous.

Tout d’abord, je me suis mariée en 2014 le jour de la course d’octobre Rose sur Nancy et l’année de la chimiothérapie. Il est probable que sans le cancer nous n’aurions pas pris ce temps-là.

Puis ensuite j’ai décidé de participer à un triathlon, puis un second, puis un semi-marathon, puis d’autres triathlon. Je n’arrive jamais première, bien sûr, mais je n’ai jamais abandonné. Je n’ai jamais vu le cancer dans la liste des finishers, il n’a pas assez de courage pour se montrer, jamais.

Aujourd’hui, je trouve des astuces dans la vie de tous les jours pour défier les effets secondaires du traitement médicamenteux, et je me donne les moyens de réussir, sans relâche.

Ces épreuves se mêlent, épreuves de maladie et épreuves sportives, professionnelles. Sans combat pas de victoire, je ne baisserai jamais, jamais les bras. J’aime la vie, j’aime les gens et je ne m’arrêterai que lorsque j’ouvrirai la dernière porte pour rester de l’autre côté et m’y reposer, mais certainement pas avant.

Ma plus grande victoire est celle-ci :

Un soir pendant que j’étais en traitement de chimio, mon fils avait alors 3 ans, je le complimente au coucher en lui disant qu’il est beau, que je suis fière de lui et que je l’aime de tout mon cœur. Mon fils me répond alors : « Et toi maman, tu es forte… ».

Ma mission était alors accomplie…